RDV de la Pergola : Comme des poissons dans l’eau…

debat pergola

Bavards. Il est à peine midi, Ali Tehar, Jean-Michel Lattes et Stella Bisseuil arrivent quasiment simultanément au point de rendez-vous. Ponctuels, souriants… et prêts à débattre, nos invités de la semaine ne se sont pas fait prier pour commenter l’actu ! Au programme, la déclaration de Manuel Valls sur le FN, la mise en examen de Claude Guéant et la journée internationale des droits des femmes.

Par Coralie Bombail et Aurélie Renne

 

Alors que les clients n’ont pas encore envahi la salle de la Pergola, nous profitons du calme pour faire les présentations d’usage. Très vite, la discussion commence avant même que nous lancions les thèmes du débat. Et le premier accord général se fera sur la commande ! La tablée opte à l’unanimité pour la fricassée de fèves au chorizo, en entrée, et du lieu jaune en plat principal. Nous pouvons commencer sereinement le débat sur les propos tenus par Manuel Valls, dimanche matin, sur I-Télé/ Europe 1/Le Monde : « J’ai peur pour mon pays, j’ai peur qu’il se fracasse contre le Front National ». Une déclaration qui n’a pas manqué de susciter la polémique… Jean-Michel Lattes, seul élu présent, se lance en premier : « Ce discours m’inquiète autant que celui qui propose une alliance avec le Front national ; quand on a des idées, on les assume et on ne doit pas avoir peur face au FN. » « Mais quelles idées ? », réagit Ali Tehar, « les politiques parlent de la montée du FN, de la peur, du danger, mais ils ne parlent pas de ce qui provoque cela : le chômage, la précarité, le vivre ensemble », poursuit-il. L’avocate Stella Bisseuil tient à nuancer la portée des mots de Manuel Valls : « Je ne pense pas que le terme ‘‘peur’’ représente l’attitude du Premier ministre envers le FN, il a été pris au mot. C’est le problème de ces polémiques très médiatiques où l’on s’attache aux petites phrases, au détriment de l’esprit. » Elle fait remarquer que Manuel Valls « a réconcilié la gauche avec une certaine fermeté, c’est un faux procès. » Un argumentaire qui ne convainc pas Ali Tehar :

Ali Tehar : « Est-ce que c’est son rôle d’en rajouter alors que le gouvernement ne fait rien là-dessus ? »

Stella Bisseuil : « Je ne suis pas d’accord, la façon dont ils ont réagi lors des derniers événements de janvier nous a clairement montré qu’on était dans un gouvernent républicain. »

Ali Tehar : « Ce n’est pas de la politique… »

Stella Bisseuil : « Mais les valeurs sont déterminantes en politique, et le gouvernement a été très respectueux envers toutes les communautés. »

Ali Tehar : « Je suis maghrébin et j’ai été content de quitter l’ère Sarkozy, mais on est revenu dans une même rhétorique de stigmatisation avec Manuel Valls. Il nous a enfermé dans une communauté ‘‘musulmane’’ »

Stella Bisseuil : « C’est une vraie question de fond, mais personnellement, je n’ai pas entendu ça… »

« Guéant aurait été un merveilleux ministre des Finances !»

Jean-Michel Lattes, qui a suivi avec attention la passe d’armes, ramène le débat sur la question du FN, en regrettant qu’il n’y ait aujourd’hui « pas de réponses ni à gauche ni à droite au discours du Front national, et les maladresses de Manuel Valls sont les mêmes que celles qu’on a connues sous les gouvernements précédents. » Ali Tehar établit de suite le rapprochement avec « l’utilisation du mot apartheid également très stigmatisant ». Pour l’adjoint au maire de Toulouse, « il s’agit de la même chose que l’expression ‘‘nettoyer les quartiers au karcher’’, c’est décalé par rapport aux enjeux ». Là encore, Stella Bisseuil prend la défense de Manuel Valls : « La ghettoïsation est une politique discriminante mise en place par l’Etat, si ce mot est violent, il l’est envers l’Etat ».  Avant de passer au sujet suivant, nous posons une dernière question : personnellement, ont-ils peur de la montée du FN ? « Je suis très inquiet », répond en premier Jean-Michel Lattes, « depuis toujours, on entend qu’ils ne seront jamais élus mais aujourd’hui nous avons des députés, des maires et demain peut-être des conseillers départementaux. On en est à la phase de la captation du pouvoir. » Pour Stella Bisseuil, « la gauche a laissé au FN un certain nombre de sujets qui touchent la vie quotidienne des gens et il est devenu le parti populaire, c’est encore rattrapable mais il faut revoir notre système démocratique, savoir écouter les gens qui ne manifestent pas et ne pas se couper du peuple. » Ali Tehar craint l’argument « on a tout essayé, donc on va essayer autre chose », et rappelle que « le FN a déjà eu le pourvoir de plusieurs mairies et n’a jamais été réélu ». Alors que nous terminons les fèves au chorizo, nous abordons une deuxième polémique qui a secoué le milieu politique la semaine dernière : la mise en examen de Claude Guéant, dans le cadre de l’enquête sur un potentiel financement libyen dans la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. L’ancien ministre est suspecté pour avoir reçu une somme de 500 000€ via un compte en Malaisie, qu’il justifie par la vente de deux tableaux… « Le sujet me hérisse », lance Jean-Michel Lattes, « bien sûr, il faut respecter la présomption d’innocence, mais faire croire qu’il a vendu ses tableaux pour 500 000€, c’est nous prendre pour des cons ! Il fait partie d’une génération d’élus qui a un sentiment d’impunité.  » « Il aurait été merveilleux en ministre des Finances », ironise Ali Tehar. Stella Bisseuil remarque que « la malhonnêteté existe en politique comme dans les autres milieux, mais ça fait plus de ravages qu’ailleurs » et regrette « la vision très répressive que l’on a en France quand on en attrape un, mais on n’interroge pas le mécanisme préventif et notamment le rôle de la Cour des comptes ».  Ali Tehar rétorque : « ils se sentent au-dessus des lois, les limites de la transparence sont là : les lois sont justement votées par ces gens-là… »

Jean-Michel Lattes rappelle tout de même que « les règles mises en place sur la vérification des comptes de campagne sont très strictes, je me souviens avoir été alerté pour un centime d’euro… Localement, on n’a pas droit à l’erreur donc il faudrait savoir comment fonctionne le système, rentrer dans le moteur ».

« Les droits de la femme ne valent pas une journée mais 365 ! »

Dernier thème du déjeuner, la journée internationale des droits des femmes, qui a eu lieu dimanche dernier. Chaque année, cette journée est entourée d’un certain nombre de controverses : est-elle efficace pour faire avancer la cause ? Un sujet qui parle à Jean-Michel Lattes, professeur de droit du travail à l’université Toulouse 1 : « J’ai fait ma thèse sur le principe de non-discrimination dans le monde du travail. Le droit atteint ses limites car la morale et l’éthique entrent en jeu ». Lui-même remarque qu’après un master 2, « les garçons trouvent un emploi dans les 6 mois et les filles un an ou un an et demi après ». Ce qu’explique également Stella Bisseuil : « Quand on fait des études longues et qu’on arrive sur le marché du travail, on est en âge de fonder une famille ». « Et d’ailleurs, j’encourage mes élèves à mentir lors de l’entretien d’embauche ! » s’exclame le professeur. Pour Ali Tehar, cette journée « reste un bon porte-voix pour les associations féministes pour faire connaître leur combat, sachant que la notion de droit associée à la journée de la femme est une spécificité française ». Il faut rappeler que c’est une journée internationale, mise en place par l’ONU, en 1975. « Elle est certainement plus utile dans d’autres pays qu’en France », estime Stella Bisseuil. Seule femme invitée de la table, l’avocate n’est pas pour autant attachée à la notion de parité : « Le fait qu’il y ait autant d’hommes que de femmes dans tous les domaines ne m’intéresse pas, ce qui est important c’est les violences à l’encontre des femmes ». À ce sujet, Ali Tehar rappelle qu’en France « deux femmes par jour meurent sous les coups de leur conjoint ». Un problème qui « vaut plus qu’une journée mais 365 ! » conclut Stella Bisseuil. Le débat se termine sur un café serré pour nos invités, prêts à retourner au combat que ce soit au tribunal, à la mairie de Toulouse ou pour la survie de la Dynamo !

 

 

Mini-bios

Jean-Michel Lattes : Enseignant en droit du travail à la faculté de droit de Toulouse il est élu premier adjoint au maire de Toulouse en mars 2014 et assure les fonctions de vice-président de la Communauté urbaine Toulouse Métropole et de président du SMTC Tisseo. Il fait partie du groupe polyphonique Le chœur de Tolosa.

Stella Bisseuil : Avocate spécialisée dans le droit des personnes. Elle s’est notamment illustrée lors du très médiatisé procès AZF, en tant qu’avocate aux côtés des victimes de l’association familles endeuillées.

Ali Tehar : Directeur de la programmation de la Dynamo et militant associatif il s’échine actuellement avec une toute nouvelle équipe à faire renaitre la salle de concert. Sous forme de Scic a dimension culturelle, le projet entend proposer aux toulousains de s’associer à la scène locale.

 



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