lundi 10 mai 2021

Contact

ActualitésVidéosurveillance ou vidéoprotection ? Une nouvelle sémantique destinée à « restreindre les...

Vidéosurveillance ou vidéoprotection ? Une nouvelle sémantique destinée à « restreindre les limites de la pensée »

Les caméras installées par la mairie de Toulouse ont permis d’interpeller une femme accusée d’avoir tagué la basilique Saint Sernin. Il n’en fallait pas plus pour que soit relancé un vieux débat sémantique : doit-on parler de vidéosurveillance ou de vidéoprotection ? Le Journal Toulousain est allé vérifier.

Doit-on parler de vidéosurveillance ou de vidéoprotection ? ©DR
Doit-on parler de vidéosurveillance ou de vidéoprotection ? ©DR

Ce lundi 19 avril, une femme de 59 ans a été interpellée, accusée d’être l’auteure de tags insultants, anti-chrétien et anti-sémites sur la basilique Saint-Sernin de Toulouse. Ce sont les images des caméras de la municipalité qui ont permis de l’identifier. De quoi susciter les réactions de deux adjoints à la mairie. Celle de Jean-Jacques Bolzan, en charge du bien manger, se félicitant de « la vidéo surveillance mise en place à Toulouse par Jean-Luc Moudenc ». Et celle de Pierre Esplugas-Labatut, en charge des musées, qui écrit laconiquement : « S’il fallait douter de l’intérêt de la vidéo-protection… ». Lequel des deux utilise le bon terme ?

Ce que dit la loi

La Commission nationale informatique et libertés (Cnil), garante de la vie privée numérique des Français, fait une distinction assez nette. Selon elle, « les dispositifs de vidéoprotection filment la voie publique et les lieux ouverts au public : rue, gare, centre commercial, zone marchande, piscine etc. Et les dispositifs de vidéosurveillance filment les lieux non ouverts au public : réserve d’un magasin, entrepôts, copropriété fermée etc. » Alors que dans les textes officiels de la République, on ne se pose plus la question. Selon l’article 17 de la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, adoptée le 14 mars 2011, « dans tous les textes législatifs et réglementaires, le mot “vidéosurveillance” est remplacé par le mot “vidéoprotection” », un néologisme.

« Restreindre les limites de la pensée »

« C’est un appauvrissement du langage ! » s’insurge Jean-Paul Fitoussi, professeur émérite d’économie à Sciences-Po Paris. Il voit dans ce glissement sémantique « une propagande pour faire croire aux gens qu’on les protège alors qu’on les surveille. En réalité, les caméras peuvent très bien faire les deux. Et il faut continuer d’utiliser les deux termes ». Auteur, en 2020, de « Comme on nous parle », l’économiste y décrit « l’emprise de la novlangue sur nos sociétés » et ses conséquences. En citant 1984, de Georges Orwell : « Le véritable but de la novlangue est de restreindre les limites de la pensée ». Ou Joseph Goebels, le chef de la propagande nazi, qui disait : « Nous ne voulons pas convaincre les gens de nos idées, nous voulons réduire le vocabulaire de telle façon qu’ils ne puissent plus exprimer autre chose que nos idées. »

Plan de sauvegarde et charges sociales

Jean-Paul Fitoussi ne manque pas d’exemples à puiser dans ce langage politiquement correct. Ainsi, les plans de licenciements sont devenus des plans de sauvegarde de l’emploi ; on appelle les balayeurs des techniciens de surfaces ; et on ne dit plus depuis longtemps salaire indirect, mais charges sociales… « On retrouve également cette acception dans la culture anglo-saxonne », rapporte le professeur, qui est également membre du centre de recherche de l’université américaine de Colombia. « Cela permet de faire passer l’idée que sans ces charges, le pays se porterait mieux. Et c’est ainsi que l’on se retrouve avec un gouvernement qui, sans aucune contrainte, en pleine crise, peut couper dans les allocations chômage et les retraites. »

Philippe Salvador
Philippe Salvador a été reporter radio pendant quinze ans, à Toulouse et à Paris, pour Sud Radio, Radio France, RTL, RMC et BFM Business. Après avoir été correspondant de BFMTV à Marseille, il est revenu à Toulouse pour cofonder le magazine Boudu.

Articles en rapport

Terrasses, lieux culturels, rassemblements festifs…Comment va s’organiser le déconfinement à Toulouse ?

Ce vendredi 7 mai, François Chollet, élu en charge de la gestion de la crise sanitaire, a fait le point sur tous les dossiers...

Nuisances sonores : Toulouse va tester des radars anti-bruit

Selon les informations recueillies par la Dépêche du midi, la ville de Toulouse va prochainement se doter de radars anti-bruit. Une expérimentation pour lutter...

Toulouse : Les commerçants arrivent sur l’application de dons alimentaires HopHopFood

HopHopFood, association qui lutte contre le gaspillage et la précarité alimentaire, se développe à Toulouse. Lancée en France en 2016, son application mobile propose...

Cugnaux : 435ème ville pour des cirques sans animaux

Mercredi 7 avril, Cugnaux, en Haute-Garonne, devient la 435ème ville de France à adopter symboliquement le vœu de l’association Code animal pour interdire la...

Toulouse : Des animaux pour désherber la zone verte des Argoulets

Depuis 2017, la mairie de Toulouse fait appel à des animaux pour désherber la zone verte des Argoulets, au nord-est de la ville. Ce...

La mairie de Toulouse envisage de préempter le site de l’ancienne clinique Saint-Jean

Soucieuse de l'avenir du site de l'ancienne clinique Saint-Jean convoité par des promoteurs immobiliers, la mairie de Toulouse évoque l'hypothèse d'une préemption.  Depuis le déménagement...

Éveiller les enfants aux grands enjeux contemporains

Écrivez à la rédaction !

Témoin d’un événement d’actu ?
Une info ou un avis à partager ?

spot_img

Les plus lus de la catégorie

spot_img