[DOSSIER] Les Kapseurs, ces habitants-bénévoles qui boostent leur quartier

Le dispositif Kaps (Kolocations à projets solidaires) est un bon plan pour contourner les obstacles et trouver un logement étudiant à Toulouse. C’est surtout une alternative pleine de sens permettant à des jeunes de s’impliquer dans un quartier réputé difficile. Dans une résidence neuve de Bellefontaine, six kapseurs mettent leur enthousiasme au service de leurs voisins. Reportage.

KAPS
© Franck Alix

Lentement mais sûrement, les quartiers prioritaires de Toulouse changent de visage. À Bellefontaine, passées les typiques barres d’immeubles avec leurs grandes dalles de béton, la place Niki-de-Saint-Phalle dévoile un horizon plus aéré, composé d’espaces verts et de résidences neuves, comme on en voit beaucoup à Toulouse. Celle du Petit-Bois a été inaugurée en juillet 2017 et, en cette fin d’après-midi étouffante de juin, une petite fête y est organisée par les habitants. Dans la cour intérieure, plusieurs barnums ont été dressés, abritant jeux et réjouissances culinaires. Auprès des nombreux enfants présents, c’est le stand de ballons gonflables tenu par Tom qui a le plus de succès.

Jean-Baptiste, lui, est en pleine partie de dames tandis que Louise sert des jus de fruits à tour de bras. Ces trois étudiants ne sont pas des animateurs d’un soir mais bel et bien des habitants de la résidence. Plus précisément des ”kapseurs”, comme ils se nomment eux-mêmes. Contre un accès facilité (loyers modérés, baux individuels) à un logement proche de leur lieu d’étude, ces derniers se sont engagés à offrir de leur temps pour des actions solidaires au sein même de leur immeuble.

Favoriser la mixité sociale dans les quartiers

Créé par l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) en 2010 dans trois métropoles pilotes, dont Toulouse, le dispositif Kolocations à projets solidaires (Kaps) est aujourd’hui présent partout en France. « Les seuls critères sont d’avoir moins de trente ans, de consacrer deux heures par semaine à l’accompagnement d’un jeune du quartier et trois heures à un projet collectif qui varie selon les endroits. Le but est de permettre à des jeunes de vivre autrement leur habitat en s’impliquant au quotidien, tout en favorisant la mixité sociale dans ces quartiers. Sans ce système, les étudiants n’auraient pas accès à des appartements de ce type, dans le parc social », explique Morgane Pagès, chargée de mission Kaps à l’Afev Toulouse.

Pour la rentrée universitaire 2018, l’association disposera de 112 places en colocation : neuf à Colomiers comme à Bellefontaine et 94 au sein d’un même immeuble de la Reynerie, le Petit-Varèse, rénové en 2013. Tous les logements sont dotés de trois à six chambres, meublés, équipés et conçus avec des espaces collectifs. « Au Petit-Bois, ce qui est intéressant, c’est que tout est neuf. C’est aux jeunes de se faire connaître de leurs voisins et de mettre en place une dynamique », avance Morgane Pagès. Ils sont six à l’heure actuelle, répartis en deux appartements.

« Sans ce système, les étudiants n’auraient pas accès à des appartements de ce type, dans le parc social »

 

Pour l’organisation de la fête, qui fait partie de leurs actions solidaires, ils ont fait le tour de la résidence afin de convier les habitants. Et au vu des sollicitations incessantes des enfants, ils sont déjà bien identifiés. « On est repérés comme les petits jeunes qui ont envie de faire des choses. Pendant l’année, on a aussi participé au projet de jardin partagé de l’immeuble avec les habitants. Ça a super bien marché ! Le fait qu’on vive sur place instaure forcément de bons rapports », se réjouit Louise, jeune bretonne inscrite en lettres modernes à l’Université Toulouse II-Jean-Jaurès.

Après avoir découvert une annonce sur Leboncoin, rempli un formulaire et s’être soumise à un entretien individuel, elle n’a pas hésité à se lancer : « L’engagement est quelque chose qui me tient à cœur, j’y avais déjà réfléchi mais on ne sait pas toujours comment s’y prendre. Là, c’était le prétexte parfait », confie celle qui partage son appartement avec Stefania, étudiante inscrite en école d’éducateur spécialisé et Sarah, en école d’ingénieur. « Je ne connaissais personne en arrivant. Grâce à ce système, je n’ai pas eu juste deux colocs mais une centaine. Il y a une réelle communauté de kapseurs, les anciens reviennent faire la fête avec les nouveaux, c’est idéal pour s’intégrer. »

« On est repérés comme les petits jeunes qui ont envie de faire des choses »

Jean-Baptiste, lui, a rejoint Bellefontaine en décembre, par le bouche-à-oreille : « J’étais au courant de la réputation du quartier et c’est vrai qu’en débarquant de mon petit village à côté de Carcassonne, ça fait un choc. Mais je n’ai eu absolument aucun problème. Je suis à côté de la fac, pas loin du centre-ville, l’appart est nickel et je me rends utile pour mes voisins… Que du bonheur ! » dit en souriant l’étudiant en histoire de 19 ans.

S’ils ne restent pas tous à Bellefontaine l’année prochaine, les ”kapseurs” ont joué le jeu de la solidarité avec plaisir. « Nous avons mis en place un système d’attribution volontairement lourd, parce que la démarche nécessite d’y adhérer complètement. Finalement, bien plus que l’immersion dans un quartier réputé difficile, c’est la vie en coloc, comme partout ailleurs, qui peut parfois poser problème. Même s’il y a déjà eu des mariages Kaps », évoque fièrement Morgane Pagès.

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