mercredi 2 décembre 2020
Actualités RDV de Monsieur Georges : La sécurité servie sur un plateau

RDV de Monsieur Georges : La sécurité servie sur un plateau

Punchy. Nos trois invités de la semaine, Nadia Pellefigue, Éric Mouton et Stéphane Camin, ne se sont pas fait prier pour commenter l’actu ! Migrants en méditerranée, surveillance des lieux de culte, harcèlement de rue… Un déjeuner axé sécurité, mais ils n’ont esquivé aucun sujet.

Par Coralie Bombail et Séverine Sarrat

 

Dans l’ambiance chaleureuse du Monsieur Georges, nos trois débatteurs du jour entament les présentations, visiblement à l’aise. Il faut dire qu’ils sont rompus à la prise de parole. Nadia Pellefigue, femme politique vice-présidente de Région, Éric Mouton, avocat pénaliste membre de l’UDI et Stéphane Camin, journaliste de la matinale NRJ Toulouse. Parler, commenter, argumenter, défendre, c’est dans leur corde. Et ça tombe plutôt bien. Les entrées à peine commencées –profiteroles de canard pour les uns, velouté d’asperge pour les autres– le débat s’engage sur la problématique des migrants en méditerranée. « Je suis atterré par ce qui se passe, la solution doit se trouver au niveau européen, mais ce n’est pas si simple car beaucoup de pays entrent en jeu. C’est un challenge très difficile à résoudre », débute Stéphane Camin. Nadia Pellefigue enchaîne : « Cela mérite mieux que le traitement compassionnel ou le repli identitaire et xénophobe. » Selon elle, l’opération européenne Triton (dont le budget a été triplé) est « sous-dimensionnée » : « L’urgence est de sauver des vies et de traiter le problème sur le fond grâce à l’action diplomatique, aujourd’hui peu exploitée car l’Europe est trop faible. » Éric Mouton, en bon centriste, temporise le débat : « Nous aurons à gagner à dépolitiser et à dépassionner ce problème, l’immigration est un problème qui resurgit épisodiquement et le repli sur soi devient une mécanique. » « Pourtant les migrants représentent entre 100 et 200 personnes sur 507 millions d’européens, il faut rappeler ces chiffres pour sortir du fantasme et accueillir ces gens dignement », ajoute Nadia Pellefigue. Alors qu’il considère que la France « n’a pas à culpabiliser face à ce problème », l’élue socialiste estime « que la responsabilité de notre pays est néanmoins engagée, nous avons un rôle politique à différents niveaux et pas seulement budgétaire ». Elle poursuit en développant ce qu’elle entend par « action diplomatique » : « Condamner les pays qui mettent leur population dans une telle situation, comme la Lybie et l’Erythrée, nous devons être plus sévère y compris dans les relations commerciales et économiques. » Stéphane Camin soulève un autre point : « Il faut aussi combattre les passeurs, identifier où et comment se passent les transactions. » Ce qui va passer par « un travail avec les pays du Maghreb, qui sont des zones de transit », indique Nadia Pellefigue. Mais pour toute intervention plus poussée, Éric Mouton préconise « un mandat de l’ONU pour une action plus globale et juridiquement bordée ». Parole d’avocat.

Alors que chacun commence à déguster le risotto ou le tartare de bœuf, le deuxième sujet bien que pesant ne va pas couper l’appétit de nos invités. Après l’attentat déjoué contre une église de Villejuif, le gouvernement a appelé à sécuriser les lieux de culte catholique. Mesure de précaution ou psychose ? « Je ne suis pas sûr qu’il faille s’inquiéter », répond le journaliste radio, « sur ce dossier, il faut tout prendre au conditionnel ». Il n’hésite pas à remettre en cause les pratiques de certains médias qui favorisent la psychose collective…

Stéphane Camin : BFM TV est un exemple catastrophique de notre métier, quand je vois ce qu’ils font, j’ai presque envie de couper ma carte de presse !

Éric Mouton : Vous trouvez que c’est du spectacle ?

Stéphane Camin : Un très mauvais spectacle, ils donnent des pistes à ceux qui n’en ont pas besoin. On ne fait pas le même métier.

Nadia Pellefigue : Je partage ce sentiment. Cette chaîne donne une image fausse des médias, ce qui est gênant pour les autres journalistes.

L’autre problématique réside dans « l’impossibilité de mettre sous surveillance tous les lieux de culte, ce n’est pas tenable dans le temps », avance Éric Mouton. La France compte en effet 45 000 églises. «ll faut prendre en compte l’épuisement des CRS, ce serait contre-productif et on augmenterait même la vulnérabilité de ces lieux », surenchérit la vice-présidente de la région Midi-Pyrénées. Est-ce qu’il faut pour autant cibler la protection ? « Il peut y avoir un risque à cibler les endroits qui mériteraient surveillance et d’autres non, il y a déjà une vigilance sur les ‘‘lieux à risque’’, il faut poursuivre cela et accentuer la protection lors d’événements où il y a une forte concentration de population », indique l’élue. Pour Éric Mouton, « la communication de gestion de crise » est un point crucial : « La solution serait plutôt de renforcer les moyens de renseignement, mais voir des militaires en faction est une action plus visible pour la population. » À cet argument, Nadia Pellefigue répond « que le ministère de l’Intérieur prévoit un redéploiement du personnel du renseignement, mais le renfort militaire peut avoir un caractère dissuasif, c’est un des éléments qui peut rassurer la population. » « Personnellement, ça ne me rassure pas de voir des militaires devant l’école de mes enfants, et ce n’est pas forcément facile de leur expliquer ce qui se passe », conclut Stéphane Camin, pile avant l’arrivée des desserts.

Soupes de fraises et crèmes brulées arrivent sur la table. C’est le moment que nous choisissons pour lancer notre dernier sujet : le harcèlement de rue, dont on a entendu parler récemment lors de la semaine internationale dédiée à ce phénomène. Il peut se définir comme les comportements sexistes à l’égard des femmes dans l’espace public. « L’égalité femmes hommes fait partie de ma délégation à la Région », prévient Nadia Pellefigue à l’attention de ses deux interlocuteurs masculins, avant de poursuivre : « Les usagers des transports sont pour 2/3 des usagères et ce problème de harcèlement touche 100% d’entre elles, selon le dernier rapport du Haut Conseil à l’égalité femmes hommes. » Elle-même avoue avoir déjà été victime de ce type de comportements douteux, « et toutes les femmes, qu’elles soient jeunes ou plus âgées,  minces ou rondes le subissent ; ce peut être des sifflements, des remarques sur la tenue, des insultes », détaille-t-elle. Alors comment lutter ? « On met des gendarmes partout ? », lance Stéphane Camin, un brin provocateur. « On peut déjà appliquer les lois qui existent en la matière ; les caméras de vidéosurveillance peuvent être également une solution à condition de former les agents à intervenir sans avoir une attitude méprisante envers ces femmes », rétorque-t-elle aussitôt. « Si on s’attaque à ce problème, on ne pourra pas faire autrement que légiférer et ce sera très difficile de définir l’infraction. Où placer le curseur entre celui qui a un regard un peu lourd et celui qui est trop pressant ? Et selon la loi, le harcèlement est un agissement répété par l’auteur envers une même personne, ce qui ne correspond pas au harcèlement de rue… Bref, cela risque de poser plus de questions qu’elle ne va en résoudre », tranche Éric Mouton. « On pourrait déjà faire mieux avec ce qui existe, je ne suis pas forcément pour la multiplication des lois », reconnaît l’élue régionale. Puis le débat dérive sur le sexisme en politique… Mais là, ça mérite un autre déjeuner.

 

Mini-bios

 

Eric Mouton : Avocat pénaliste au barreau de Toulouse depuis 20 ans, il est également engagé en politique puisqu’il est membre de l’UDI depuis sa création il y a deux ans. Actuel président d’Alliance centriste 31 (l’une des trois composantes de l’UDI), il ne souhaite cependant pas briguer de mandat électif… du moins pour le moment.

 

Nadia Pellefigue : Celle qui a d’abord évolué dans le milieu associatif, s’est lancée en politique en 2002, après la présence du FN au 2nd tour des présidentielles. Elle est aujourd’hui vice-présidente de Midi-Pyrénées (PS), en charge des finances, de l’enseignement supérieur et de l’égalité femmes -hommes et attend la fusion des régions avec impatience : « le changement de périmètre va être passionnant. »

 

Stéphane Camin : Journaliste radio, il intègre NRJ en 1996 et prend l’antenne à Toulouse en 1999. Il y assure désormais la Matinale tous les matins de 6h à 9h. Ce passionné de sport, notamment de ballon ovale, a créé le Toulouse rugby club (TRC) et lance en juin prochain le premier « First beach rugby » à Colomiers.

 

 

La rédactionhttps://www.lejournaltoulousain.fr
Le Journal toulousain est un média de solutions hebdomadaire régional, édité par la Scop News Medias 3.1 qui, à travers un dossier, développe les actualités et initiatives dans la région toulousaine. Il est le premier hebdomadaire à s'être lancé dans le journalisme de solutions en mars 2017.

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