[Lettre à] Fabien Cluzel écrit aux dirigeants du rugby français

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DE LA PART DE : FABIEN CLUZEL

Conseiller éditorial indépendant, supporter du Castres Olympique, et supporter tout court d’ailleurs, Fabien Cluzel est passionné de ballon ovale. Quand les dirigeants de la Ligue nationale de rugby annoncent que la finale du championnat français de 2016 se tiendra en Espagne, il y voit un nouvel affaiblissement du rugby français. Il décide de se mobiliser contre la délocalisation de ce match phare en lançant la page Facebook intitulée ‘’Contre la finale à Barcelone du Top 14 2016’’. Depuis le mois de juin, la page a déjà recueilli plus de 1600 ‘’j’aime’’.

 

 

Lettre aux dirigeants du rugby français

En novembre 2014, vous annonciez que la finale 2016 du Top 14 se jouerait à Barcelone.

Vous ? Enfin, la Ligue nationale de rugby… C’est elle qui, en tant qu’association et par délégation du ministère chargé des Sports et de la Fédération française de rugby, gère le secteur professionnel du XV. On ne peut s’empêcher de penser, en toute logique, que le délégataire engage ses mandants.

Bien seule, la voix de Serge Blanco, vice-président de la FFR, s’éleva contre cette décision.

On nous expliqua alors, et l’on continue depuis qu’en raison de l’Euro de football et du démarrage tardif du Top 14,les grands stades ne seraient pas disponibles pour accueillir l’événement. Factuellement exact, et parfaite illustration de la capacité du ballon rond à phagocyter tout ce qui peut le priver d’une lumière qu’il capte déjà abondamment.

« Plusieurs villes européennes étaient en compétition : Londres, avec Twickenham et Wembley, éventuellement Rome, Milan et Barcelone », expliqua à l’AFP Paul Goze, président de la Ligue et ancien président du rugby perpignanaisEn petit comité, la Ligue se prononça pour Barcelone et son colossal Camp Nou de 99 000 places. Parmi les motivations du président, « battre le record du monde du nombre de spectateurs pour un match de rugby* ». Nous aussi, quand on était petit, on voulait avoir la plus grosse voiture.

Trêve d’ironie : Barcelone est une destination fantastique pour faire la fête. Pas question de lancer un débat grincheux et franco-franchouillard.

Mais, chers dirigeants du rugby français, avez-vous pris la mesure de l’opportunité que vous avez manquée ?

 

« Notre rugby s’obstine à se tirer des balles dans le pied. »

 

Les contraintes de calendrier n’étaient-elles pas l’occasion d’imaginer un événement original, dans et autour d’une enceinte moyenne (avec écrans géants, animations…) ? Dans une ville de terroir ovale, ou une cité bienveillante à l’idée d’y promouvoir le rugby ? Les agglomérations candidates à l’accueil des demi-finales ne pouvaient-elles pas, aussi, être éligibles pour la finale ? Une remise de bouclier au stade de La Meinau à Strasbourg, dans une capitale européenne, n’aurait-elle pas eu de l’allure ?

Évidemment, il s’agit là d’enceintes largement moins généreuses en recettes que le Camp Nou. Mais sans conséquence sur le nombre de téléspectateurs, et avec un manque à gagner très supportable par le confortable budget de la Ligue.

Faut-il aussi le rappeler, ‘’grâce’’ à l’euro, cette finale se jouera un vendredi au lieu du samedi traditionnel. Il faudra poser sa journée pour faire le déplacement. Pas si grave… Et si elle opposait le tenant du titre au Racing ? « Paris-Barcelone en avion, c’est 40 euros ! », a posté un internaute sur notre page. Oui, bien sûr… Vous imaginez bien que, le week-end du 24 juin, le ciel barcelonais va se noircir de centaines de vols qui vont trimballer, aller-retour, 40 à 60 000 supporters d’Ile-de-France, et à ce prix-là. Cette affiche hypothétique est le cauchemar de la Ligue, mais il ne faut pas le dire.

Évidemment, nous souhaitons que la fête soit belle. On ne la boudera pas, cette finale. La Ligue a déjà annoncé avoir vendu la moitié des places. Tant mieux.

Mais nous vous soumettons, chers dirigeants, ce constat qu’il vous faut assumer collectivement : incapable de briller en coupe du Monde, fragilisé par les talents abondants qu’il importe du monde entier, notre rugby, en délocalisant son point d’orgue hors hexagone, s’obstine à se tirer des balles dans le pied.

* Détenu depuis peu par Irlande-Roumanie 2015 à Wembley, avec 89 267 spectateurs.

 

 



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