Bernard Hinault; « Place aux jeunes ! »

Le quintuple vainqueur du Tour de France sort un livre souvenir sur ses années de gloire et de déboires. L’occasion d’évoquer avec lui l’histoire de la Grande Boucle et l’édition 2008.

Il est un temps que les nostalgiques des grands champions français regrettent. Le temps des Platini, Prost ou Blanco. Cette époque révolue, ce sont les années 80, celles de Bernard Hinault, véritable légende du cyclisme et icône de toute une discipline. Dans un ouvrage hommage, Jean-Paul Brouchon a aidé le “Blaireau” à recueillir textes et images d’archives, souvenirs et témoignages d’une décennie de règne : cinq Tours de France, trois Giro, deux Vuelta et un titre de champion du monde. On découvre ou redécouvre ce coureur exceptionnel, dernier vainqueur français de la Grande Boucle, célèbre pour son opiniâtreté et ses coups de gueule. Préfacé par Alain Prost qui qualifie Bernard Hinault de «meilleur de tous», ce livre est un petit bijou, tant pour les textes que pour les clichés inédits.

 

Le Hinault
Avec Bernard Hinault et Jean-Paul Brouchon
Editions Jacob-Duvernet
 


Bernard Hinault, comment s’est passée l’élaboration de l’ouvrage “Le Hinault” ?

L’idée de départ était de vraiment faire quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Nous avons cherché avec Jean-Paul Brouchon des textes datant des années 80 et rédigés par des pointures de l’écriture comme Blondin, Goddet ou Chaby. Nous les avons ensuite replacés dans le contexte de grands moments ou de grandes courses que j’ai gagnées. Pour les photos, nous avons choisi vraiment les plus belles et les plus marquantes et je pense que nous ne nous sommes pas trop trompés !

Avez-vous été touché en relisant les témoignages pour la grande majorité très élogieux ?
Bien sûr, cela me touche quand je vois que tellement de monde a écrit sur des moments que j’ai partagés avec eux. C’est vraiment génial ! Mais il n’y a aucune nostalgie dans cette démarche, ce n’est que du plaisir.

Y a-t-il des instants ou des courses que vous retenez plus particulièrement ?
Quand on lit ce livre, on ne peut pas retenir un moment particulier. J’ai vécu trop de belles choses, trop de grandes courses, de la première à mon come-back avec Bernard Tapie, et choisir dans cet ensemble est impossible. Je laisse faire les autres.

Vous êtes le dernier vainqueur français du Tour. Est-ce une fierté ou avez-vous envie que les choses changent ?
J’aimerais que ça change pour le public français et voir enfin un jeune coureur détrôner le vieux ! Je serai heureux le jour où cela arrivera car cela voudra dire que le coureur aura fait preuve de courage et se sera battu. Les gens savent que j’adore ce genre de performance, les jeunes qui ont du tempérament et qui vont chercher les victoires. C’est dans mon caractère.

 


Arrêtons l’hypocrisie sur le dopage

Quelles différences voyez-vous entre le Tour dans les années 80 et le Tour aujourd’hui ?
La seule différence est cette suspicion de dopage qui plane sur le cyclisme alors qu’on n’en fait pas autant pour les autres sports. Alors arrêtons l’hypocrisie. Moi j’ai toujours le même œil sur ma discipline. Les coureurs, comme à mon époque, doivent être présents, s’entraîner, jouer la gagne avec la volonté de faire plaisir au public.

Justement, le public est-il aussi présent qu’à votre époque ?
Ce qui est étonnant, c’est qu’il y a toujours autant de monde sur le bord des routes malgré ces affaires de dopage. Alors je me dis que les spectateurs sont toujours avides de spectacle et se moquent des histoires périphériques.

Que pensez-vous de cette édition 2008 de la Grande Boucle ?
Jusqu’à maintenant, le parcours est superbe avec une course vivante et incertaine qui nous promet encore beaucoup de plaisir. On découvre de nouveaux coureurs qui vont devoir confirmer le week-end prochain à Paris. Du côté français, les cyclistes n’ont qu’une chose à faire : attaquer. J’espère qu’un jour, la victoire leur sourira comme elle a souri à Samuel Dumoulin, vainqueur d’étape, et Romain Feillu qui a porté le Maillot Jaune.

Que faites-vous de votre vie aujourd’hui ?
Aujourd’hui, je suis passé à autre chose. J’ai fait mon temps, j’ai montré ce dont j’étais capable. Je travaille pour la Société du Tour 120 jours par an et le reste du temps, je profite de ma retraite. J’ai repris le vélo il y a quelque temps après 20 ans d’arrêt. Aux jeunes de prendre le relai !

Propos recueillis par Sophie Orus


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