[La question existentielle] Pourquoi des chaussures sont-elles pendues dans les rues de Toulouse ?

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En levant la tête dans les rues de Toulouse, il se peut de temps à autre que l’on aperçoive des chaussures suspendues aux fils électriques. Une vision assez incongrue dont on se demande quelle peut bien en être la signification. Le Journal Toulousain a mené l’enquête.

Le phénomène est bien connu des étourdis en série. Ceux qui perdent systématiquement leurs clés. On a beau à chercher en vain dans tous les recoins, ce n’est que par hasard, un jour en n’y pensant plus, que l’on parvient enfin à mettre la main dessus. Avec les chaussures suspendues, c’est un peu pareil. Malgré les nombreux témoignages du type « j‘en ai vu la semaine dernière rue des Blanchers », le jour où l’on décide d’aller soi-même constater le phénomène (pour les besoins d’un article par exemple), rien ! Mais pas question de douter de la bonne foi (ou de l’état de clairvoyance) de son indicateur. Si les chaussures observées ont disparu, c’est forcément que quelqu’un s’occupe de les enlever. Or, que ce soit du côté des services techniques de la mairie, d’EDF ou encore d’Enedis (anciennement ERDF), l’opérateur en charge du réseau électrique, a à chaque fois la même réaction. D’abord un sourire à l’évocation du sujet, puis une gentille invitation à chercher dans une autre direction puisqu’ils n’en ont jamais entendu parler. « Ah si, je crois que j’ai déjà vu un reportage sur le phénomène, ça vient des États-Unis, non ? » nous laisse-t-on espérer du côté d’Enedis. « Mais nous n’avons absolument jamais eu aucune remontée de la part de nos services liée à de telles interventions ».

Le mystère reste entier. En tout cas, après quelques recherches, le phénomène vient bien des États-Unis où on l’appelle le “shoefiti” ou bien le “shoes tossing”. Et parmi les explications les plus répandues, il servirait à marquer un point de vente de drogue ou à délimiter un territoire de gang. Direction donc la police pour savoir si la paire de baskets pendue, aperçue récemment, aurait permis de démanteler le terrible gang de la rue des Blanchers. « On ne voit même pas de quoi vous voulez parler. Si c’était ça l’explication, ce ne serait pas très malin, non ? » assène la policière officiant ce jour-là au standard téléphonique du commissariat central. Autre hypothèse, le fait de lancer ses chaussures serait une manière de célébrer une première fois ou la fin de l’année universitaire. « C’est surtout un défi de fin de soirée alcoolisée. Des copains m’ont raconté l’avoir fait en guise de blague à celui qui était le plus mal en point », précise Aliénor, étudiante en droit à Toulouse. Plutôt terre à terre, Aliénor ne perçoit donc pas dans cet acte la dimension artistique que certains lui confèrent, à l’image des tags ou des pochoirs poétiques sur le trottoir. Un documentaire australien s’est même intéressé à la question à travers le monde. « Le simple fait que quelqu’un se demande comment ces chaussures sont arrivées là crée de la tension et participe à cet aspect légende urbaine », s’y exclame un intervenant. Objectif réussi donc pour les lanceurs de chaussure.



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