dimanche 9 mai 2021

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L’interview décalée de Brice Torrecillas

Auteur, journaliste et professeur de Français toulousain, l’homme est assurément un amoureux transi… des mots. Ils nourrissent sa vie et il le leur rend bien, les maniant avec la plus grande délicatesse. Nos questions… décalées, auraient pu le déstabiliser ! Pas du tout, mais quand il se livre, chaque lettre compte…

 

Vous est-il déjà arrivé de vous endormir au cinéma, au théâtre ou toute autre manifestation culturelle ?

Et bien oui. C’était dans un cinéma toulousain que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : le Saint-Agne. On y diffusait « Meurtre dans un jardin anglais », un film de Peter Greenaway dont le charme m’avait à l’époque totalement échappé. En même temps, comment savoir ? J’ai dormi les trois-quarts de la séance.

 

De quel luxe ne pourriez-vous pas vous passer ?

De mes fréquents séjours à Collioure, l’antichambre du paradis.

 

Y a-t-il des sujets que vous vous interdisez d’aborder ?

Dans l’intimité, pas le moindre. En revanche, la plupart du temps, j’évite d’ennuyer le public avec des opinions plus ou moins politiques. Je ne me sens pas très légitime, même si l’on vit une époque où tout le monde se croit tenu de livrer sa vision de la société.

 

Pour décliner une invitation chez des amis, que prétextez-vous ?

Trop de travail. Mais, en général, c’est vrai.

 

Quelle est votre chanson d’amour préférée ?

« L’hymne à l’amour ». La chanson de l’amour absolu : « Peu m’importe, si tu m’aimes, je me fous du monde entier… » Edith Piaf l’avait écrite en pensant à Marcel Cerdan qui est mort un mois après la première interprétation publique. Mais comme « Dieu réunit ceux qui s’aiment », je suppose qu’ils se sont retrouvés.

 

Avec quelle personnalité aimeriez-vous échanger votre vie pour une journée ?

Un vendeur de voitures. Un ingénieur agronome. Un serial killer. Nabila. Marie-José Pérec. Patrick Modiano. Le prince Charles ou ma voisine. Absolument n’importe qui. Voyager pendant 24 heures dans le corps et dans la tête d’un être humain dont les sentiments et les sensations diffèrent forcément des vôtres doit représenter une aventure extraordinaire.

 

A quelle occasion avez-vous menti pour la dernière fois ?

Au restaurant. Tout sourire, le chef m’a demandé : « Ça vous a plu ? » Je n’ai pas osé le décevoir.

 

A quelle occasion vous est-il arrivé de penser : « je n’y arriverai jamais ? »

Chaque fois qu’il faut que je bricole. Et j’ai raison de le penser puisque je n’y arrive jamais.

 

Pour vous faire plaisir, quel plat faut-il vous cuisiner ?

Des anchois frais sur un lit de tapenade ou de poivrons grillés… Des piments de Padrón au gros sel… Des calamars à la romaine… De fines tranches de jambon pata negra… Bref des tapas à gogo !

 

Quel défaut jugez-vous rédhibitoire ?

La bêtise satisfaite. Les gens qui pérorent sur les sujets les plus divers, et parfois les plus graves, en sortant des énormités.

 

Que feriez-vous si vous étiez, le temps d’une journée, dans un corps du sexe opposé ?

Je n’arrêterais pas de prendre des notes pour mieux comprendre les femmes une fois le sortilège terminé.

 

Une chanson a-t-elle marquée votre vie ?

Ce n’est pas une chanson qui a marqué ma vie. C’est la Chanson elle-même, avec un C majuscule. Il y a très longtemps, je me suis rêvé chanteur vedette. « J’me voyais déjà en haut de l’affiche… »

 

Quel serait votre pire cauchemar ?

Le malheur de mes proches. Moins sérieusement, un cauchemar que j’ai fait une ou deux fois : j’ouvre un livre ou un journal, et je ne sais plus lire.

 

De quel objet personnel auriez-vous du mal à vous séparer ?

De celui – smartphone, ordinateur ou journal – qui me relie à l’actualité.

 

Avez-vous une recette miracle contre le stress ?

La mort, peut-être ?

 

Quel est, pour vous, le plus grand luxe ?

Bien dormir.

 

Qu’est-ce qui vous pénalise le plus dans la vie ?

Mal dormir. Pour les chanceux qui l’ignorent, les insomnies vous transforment en un être irascible et déprimé qui chemine à tâtons dans une région pleine de brouillard où chaque geste et chaque pensée exigent un effort surhumain.

 

Qu’aimeriez-vous que l’on dise de vous après votre mort ?

J’aimerais bien qu’on utilise cette expression tirée de l’Evangile et du cycle romanesque de Jules Romains : « C’était un homme de bonne volonté ».

Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.

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