[RDV de la rédaction] Tout le monde en prend pour son grade…

©Tran Dac Phat
©Tran Dac Phat

TRANCHANT. Le rendez-vous est donné, pour nos trois invités du jour, au café Le Florida, place du Capitole. Thé et café ont accompagné Philippe Orillac, Daniel Luciani et Hakim Benarbia dans leur discussion sur la conférence sociale de François Hollande, le référendum du PS sur l’union de la gauche et la défaite du XV de France en rugby. Trois sujets passés au crible…

Par Myriam Balavoine et Coralie Bombail

Dans une ambiance calme et détendue, propice au débat, nos trois personnalités se présentent, passent commande, et entrent rapidement dans le vif du sujet. La veille de cette rencontre, François Hollande organisait sa quatrième conférence avec les partenaires sociaux. Daniel Luciani met en avant une « politique médiatique qui ne colle pas avec la réalité du dialogue social ». Tous s’accordent à dire que le dialogue social est vital, comme le souligne Philippe Orillac. L’absence de la CGT à cette conférence est rapidement notée et la conversation s’oriente vers les organisations syndicales en elles-mêmes.

Philippe : La dernière réforme n’est pas allée assez loin. Aujourd’hui persiste une lutte entre les différents syndicats. Le dialogue social serait beaucoup plus efficace avec deux syndicats seulement. Pour qu’ils soient plus forts, il faut qu’ils soient moins nombreux.

Estimant que les syndicats suivent le même format  que celui de la politique, Daniel Luciani affirme que le mode d’engagement des salariés dans le dialogue social doit changer. Pour lui, « les gens n’ont pas envie de s’engager dans cette lutte de positions, et pour que les salariés puissent participer au dialogue, il faut l’organiser ». Hakim Benarbia, d’accord sur ce point, ajoute que « les organisations syndicales ne défendent plus les salariés et l’intérêt pragmatique mais une idéologie ». Un compromis difficile à trouver, selon Philippe Orillac. Le PDG d’ICOM établit un parallèle avec son expérience auprès du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise), et propose que les représentants syndicaux mettent en place une rotation de 5 ans maximum à la tête de leur organisation, se replaçant ainsi dans une logique de contribution, et non de carrière personnelle.

« Cette politique médiatique ne colle pas avec la réalité du dialogue social » Daniel Luciani

Interrogés sur la méfiance des citoyens envers ces syndicats, comparable à celle portée aux politiques, tous concèdent leur importance dans la société actuelle et la difficulté d’un tel engagement. Philippe Orillac regrette que les jeunes générations n’aient pas « conscience du rôle que les syndicats  ont pu jouer dans l’histoire ». Daniel Luciani, lui, déplore l’image de combat et de lutte que les syndicats renvoient ainsi que le positionnement des gouvernements de gauche face à cette situation.

Hakim : Le véritable problème vient du fait que l’Etat est toujours appelé à la rescousse. Celui-ci intervient beaucoup trop. Le dialogue social comme le conçoit François Hollande est un échec.

Nous basculons sur notre second sujet, le référendum du PS sur l’union de la gauche. Daniel Luciani avoue n’avoir entendu parler du vote que le jour-même… tandis qu’Hakim Benarbia trouve que cette « tentative de faire parler les électeurs pour faire pression sur ses partenaires est un coup politique assez critiquable et désespéré ». Pour Philippe Orillac, pragmatique, « ce référendum révèle que les partis sont à bout de souffle et relève de la communication ». Or, il estime qu’ « aujourd’hui, nous attendons des idées, des idées auxquelles les politiciens doivent croire eux aussi. Si certains doutaient encore des divisions de la gauche française, ce suffrage les confirme ». Daniel Luciani ajoute même qu’il « renforce la perception des individus mais n’aura aucun impact sur l’union des partis ». Une histoire de pouvoir que personne ne veut lâcher une fois pris, avec, pour Philippe Orillac, une question sous-jacente : « Voulez-vous tout faire pour lutter contre le Front National ? ».

« Les partis politiques sont à bout de souffle » Philippe Orillac

D’autres problématiques sont soulevées par nos trois invités, notamment les divers départs d’hommes et femmes politiques de leurs partis, dont certains rejoignent les rangs du FN. A Toulouse, deux anciennes baudisiennes se retrouvent aujourd’hui aux côtés de Louis Aliot aux régionales… Et la conversation dévie sur les mandats de de Dominique Baudis…  « Peu d’hommes savent partir, Baudis a réussi cela, il faut le lui accorder », rappelle Philippe Orillac. Daniel Luciani renchérit : « Il a bien géré sa ville, en bon père de famille, mais il a axé son développement autour de l’aéronautique seulement. Dans les autres domaines, comme les transports, la ville a pris du retard et paye aujourd’hui sa non vision ! ». D’où l’importance du renouvellement des politiques, des visions, des façons de faire… « C’est aussi aux successeurs de faire quelque chose », émet Hakim Benarbia. Daniel Luciani acquiesce mettant tout le monde dans le même panier « que ce soit Jean-Luc Moudenc, Philippe Douste-Blazy ou Pierre Cohen ! ». Si tout le monde en prend pour son grade, c’est au tour du XV de France d’être passé au crible, mais avec humour, puisque chacun avoue n’y connaitre pas grand-chose !

Philippe Orillac se lance, soumettant qu’une victoire de la France aurait pu redonner de la confiance à la France, et donc de la croissance. Daniel Luciani y voit une référence à une théorie de l’économiste Thomas Piketty sur la croissance en France, aussitôt contrée par Hakim Benarbia, prenant en exemple les Etats-Unis. C’est Philippe Orillac qui recentre le débat : « En tous cas, en rugby, ils sont moins bons que nous ! ». Toujours est-il que, dans le sport comme en politique, persiste un problème de pouvoir et de personnalités… Pour le responsable jeune de Force Républicaine 31, « il serait logique que Guy Novès reprenne la tête de l’équipe de France ». Mais, comme le rappelle le trésorier de l’Autre Cercle, « on le critique déjà alors qu’il n’a pas commencé, il faut lui laisser du temps. » Il fait référence à une déclaration de Bernard Laporte, candidat à la présidence de la Fédération française de rugby, qui a avoué qu’il ne souhaiterait pas garder Guy Novès en tant que sélectionneur s’il était élu. Hakim Benarbia, lui, s’interroge sur le management de la fédération : « Annoncer le prochain sélectionneur avant la fin de contrat de l’actuel (Philippe Saint-André, ndlr), n’est-ce pas une erreur ? »

« C’est une tentative de faire parler les électeurs pour faire pression sur ses partenaires » Hakim Benarbia

Daniel : Comme dans les entreprises, il faut réduire le niveau de management sur les individus, qui ont besoin de plus d’autonomie, de moins de pression et d’exhortations.

Si, pour l’un, il s’agit d’une histoire de mental et de confiance, un autre met en avant le talent. « Si on est mauvais, on est mauvais ! » exprime haut et fort Daniel Luciani. Les trois hommes se questionnent sur la possibilité que la FFR (Fédération Française de Rugby) paye directement les joueurs de l’Equipe de France, et relèvent les conflits entre celle-ci et les autres clubs. Finalement, ce sont les vertus et les valeurs du sport qui clôturent le débat. Lancés dans leur discussion, ils enchaînent sur la COP21. Un quatrième sujet aurait bien pu s’imposer, mais chacun, voyant le temps filer, doit retourner à ses occupations…

Mini-biographies:

Philippe Orillac : Ce toulousain est le trésorier de l’association LGBT (Lesbienne Gay Bi et Trans) l’Autre Cercle, dont l’objet principal est de lutter contre les discriminations et l’homophobie dans le monde du travail. A côté de son engagement auprès de l’Autre Cercle, dont il a été président national, Philippe Orillac est responsable de vente chez Milan Presse.

Daniel Luciani : Diplômé en communication de l’Université de Bordeaux, Daniel Luciani est nommé, en 2006, PDG de l’Agence ICOM à Toulouse. Egalement membre du Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise (CJD) depuis 2001, il s’engage en matière de développement durable et se fait le porteur des projets d’ICOM avec la volonté de mettre l’Economie au service de l’Homme.

Hakim Benarbia : C’est après des études à Sciences Po Paris qu’Hakim Benarbia se lance en politique. Aujourd’hui, il est responsable jeune de Force Républicaine 31, mouvement soutenant François Fillon.

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