Retraites, ou le rendez-vous manqué

Et pourtant les Français pour une fois étaient quasiment unanimes : il fallait revoir un régime des retraites qui n’était plus adapté à la société moderne. Une scolarité obligatoire jusqu’à au moins seize ans, l’allongement des études pour certaines spécialités allant jusqu’à trente ans, et le recul de l’âge de la mort ; autant de paramètres qui rendaient obligatoire une refonte totale du système pour rendre l’affaire cohérente. Il paraît évident compte tenu de la complexité du problème posé que la meilleure solution à adopter devait être le résultat de la confrontation entre spécialistes des questions économiques. Cela bien entendu supposait le temps de l’étude et de la réflexion pour proposer aux Français la solution la plus favorable, étant entendu que cette solution s’accompagnerait inévitablement de changements par rapport à l’existant. La solution la plus favorable trouvée, il suffisait de la soumettre au peuple par référendum et il est fort à parier que la réponse eût été “oui” ! Mais il apparaît que le temps destiné à la mise en forme du projet était limité pour le gouvernement. Il fallait, on ne sait trop pourquoi, aller vite, et aller vite en la matière était sans aucun doute voué à l’échec. Il a tout de suite été évident que le ministre chargé du projet voulait faire passer sa mouture avec un semblant de concertation destiné uniquement à donner le change et sans réelle volonté de prendre en compte des suggestions de bon sens.
Conflits de générations ?

Agir ainsi, c’est ne pas connaître de quoi est capable le peuple quand il a le sentiment qu’il compte pour valeur négligeable. Dès lors il était évident que l’épreuve de force allait s’engager en commençant comme nos concitoyens en ont l’habitude, par soulever une montagne d’exceptions au risque de transformer la loi en une usine à gaz qui la rendrait inapplicable. Durée du temps de travail, chômage, pénibilité, familles nombreuses, enfants handicapés et autres cas particuliers étaient désormais devenus des enjeux capitaux pour descendre dans la rue. En morcelant un problème à régler globalement, l’Etat a ouvert la boîte de Pandore et compromis une solution rationnelle à l’avenir des retraites. Pour les jeunes, repousser l’âge de la retraite, c’est compromettre leur entrée dans le monde du travail, et pour les anciens, c’est compromettre l’accessibilité à une vie de liberté et de plaisir telle qu’ils la voient s’étaler actuellement à longueur de reportages. En s’arcboutant sur la retraite par répartition, l’Etat s’exonère de la possibilité, qui existe et qui finalement prévaudra dans cette période de démographie évolutive, d’une retraite faite et construite par et pour les travailleurs eux-mêmes. La logique démographique l’impose. Il est fort à parier que la répartition ne sera bientôt plus qu’un symbole destiné à avoir la bonne conscience de participer à l’avenir des anciens. A ne pas vouloir s’en rendre compte, on court le risque de provoquer des conflits de générations. Prenons garde : les lycéens sont déjà dans la rue.       

Francis Manaud


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