Est-il difficile de trouver un contrat d’apprentissage à l’ère post-confinement ?

Les entreprises n’ont aujourd’hui qu’une idée en tête, se relancer le plus rapidement possible. Parallèlement, elles sont sollicitées par des élèves en alternance à la recherche de contrats d’apprentissage pour finaliser leur inscription en centres de formation. Comment aider les apprentis à trouver une structure d’accueil ? Comment inciter les entreprises à recruter ces jeunes ? Plusieurs leviers possibles.

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©Camberoque Nina & Flores Nelly-Fisheye

 

Les préinscriptions des formations en alternance sont ouvertes. Encore faut-il justifier d’un contrat d’apprentissage pour les valider. En temps normal, cette démarche ne pose pas de problème particulier. Mais en période de reprise économique suite à un confinement de deux mois, la tâche est plus délicate. Si les grands groupes ne rencontrent pas de difficultés majeures pour assurer leur relance, les petites entreprises elles, tirent la langue. Et c’est justement vers ces dernières que se tournent de nombreux apprentis pour décrocher un contrat.

Prime à l’embauche

Les entreprises susceptibles de signer le sésame « sont pour l’instant occupées à se relever d’une crise économique inédite, en tenant compte de contraintes sanitaires draconiennes », constate Catherine Pauly, vice-présidente de la commission Transformation et croissance des entreprises, à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Toulouse. Le recrutement d’apprentis n’est donc pas vraiment le sujet du moment. Elle nuance cependant ses propos en précisant que l’intérêt des sociétés pour les élèves alternants n’est pas la même lorsque la structure est mature ou non. « Un apprenti mobilise du personnel au sein d’une entreprise pour assurer sa formation. Cela, seules les plus structurées peuvent se le permettre aujourd’hui », explique Catherine Pauly.
Pourtant, la CCI de Toulouse avance que dans les deux cas de figure, l’embauche d’un apprenti peut être une opportunité. « Les dernières mesures annoncées par le gouvernement actionnent un premier levier du côté des potentiels employeurs. Celui de l’aspect financier qui, souvent, retient les entreprises face à un contrat d’apprentissage », estime la vice-présidente de la chambre consulaire. En effet, le plan de soutien à l’apprentissage présenté le 4 juin dernier fait état d’une prime incitative « qui permet à une entreprise de recruter un jeune alternant sans que cela ne lui coûte quasiment rien », observe-t-elle.
Un employeur qui embaucherait un apprenti mineur, entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2021, se verra verser, pour la première année de contrat, une aide de 5 000 euros. 8 000 euros pour un apprenti de plus de 18 ans. Ainsi, l’accueil d’un jeune en formation professionnelle ne coûtera pas plus de 175 euros par mois à l’entreprise. En Haute-Garonne, la CCI de Toulouse ajoute au dispositif, un accompagnement spécifique, via une cellule dédiée, pour la rédaction des contrats d’apprentissage et le montage administratif des dossiers.

Des disparités selon les filières d’apprentissage

Parallèlement, le second volet du plan de soutien à l’apprentissage assouplit les modalités d’intégration des formations professionnelles, cette fois pour les élèves. Ces derniers, qui avaient jusqu’à présent trois mois pour trouver une entreprise accueillante, auront maintenant six mois pour le faire. Ils pourront ainsi démarrer leur cursus pédagogique sans obligatoirement justifier d’un contrat d’apprentissage. Et au regard des statistiques, il s’agit plutôt d’une bonne nouvelle.
« D’ordinaire, en CAP cuisine, 90 % des apprentis ont déjà une entreprise au moment où ils s’inscrivent. Cette année, sur 81 élèves, seuls 7 sont dans ce cas », témoigne Michèle Raymondis, présidente du CFA de Blagnac. Les chiffres sont également alarmants sur les formations en hôtellerie et restauration : « Les jeunes inscrits ont du mal à décrocher un contrat, la filière ayant été très impactée par le confinement », note-t-elle.
Et même si le centre de formation dispose d’entreprises partenaires qui pourraient recruter des jeunes plus facilement, la cheffe d’établissement hésite encore à les solliciter : « Elles sont confrontées à d’autres problèmes en ce moment. Et celles que nous avons contactées nous répondent qu’elles préfèrent attendre. »
Sur le campus de l’Ifag Toulouse, école de management, Benjamin Raulin, directeur de l’établissement, se veut rassurant bien que 70 % des élèves inscrits n’ont pas encore trouvé d’entreprise : « Les grands groupes n’ont pas lancé leur campagne de recrutement en alternance. Les secteurs de la vente en ligne, du commerce de proximité, de l’alimentaire de manière générale et du bio en particulier sont porteurs. »
À l’Ifag, on encourage également les apprentis à faire preuve d’agilité. S’ils rencontrent trop de difficultés dans leur secteur de prédilection, ils doivent pouvoir de réorienter : « Nous les aidons à identifier ce qui les attire, pour le trouver ailleurs. Si un élève souhaitant intégrer l’évènementiel, en souffrance aujourd’hui, aime faire de la communication, nous lui conseillerons de chercher dans cette seconde filière. »
Un accompagnement plus appuyé de la part des organismes de formation, qui pousse à l’optimisme. « En septembre, tout sera rentré dans l’ordre », estime Benjamin Raulin. D’autant que les apprentis auront jusqu’en février 2021 pour signer un contrat et que les mesures gouvernementales devraient convaincre les employeurs encore perplexes.

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