PS : Parti gazeux ?

Au-delà du soixantième anniversaire du Prince Charles qui semble ne pas désespérer d’accéder un jour – mais à quel âge ? – au trône d’Angleterre ; plus que le départ du gouvernement de Jean-Pierre Jouyet bientôt nommé à la présidence de l’Autorité des Marchés Financiers ; plus que la grève à Air France concernant le relèvement de l’âge limite de cessation d’activités des pilotes de 60 à 65 ans, c’est le G20 et le Congrès du PS qui intéressent les médias et que l’opinion publique suit.

 
Même avec un Président américain en fin de mandat et à la légitimité très faible ; même sans Obama qui reste, avec son équipe, à l’écart de ce sommet, cherchant avant tout à éviter toute fausse note jusqu’au 20 janvier 2009 ; même avec des Européens divisés et une liste de participants contestée, le sommet du G20 qui n’est pas Bretton Woods, n’accouche pas du «meilleur des mondes possible» mais est déterminant parce qu’il a su réunir les principaux protagonistes témoignant de leur conviction que la solution ne peut être que globale ; il met fin à quarante ans de supériorité américaine (moins donneur que preneur de leçons), à trente ans durant lesquels nombre de pays occidentaux jugeaient que l’État était le problème et non la solution.
Ce G20 préfigure la suppression du G8 : c’est bien ; c’est important comme avancée vers une gouvernance mondiale (chère au philosophe Emmanuel Kant au XVIIIe siècle) ; à la Chine et au Brésil d’apporter leur point de vue et leur poids de pays émergents ; à chacun dorénavant de dépasser les propos roboratifs et incantatoires, les dénonciations faciles des boucs émissaires (comme les agences de notation) et de suivre rigoureusement le calendrier et les impératifs de l’agenda du travail global et collectif constituant plus qu’une feuille de route, les premiers linéaments d’une réforme du capitalisme mettant fin non à une absence totale de règles mais à une mauvaise régulation du système, favorisant plus un État régulateur qu’un «État banquier ou actionnaire».
Autre sujet d’intérêt pour les chroniqueurs, les spécialistes et les militants du PS plus peut-être que l’opinion publique elle-même quelque peu fatiguée du pré-congrès et de sa vraie-fausse dramatisation, le Congrès du PS à Reims : après ce moment fort, le PS restera-t-il tétanisé par les initiatives incessantes de Nicolas Sarkozy, réussira-t-il comme l’indiquait sa déclaration de principe à «aller vers l’idéal et comprendre le réel», restera-t-il «en panne d’idées parce qu’il est en panne d’une compréhension du monde» (Pierre Rosanvallon) ; restera-t-il «ce parti des perdants» dont parle Marcel Gauchet qui ajoute : «la gauche a perdu la main sur la perspective de l’avenir, elle est devenue un parti complètement défensif contre les méfaits d’un monde dont elle a perdu le secret». Autant de questions qui restent posées au moment même où un politologue comme Olivier Duhamel affirme que «le travail intellectuel n’irrigue pas le PS parce que l’appareil de Solferino d’une part, les grands seigneurs régionaux et locaux d’autre part ne veulent pas du pouvoir politique national et ne se donnent pas les moyens de le reconquérir» (dure loi en retour et inattendue de la décentralisation plaçant le local entre les mains de la gauche et le national entre celles de la droite). Ce qu’Olivier Mongin traduit et interprète de la manière suivante : «Faute d’une conception claire de la mondialisation, le local est vécu comme une protection contre la mondialisation». La «République de la province» chère à Daniel Halevy et à Albert Thibaudet serait-elle devenue socialiste, dans le sillon du Président de Solutré, de Latché et de Gergovie ou bien, à l’instar du grand Parti Radical de l’entre-deux guerres, les socialistes ayant pris l’habitude de créer de faux consensus pour éviter de s’entre-tuer continueront-ils à rester «un parti gazeux, sans armature idéologique forte, ni base sociale marquée, ni socle militant puissant» (Zaki Laïdi).

Stéphane Baumont


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