vendredi 4 décembre 2020
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Pierre-Marie Hanquiez : « Il ne suffit pas de baisser les charges pour créer des emplois »

 

INJONCTION. À l’occasion de sa Grande tribune, le Medef 31 a invité son leader national, Pierre Gattaz. Le patron des patrons haut-garonnais Pierre-Marie Hanquiez revient sur la loi travail, le moral des entrepreneurs et les possibles décisions unilatérales du Medef, abordés lors de cette rencontre.

Pierre-Marie Hanquiez, l’invité d’honneur du colloque du Medef 31 était Pierre Gattaz. Quel message vous a-t-il délivré ?

Il nous a rappelé qu’il était important de nous faire entendre et de réaffirmer nos attentes. Sa tâche à lui est de faire comprendre à nos gouvernants les besoins des entreprises car c’est par elles que se crée l’emploi. Aujourd’hui, il s’inquiète de voir qu’après des annonces allant dans ce sens, le gouvernement plie devant les exigences d’un groupe, plus ou moins représentatif. Pourtant, notre discours est à la fois réaliste et optimiste : tout pourrait être entre nos mains pour redresser la situation, encore faut-il que l’on nous en donne les moyens et que l’on cesse d’opposer les salariés aux patrons, de croire que les gestes en faveur des entreprises sont des cadeaux à leurs dirigeants.

Aujourd’hui, quels sont les besoins des chefs d’entreprises ?

D’abord, alléger le coût du travail. Entre le pacte de responsabilité et le CICE, des mesures vont dans ce sens. On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide : la légère baisse de ce coût est favorable mais il faut encore consentir de gros efforts.

Ensuite, alléger les contraintes qui pèsent de plus en plus sur les entreprises ce qui passe par une réflexion sur le droit du travail (seuils sociaux, conditions d’arrêts d’un contrat de travail, plafonnements des prud’hommes…). Ce sont de vrais risques pour l’entreprise qui rendent les embauches difficiles. Prenons un exemple : si je crée un nouveau poste dans ma société, c’est donc dans l’espoir d’un emploi pérenne. Je n’ai pas de motifs réels pour recruter en CDD et je suis prêt à faire un CDI. Mais si je m’aperçois que ce poste créé ne donne pas satisfaction, qu’il n’est pas la bonne solution pour l’entreprise, que puis-je faire ? D’autant que si ma société est rentable, je ne peux pas invoquer le motif économique. Je vais alors licencier la personne, pour la simple raison que ce j’ai tenté ne fonctionne pas, je prends le risque d’un prud’homme. Devant cette crainte, je ne créerais pas ce poste. Si l’on demande aux chefs d’entreprises s’ils préfèrent plus d’aides ou moins de règlementations, le choix est vite fait : nous souhaitons pouvoir entreprendre.

Enfin, revoir la fiscalité qui est contreproductive. Si tant de gens cherchent à échapper à l’impôt, c’est qu’il devient confiscatoire et trop pénalisant. Autrement dit, on ne peut convenir que ce sont les entreprises qui génèrent l’emploi tout en ne réunissant pas les conditions pour qu’elles puissent le faire. Au lieu de rendre plus accessible le CDI, on envisage de taxer les CDD, c’est une ineptie.

« Au lieu de rendre plus accessible le CDI, on envisage de taxer les CDD »

Ce que vous venez d’aborder est, en substance, dans la loi travail de Myriam El Khomri, quel est votre sentiment quant à cette loi ?

C’était dans les intentions ! Le Medef a salué le projet initial, mais entre-temps, il a été détricoté. Nous craignons que cette loi, prévue pour faciliter l’emploi et les CDI puisqu’on levait la peur d’embaucher, ne tienne pas ses promesses à force de corrections. Je ne comprends plus ni ce que comporte cette loi ni à quoi elle sert. J’ai les plus grosses inquiétudes à ce sujet. Dans la première mouture, l’équilibre salariés/patrons avait été trouvé. Il faut arrêter de penser qu’un chef d’entreprise se lève le matin en voulant se séparer de ses employés, au contraire, il veut créer de l’emploi. Pour cela, la lisibilité des risques d’un licenciement par le plafonnement des indemnités prud’homales peut l’y aider. C’était l’idée de départ de cette loi, mais…

Avez-vous alors la sensation que les organisations patronales ont perdu les négociations ?

Ne connaissant pas la mouture finale, il est difficile de se prononcer, mais il est certain que la loi aura perdu de sa substance par rapport au projet initial qui nous convenait.

Que se passerait-il alors ? Le Medef menace de quitter le paritarisme de l’assurance chômage…

Il ne faut pas s’étonner que l’on soit dans l’obligation de durcir le ton. Aujourd’hui, il existe un consensus pour affirmer que les solutions qu’il conviendrait d’apporter pour créer de l’emploi doivent passer par l’entreprise. En revanche, on ne peut pas manifester des intentions qui se traduisent ensuite par des mesurettes qui ne changeront pas fondamentalement la situation. En France, on ne s’autorise même pas à essayer.

L’essai du pacte de responsabilité a lui été concrétisé, mais a-t-il généré de l’emploi ?

Cette mesure a contribué à baisser le coût du travail mais elle nous a seulement permis de retrouver le niveau d’il y a quatre ans. C’est appréciable mais ce n’est pas suffisant. Cela a donné la possibilité à bon nombre d’entreprises de résister et d’éviter des destructions d’emplois. Mais il ne suffit pas de baisser les charges pour créer des emplois. Nous serons en mesure de générer un million d’emplois quand les conditions pour le faire seront réunies, et ce n’est pas le cas ! Tant que l’on opposera le pragmatisme du fonctionnement d’une entreprise à du dogmatisme, cela ne pourra pas fonctionner.

Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.

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