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Comment faire du patrimoine de Toulouse un bien commun et non une “chasse gardée” ?

En 2018, Jean-Luc Moudenc avait adressé une saisine au Conseil de développement de Toulouse métropole (Codev) dans l’objectif de mener une réflexion concernant le patrimoine local et sa préservation. L’instance consultative publie aujourd’hui son rapport en mettant l’accent sur la maîtrise nécessaire de l’urbanisme et la participation des citoyens à la valorisation de leur ville.

CC larahcv-Pixabay

« La Métropole toulousaine dispose d’un patrimoine exceptionnel, jamais mobilisé globalement dans une perspective de valorisation structurelle de l’attractivité de notre territoire. [Ainsi elle souhaite engager une réflexion pour] sortir du ponctuel, de l’opération promotionnelle pour dégager une vision stratégique globale. » C’est pour répondre à cette volonté, exprimée dans une saisine de Jean-Luc Moudenc, président de Toulouse métropole, en 2018, que le Conseil de développement de l’agglomération (Codev) s’est penché sur la question du patrimoine local.
Pour l’instance consultative, qui vient de publier son rapport final, il s’agissait d’identifier les différents leviers de protection du patrimoine dont disposent les pouvoirs publics, d’intégrer les habitants à toute réflexion en la matière et d’avancer des propositions pour l’élaboration d’une vision à long terme. Car, « couramment défini comme un “bien commun”, le patrimoine ne peut rester l’apanage des experts et devrait nécessairement être partagé entre tous les acteurs du cadre de vie, qu’ils soient élus, techniciens, experts ou simplement citoyens », estime le Codev.

Les citoyens au cœur du projet de préservation du patrimoine de Toulouse métropole

Le groupe de travail, qui s’en est tenu à la définition architecturale, urbaine et paysagère du terme (la plus facile à appréhender pour les non-initiés) met d’abord en évidence la manière dont les citoyens pourraient prendre part à la préservation du patrimoine de leur ville. L’intérêt d’une approche collective et concertée pour valoriser des bâtis chargés d’histoire. Car, voilà plus de 30 ans que le Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) est laissé à l’abandon. Un comble.
Réactivé en 2018 par Toulouse métropole, ce dernier nécessite en premier lieu la réalisation d’un inventaire complet. En cours depuis deux ans, il devrait être terminé en 2022, pour être ensuite intégré au Plan local d’urbanisme intercommunal-habitat (Plui-H). Cependant, ce recensement ne concerne que le centre historique de la Ville rose, un périmètre contenu à l’intérieur de la ceinture des boulevards. Ainsi, « les directions de Toulouse Métropole semblent décider seules des éléments présentant ou non à leurs yeux une valeur patrimoniale », dans les faubourgs toulousains et les 36 communes de l’agglomération, constate le Codev. Or, selon le Conseil, ces préoccupations devraient aussi concerner les populations qui y vivent. Celles-ci pourraient alors également participer au repérage des patrimoines à préserver.
Des citoyens qui demandent non seulement à être intégrés au diagnostic mais aussi à la décision comme cela a été le cas pour la réhabilitation de l’usine Job, du quartier Arnaud-Bernard ou de la prison Saint-Michel. Car, avant de s’interroger quant au respect de la réglementation d’un projet, il faudrait d’abord en identifier les objectifs. À ce titre, le Codev propose « la mise en place d’une instance de concertation permanente composée notamment d’un collège de citoyens volontaires et/ou tirés au sort, dont le rôle serait d’avoir une perspective d’ensemble sur les politiques patrimoniales et une capacité d’accompagnement pour devenir un espace d’échange et d’arbitrage ».

Une maîtrise de l’urbanisme indispensable

Car Toulouse, dont la démographie est en constante augmentation, est victime d’une tension immobilière toujours plus forte (raréfaction et hausse des prix du foncier). Cela a pour conséquence d’aiguiser l’intérêt des promoteurs pour la moindre surface, au détriment des immeubles patrimoniaux. Le Codev estime d’ailleurs que « le processus de décision que Toulouse métropole met en œuvre pour les permis de démolir et de construire reste opaque, à la fois pour les particuliers, mais aussi pour les promoteurs. Les commissions dites “d’avant-projet”, n’ayant aucune réalité administrative ou juridique ».
En l’absence de politique claire en matière d’urbanisme patrimonial, l’on assiste donc à un “patchwork” métropolitain de parcelles protégées, sans réelle cohérence. Car, même si le projet urbain toulousain prévoit la préservation de l’identité des quartiers en fonction des dominantes d’habitat, le Codev constate que les opérations en cours ne reflètent pas cette volonté. Il suggère alors la mise en œuvre « d’un règlement graphique s’appuyant sur un inventaire détaillé des éléments d’architecture et de paysage qu’il convient de protéger ».
Toutefois, l’instance consultative fait remarquer qu’une politique de sauvegarde et de revalorisation du patrimoine peut avoir un effet pervers. Les projets d’embellissement attirant une population relativement aisée, pouvant acheter ou louer des biens disposant alors d’une forte valeur ajoutée. Ce phénomène de gentrification est particulièrement observable dans le centre de la Ville rose, que la piétonnisation de l’hypercentre, la création des Ramblas ou la rénovation du quartier de la gare semblent avoir renforcé. Alors, au travers de son rapport, le Codev prévient : « Si le patrimoine bâti et paysager de certains quartiers, historiques ou non, du centre ancien de Toulouse, de ses faubourgs et des noyaux villageois de la métropole doit être préservé et mis en valeur, ce n’est pas au détriment des populations qui y vivent et des activités qui trouvent à s’y développer. »
Pour lutter contre cet embourgeoisement du centre-ville, le Conseil de développement préconise différents outils tels que l’encadrement des loyers, que Toulouse métropole n’expérimentera pas, la constitution d’un parc public de logements neufs ou à réhabiliter – Toulouse devrait parvenir à construire 25 % de logements sociaux –, l’utilisation du droit de préemption, la mise en place de loyers modérés, ou encore la multiplication des habitats participatifs
Une maîtrise du patrimoine et de l’habitat nécessaire à l’élaboration d’un projet patrimonial, lui-même indispensable à la constitution d’un projet urbain. Et ceci bien au-delà du temps d’un mandat municipal.

Severine Sarrat

Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.

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