[Lettre ouverte] Bernard Salengro, médecin du travail, écrit à François Hollande

Expéditeur :Dr Bernard Salengro. Médecin du travail et ergonome, il a des responsabilités syndicales dans les institutions consacrées à la santé au travail (INRS, Caisse des accidents du travail et des maladies professionnelles, conseil d’orientation des conditions de travail, agence nationale de sécurité sanitaire) et est expert dans le pôle santé au travail à la CFE-CGC ainsi que président du syndicat des préventeurs de la CFECGC.

Destinataire : François Hollande : Il a été élu président de la République le 6 mai 2012. Ancien premier secrétaire du Parti socialiste, il a été maire de Tulle (de 2001 à 2008), député de la Corrèze (de 1988 à 1993 puis de 1997 à 2012) et président du Conseil général de Corrèze (2008-2012).

 

M. le Président de la république,

 

C’est la difficulté des hommes politiques qui ont passé leur carrière d’une fonction administrative à une fonction politique et vice versa : ils ont une connaissance trop livresque des situations. On comprend bien la volonté de supprimer dépenses et contraintes pour les entreprises et tant pis pour les salariés s’ils y perdent des protections dans le jeu déséquilibré face à leur employeur. L’Europe, et c’est pour cela qu’on l’aime de plus en plus, y incite fortement. Ainsi on a vu les efforts du gouvernement pour éloigner le médecin du travail des salariés, c’est un gêneur pour la production. Le Dr Georges Clémenceau (le tigre de 14) le constatait déjà en 1904 lorsqu’il se battait pour faire reconnaître la maladie du plomb.

 «  On a vu les efforts du gouvernement pour éloigner le médecin du travail des salariés »

La première tentative s’est faite avec la loi Macron, puis réessayé avec la loi Touraine et enfin c’est avec la loi Rebsamen que l’essai devient visible même si le travail n’a été fait qu’a moitié, le rendant incompréhensible. Ce que vous n’avez pas mesuré M. le Président c’est l’erreur de diagnostic de la situation. Sinon comment comprendre le vote opposé des organisations patronales au conseil d’orientation des conditions de travail lors de la présentation de ces textes ! Effectivement ce que vous n’avez pas vu c’est que derrière le prétexte de faciliter la vie aux entreprises, en éloignant le médecin du travail des salariés, il s’agit surtout de consolider la possibilité pour les services de santé au travail de faire ce qu’elles veulent avec les cotisations obligatoires des entreprises, ce qui sera grandement facilité par l’éviction des médecins du travail ! CQFD ! Ce tour de passepasse est un magnifique tour de prestidigitation ou de lobbying de l’association des présidents patronaux (1) des services qui veut se débarrasser des médecins et qui a enfumé le gouvernement avec la complicité de quelques universitaires un peu trop naïfs. Les entreprises rassemblées dans leurs organisations syndicales (MEDEF, CGPME et UPA) se sont opposées avec les organisations de salariés au projet présenté par le ministère ! Cherchez l’erreur ! Qu’à cela ne tienne, on continue, il faut dire qu’il y a beaucoup d’argent qui circule ! A Toulouse il y a quelques beaux cas de service de santé au travail pour lesquels la DIRECCTE ferait bien de s’intéresser, certes son agrément est un sabre de bois mais il y a beaucoup d’autres façons d’inciter les services de santé au travail et leurs directions à répondre à leur objet social, en fait ce sont des présidents élus par leurs collègues mais sans aucun lien avec le Medef, la CGPME ni l’UPA et donc ils font ce qu’ils veulent !

 

 

 

 

 



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