[Lettre ouverte] Antoine Maurice écrit à Jean-Luc Moudenc

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Antoine Maurice, écologiste membre de l’opposition municipale ©Franck-Alix

Expéditeur : Antoine Maurice. Cet écologiste proche de Cécile Duflot était vice-président de Toulouse Métropole sous la mandature de Pierre Cohen. Les relations entre EELV et l’ancien maire ont toujours été compliquées à tel point qu’Antoine Maurice et les siens sont partis en dissidence au premier tour de la dernière élection municipale. Aujourd’hui l’ancienne tête de liste « verte » s’impose parmi les leaders de la gauche toulousaine, et interpelle Jean-Luc Moudenc sur le thème largement médiatisé de la sécurité.

Destinataire : Jean-Luc Moudenc. Il a été élu maire en avril dernier, lui qui fut déjà l’édile de la ville de 2004 à 2008. Il est également président de Toulouse Métropole, mais aussi de la puissante Association des maires des grandes villes de France.

 

 

 

 

Monsieur le Maire,

 

Le 4 septembre s’est tenue à Arnaud Bernard la première réunion publique en vue de l’implantation de systèmes de vidéosurveillance.

Vous voulez respecter votre engagement d’augmenter le nombre de caméras (350 en cours d’achat) à Toulouse. J’en prends acte. Mais je m’interroge sur votre méthode, qui a consisté jusqu’à présent à multiplier les annonces par voie de presse. Car des chiffres ronflants ne suffisent pas à faire une politique de sécurité efficace et adaptée aux problèmes propres à chaque quartier.

La réunion à Arnaud Bernard a été révélatrice de ce flou : aucun bilan de l’action déjà engagée par la municipalité́ et de nombreux acteurs de ce quartier. Quid de la Commission des Libertés Publiques, indépendante de la mairie et instituée durant le précédent mandat pour éclairer nos choix à partir de diagnostics par secteur ? Elle a été remisée au placard. Son travail s’inscrivait pourtant dans les principes de la Charte européenne pour une utilisation démocratique de la vidéosurveillance, que le Conseil municipal avait adoptée à l’unanimité en 2011. Avant toute implantation de caméras, la charte recommande « la réalisation d’un diagnostic visant à définir de manière objective les besoins locaux. » S’agissant d’Arnaud Bernard, ce diagnostic a justement été réalisé́ par la Commission des Libertés Publiques. Sur cette base, elle avait rendu (avec l’appui de représentants de votre groupe politique) un avis défavorable à l’implantation de caméras.

La vidéosurveillance dans ce quartier était jugée « inopportune (risque d’aggravation de la stigmatisation de la population du quartier), particulièrement attentatoire aux libertés publiques (les places Arnaud Bernard et Tiercerettes étant des lieux de sociabilité intense), et inadéquate (risque de dispersion des trafics dans les rues adjacentes). » La charte prévoit également que « les installations de vidéosurveillance ne peuvent être mises en service qu’à partir du moment où les autres mesures, moins intrusives, se sont révélées insuffisantes ou inapplicables. » Or la commission approuvait par ailleurs « le choix de la municipalité de situer la réponse au niveau d’une politique globale visant la reconquête de la diversité sociale du quartier ; la consolidation des commerces de proximité ; une stratégie de prévention situationnelle de la délinquance par la mobilisation d’une panoplie d’actions – concertées – de réaménagement des espaces et de dynamisation des ressources sociales et humaines du quartier. »

Aujourd’hui, vous balayez d’un revers de la main les conclusions rendues par une instance qualifiée. C’est étonnant de votre part, vous qui affirmez préférer le pragmatisme à l’idéologie. Car malgré́ les nombreuses interrogations et réticences exprimées par les participants, la conclusion de la Maire de quartier fut lapidaire : « La vidéosurveillance est la solution qui va être mise en place. » Vous l’abordez donc comme une fin en soi, sans prise en compte de sa pertinence dans un contexte donné.

La sécurité́ est un sujet important et une source de préoccupation légitime pour nos concitoyens, l’actualité́ récente nous l’a encore rappelé. Nous devons apporter des réponses avec sérieux et humilité, sans posture martiale ni instrumentalisation politique de faits dramatiques. Si j’attendrai pour juger des résultats de votre action, votre démarche me laisse pour le moment, vous l’avez compris, perplexe…

 

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, mes sincères salutations.

 



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