samedi 31 juillet 2021

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CultureCulture. Toulouse pourrait-elle voir partir les collections du Château d'eau ?

Culture. Toulouse pourrait-elle voir partir les collections du Château d’eau ?

En chassant l’association qui gérait historiquement le Château d’eau, la Mairie de Toulouse prend le risque de voir les précieuses collections qui y sont réunies prendre le chemin d’une autre ville. Quel avenir pour ce précieux patrimoine toulousain ?

Château d'eau Toulouse
Quel avenir pour le fonds du Château d’eau à Toulouse ? © DR

C’est une bataille dont le dénouement pourrait ressembler à un divorce : les meubles pour l’un, la maison pour l’autre. À la différence que c’est l’avenir des collections du Château d’eau qui est en jeu. En effet, depuis 2019, un conflit oppose l’association Photographie au Château d’eau (Pace), gestionnaire historique de l’emblématique galerie toulousaine, et la Mairie de Toulouse, propriétaire des lieux. Et si les deux parties n’arrivent pas à s’entendre, l’ensemble du fonds qui comprend plus de 5000 photographies, 13 000 ouvrages et une collection de périodiques pourrait quitter la Ville rose. « Une menace pour l’intégrité du fonds artistique et documentaire de la Galerie du Château d’Eau » dont s’est émue la Mairie de Toulouse dans une lettre ouverte envoyée, ce lundi 19 février, aux membres de l’association.

Une collection qui n’appartient pas à la ville de Toulouse…

Et si la collectivité s’inquiète de voir un tel patrimoine lui échapper, c’est qu’elle n’en est pas propriétaire. Toutes les œuvres et documents conservés au Château d’eau ayant été acquis par l’association Pace, depuis sa création par Jean Dieuzaide il y a plus de 40 ans, à l’aide, entre autres, de conséquentes subventions des collectivités. Un état de fait anormal pour l’équipe municipale en place qui a souhaité changer ce modèle et revendiquer la propriété des différentes collections.

… Mais à une association

Ainsi, bien que la galerie du Château d’eau soit revenue dans le giron de la Mairie suite à son passage en régie municipale en début d’année 2020, l’ensemble du fonds, lui, reste propriété de l’association Pace. Comme l’a confirmé, le 2 février dernier, le tribunal administratif de Toulouse qui n’a reconnu « aucun droit de retour ou de propriété à la commune de Toulouse ». Une décision pour laquelle la collectivité a déposé un recours en cassation auprès du Conseil d’État. Néanmoins, aujourd’hui, en écartant l’association Pace de ses locaux historiques, la Mairie de Toulouse prend le risque de la voir partir avec ses collections.

Entre droit et éthique

Une possibilité que l’équipe municipale juge inacceptable. « Ce n’est pas une question juridique, c’est une question d’éthique, de respect de la mémoire du lieu, et de Jean Dieuzaide. C’est également une question de déontologie, car les fonds ont été acquis pour grande partie avec l’argent public versé à l’association (5,4 millions d’euros entre 2009 et 2019). Même si des factures sont au nom de Pace, les œuvres ont été achetées en grande partie avec l’argent du contribuable toulousain », alertent Francis Grass, adjoint au Maire en charge de la Culture, et Pierre Esplugas-Labatut, adjoint au maire en charge de l’image, coauteurs de la lettre ouverte envoyée aux membres de l’association.

Un projet à Mazamet

« Cette lettre relève d’une campagne de dénigrement médiatique et vient à un moment clé où notre association doit prendre une décision pour assurer sa survie  », regrette Pierre Drouillard, le président de l’association. En effet, depuis le passage en régie directe, l’association Pace, privée des ressources nécessaires à son fonctionnement, cherche une alternative pour assurer la conservation et la valorisation de ses collections. « C’est ce que nous offre la commune de Mazamet qui s’engage à mettre à notre disposition un lieu d’archivage et d’exposition adapté. Notre but est de faire vivre et rayonner régionalement notre fonds. Nous sommes d’accord sur le fait que ce patrimoine culturel devrait rester à Toulouse, mais nous n’avons pas de propositions convaincantes de part de la Mairie », explique-t-il avant de dénoncer une tentative de spoliation.

Un « comportement prédateur » de la Mairie de Toulouse

Pour le président, l’association Pace est victime d’un « comportement prédateur » de la collectivité qui chercherait à provoquer son dépôt de bilan afin de récupérer ses collections. « En réduisant de 438 000 euros, sur les cinq dernières années, les aides qui nous étaient allouées, l’équipe de Jean-Luc Moudenc a volontairement endetté l’association (à hauteur de 100 000 euros, NDLR). Avant, fin 2019, de proposer de rééquilibrer nos comptes en échange de nos collections », rappelle-t-il. Une stratégie de pompier-pyromane doublée d’un mauvais calcul, à ses yeux, puisque la liquidation de l’association entraînerait la vente aux enchères publiques d’un catalogue d’une valeur très largement supérieur au montant de la dette. « Toutes ces œuvres seraient alors définitivement perdues pour la collectivité », avertit Pierre Drouillard.

Les conditions du dialogue

Pour lui, le maintien des collections historiquement liées au Château d’eau serait donc conditionné au règlement gracieux de la dette par la collectivité et à la reconnaissance de son autorité en matière de gestion du fonds. « Si l’on compare le montant de notre passif avec celui correspondant à la baisse des subventions, la mairie aura tout de même réalisé une belle économie », ironise le président de l’association avant d’ouvrir la porte à la reprise du dialogue et de la coopération. « Des solutions, il y en a. Mais il faut que la Mairie cesse de considérer que le fonds lui appartient et que c’est indiscutable. »

De son côté, la Mairie de Toulouse demande à l’association d’attendre la décision du conseil d’État avant de prendre des engagements avec une autre collectivité. Car pour elle, la question de la propriété du fonds n’est « pas encore définitivement tranchée et dans l’attente de la décision des juges, leur déplacement dans un autre lieu est à ce stade juridiquement contestable ». Seulement alors, le dialogue pourra se poursuivre sur des « bases juridiques établies ».

 

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