jeudi 26 novembre 2020
Economie Patrick Soula, l’Américain

[Portrait de décideur] Patrick Soula, l’Américain


RECONVERSION. Il est des gens qui transforment en or tout ce qu’il touche. Patrick Soula semble être de ceux-là. Passant d’une carrière de rugbyman à celle de restaurateur, tout lui réussit.

 

Profondément toulousain, il qualifie lui-même sa naissance en Lorraine (Guénange plus précisément), « d’accident de mutation ». Policier, son père se voit affecté dans l’Est de la France, dans les années 1960, pour y prendre son premier poste, avant de redescendre dans la ville rose. C’est donc à 9 ans que Patrick Soula s’installe à Toulouse, avec sa famille, pour y passer toute son enfance, et même toute sa vie. Il y découvre le ballon ovale et intègre rapidement la prestigieuse école de rugby du Stade Toulousain. Il ne s’entrevoit pas encore au sommet du club Rouge et Noir, et surtout, « le rugby n’était pas encore professionnel à l’époque », précise-t-il. Il faut alors choisir un métier, ce qu’il fait en préparant et obtenant un  Bac F3 (électrotechnique). Mais, à l’âge de 20 ans, il est appelé sous les drapeaux : « cette étape de ma vie n’a pas été traumatisante car j’ai fait mon service militaire à Francazal. » Un des privilèges que le statut de « joueurs du Stade » lui a conféré, car l’homme n’est pas naïf et même reconnaissant : « Je suis stadiste à 100% et je crèverai Stadiste. Je sais que le Stade Toulousain m’a ouvert beaucoup de portes, ou du moins m’a aidé à les enfoncer ! » Il joue d’ailleurs son premier match en équipe Une en 1984, et restera fidèle à son club jusqu’en 1999 où il met un terme à sa carrière. « À l’époque », nous précise-t-il, « le club se débrouillait pour faire embaucher ses joueurs dans des grandes sociétés locales, l’administration, les banques… Moi, j’ai fini chez EDF où j’ai travaillé pendant 4 ans. » Mais son chromosome entrepreneurial commence à le titiller et il comprend vite qu’il ne fera pas carrière chez le distributeur d’électricité.

« Je crèverai Stadiste ! »

En 1992, il quitte EDF et s’interroge quant à son avenir : « je voulais profiter de la notoriété du club pour m’épanouir. » Passionné par les Etats-Unis et particulièrement par l’Amérique des années 1950, l’idée d’un « diner » s’impose rapidement à lui : « J’allais souvent aux USA et j’adorais manger dans ce type de restaurants où la décoration et les menus sont tellement typiques. » Un an plus tard, il ouvre le premier Tommy’s (du prénom de son fils) en centre-ville de Toulouse. Durant 6 ans, il mène de front sa carrière sportive et son nouveau métier de restaurateur : « Le Tommy’s est devenu la cantine des joueurs ! » Mais à 35 ans, « la tête pleine et le corps fatigué », il décide de mettre un terme à sa grande aventure rouge et noire : « J’ai considéré qu’il s’agissait d’une tranche de ma vie qui se terminait pour laisser place à une nouvelle ! » Les entraînements en moins, Patrick Soula dispose alors d’un temps libre qu’il occupe à voyager aux USA : « J’y suis resté 3 mois pour m’imprégner de l’esprit des vrais diners américains, de leur authenticité ! » À son retour, le Tommy’s, son concept et l’originalité de son bâtiment sont  dessinés dans la tête de l’ancien rugbyman qui ouvre les portes du diner que nous connaissons aujourd’hui à Labège, en 2002. Mais gérer deux affaires devient vite difficile et il doit se résoudre à se séparer du restaurant du centre-ville : « je l’ai vendu à Trevor Brennan (ancien 3e ligne du Stade Toulousain, ndlr) qui en a fait le De Danù. » Patrick Soula peut alors se concentrer sur le développement du Tommy’s et faire de son restaurant une marque aujourd’hui reconnue. Désormais l’homme est un entrepreneur averti et ambitieux puisqu’il manage pas moins de 400 personnes et a ouvert plus de 10 établissements en France et dans les Dom-Tom. Et il ne compte pas s’arrêter là puisqu’il prévoit de développer quatre restaurants supplémentaires dans l’année.

 

 

Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.

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