Municipales 2020 : analyse de la défaite de la gauche à Toulouse

Selon l’adage, une élection ne se gagne pas, elle se perd. Archipel Citoyen en a fait l’amère expérience. Au lendemain des municipales, l’heure est au bilan. Le politologue Stéphane Baumont revient sur les raisons de la défaite de la gauche à Toulouse… si près du but. 

défaite gauche Toulouse
© Archipel Citoyen

Avec un score de 48,1 %, la liste Archipel Citoyen échoue aux portes du Capitole. 4 017 bulletins la sépare de celle d’Aimer Toulouse, menée par Jean-Luc Moudenc, vainqueur de ce scrutin avec 51,2 % des voix. La consolation d’Antoine Maurice reste toutefois d’être parvenu à rassembler la gauche. Mais ce qui semblait faire la force du mouvement, pourrait bien avoir précipité sa chute.

La balkanisation d’Archipel Citoyen

L’union revendiquée par Archipel Citoyen, pourtant indispensable pour faire barrage au maire sortant, aurait dans un même temps pénalisé la liste d’Antoine Maurice. Un paradoxe que Stéphane Baumont, politologue, explique : « La multiplication des tendances politiques au sein d’un même groupe génère un électorat trop bigarré pour prétendre à la victoire. Surtout face à une droite idéologiquement stable et rassemblée. » L’expert estime que la liste de gauche, au second tour des municipales toulousaines, n’a pas pu lutter contre ce phénomène de balkanisation. Un terme utilisé en politique pour qualifier un processus de fragmentation d’un mouvement en plus petits courants et souvent hostiles les uns envers les autres (référence aux états des Balkans). « Ainsi, ils n’ont pas profité de l’effet accélérateur d’une campagne pourtant tactiquement bien menée », précise-t-il.
D’ailleurs, les frustrations se font déjà sentir au sein de la liste unitaire de gauche. Certains dénonçant une campagne « lisse et consensuelle ». « La direction de campagne a été confiée en grande partie à Romain Cujives. Notable de centre-ville, qui a tout misé sur ce qu’il sait faire : faire campagne auprès de son électorat bourgeois. Cette machine à perdre avait déjà fait perdre Pierre Cohen en 2014 », explique Claire Dujardin (ex-LFI), et 16e sur la liste Archipel Citoyen. À l’inverse, des sympathisants socialistes pointent du doigt l’intégration de l’extrême gauche dans le projet comme possible vecteur de la défaite. Et plus particulièrement de La France Insoumise.

La France Insoumise : atout ou faiblesse ?

Le parti de Jean-Luc Mélenchon aurait ainsi cristallisé les craintes de nombreux électeurs de la gauche modérée qui ne souhaitaient pas donner leur voix à l’extrême gauche. Une crainte que Jean-Luc Moudenc a su attiser juge Stéphane Baumont : « Archipel a été opportuniste en s’alliant avec LFI, mais c’était sans compter sur la dernière cartouche du maire sortant : la diabolisation de l’extrême gauche. »
Une stratégie qui semble avoir porté ses fruits : « Unie et habile stratégiquement, la droite a ainsi bénéficié d’un vote discipliné mais aussi d’une réaction de peur. » D’autres listes de l’agglomération, soutenues par LFI, ont d’ailleurs subi le même sort. En effet, sur les 14 listes plébiscitées par les Insoumis, seules quatre sont sorties vainqueurs du scrutin à Castanet-Tolosan, à L’Union, à Cugnaux et à La Salvetat-Saint-Gilles.

Une union tardive

Autre paramètre déterminant pour expliquer la défaite d’Archipel Citoyen : le Covid-19. Le temps écoulé entre les deux tours (trois mois), à cause du confinement, a faussé la donne. D’après le politologue, il a clairement pénalisé la liste de gauche : « Alors que cette dernière a attendu le déconfinement pour parler rassemblement, notamment parce que Nadia Pellefigue a annoncé son retrait de la course trois mois après le premier tour, celui de la droite était déjà en place. » Il constate d’ailleurs, qu’à cette période, la décision de la candidate socialiste a fait plus de bruit que le devenir d’Archipel Citoyen. Il estime même que « elle n’a pas pris la mesure du poids qu’elle avait dans ce scrutin ».
Stéphane Baumont revient d’ailleurs sur l’annonce même de Nadia Pellefigue : « Je pense qu’elle a bien fait de ne pas maintenir sa liste mais le choix de se retirer personnellement, a causé du tort au bloc de gauche. » Une réflexion paradoxale que le politologue justifie : « Cette décision permis la fusion de sa liste avec Archipel dans l’objectif commun de faire barrage à Jean-Luc Moudenc. En revanche, en attendant si longtemps pour l’annoncer, elle a empêché une dynamique de se mettre en place. »
Ainsi, pendant que la gauche cherchait, à tâtons, une stratégie, celle de la droite était lisible, depuis le départ. « Antoine Maurice et ses colistiers n’ont pas su transformer un rassemblement finalement acté et plutôt séduisant sur le papier, en dynamique électorale », constate Stéphane Baumont. Pour lui, cette union a mis trop de temps à se dessiner, brouillant la lecture, pendant que Jean-Luc Moudenc déroulait sa politique. « Ce dernier a su rappeler qu’avec lui, la ligne était claire, qu’il n’y avait pas de multiplication d’alliances ou de traités, que sa formation s’adressait à l’unisson à des Toulousains inquiets », observe l’expert. Une posture qui a fait mouche auprès d’électeurs évoluant dans un contexte anxiogène, dû au coronavirus.

D’autant que lors d’élections municipales, la victoire dépend en grande partie de la capacité du leader d’une liste à galvaniser ses troupes et à décrédibiliser l’adversaire. A ce jeu-là, Jean-Luc Moudenc a été plus virulent. « Et la venue de personnalités représentant tous les partis présents à Archipel Citoyen, n’y aura rien fait », constate Stéphane Baumont. Car à Toulouse, « on vote pour un homme, pas pour un parti ». C’est ainsi depuis très longtemps… « Et, ici, le ‘’baudisme’’ a encore de beaux jours devant lui », termine l’expert.

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