Alerte au Bisphénol

Voilà déjà plusieurs années que le JT vous alerte sur les dangers du Bisphénol A en matière de santé publique. Fin janvier 2009, nous nous étions fait l’écho de la communauté scientifique qui après 20 ans de recherches, unanimement condamnait l’utilisation de ce produit dans les contenants alimentaires mais aussi dans les biberons de la honte… Aujourd’hui, une équipe de chercheurs toulousains de l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) associés au groupe Pierre Fabre, lancent un nouveau cri d’alerte !

 
Bisphénol A ou BPA

Le bisphénol A (BPA) est une substance chimique résultant de la réaction entre deux phénols et une molécule d’acétone. Découvert en 1831, il fut extrêmement étudié dans les années 1930 au cours de la recherche d’œstrogènes de synthèse. Connu aussi sous son appellation chimique le 2,2-bis (4-hydroxyphènyl) propane, le BPA est à présent très employé dans la fabrication de plastiques type polycarbonate et de résines époxy. Les polycarbonates sont utilisés dans de nombreux récipients alimentaires comme les bouteilles ou encore les biberons. On retrouve aussi des traces de BPA dans les couches intérieures des canettes. Si à température ambiante le bisphénol A reste majoritairement “enfermé” dans le plastique, il est libéré très rapidement lorsque les récipients sont chauffés à une température élevée (au four à micro-onde, dans un lave-vaisselle…). Le BPA peut alors migrer dans l’alimentation. Une étude a retrouvé sa trace dans les échantillons d’urine de plus de 90 % des Américains.

Scientifiques unanimes

Vingt ans déjà qu’une poignée de chercheurs avec à leur tête Niels Skakkebaek, le grand spécialiste de la reproduction chez l’homme, tentent de comprendre pourquoi depuis 50 ans, la production de spermatozoïdes a diminué en moyenne de 50 % et pourquoi certains cancers comme celui des testicules ont littéralement explosé chez les hommes jeunes (+400 %) en Europe, suivi de près par les cancers du sein. Tous les résultats convergent, accusés, les produits chimiques présents dans notre environnement. Le Bisphénol et autres Phtalates (assouplissants des PVC), attaquent le système immunitaire et endocrinien. Ce sont 15 % des couples qui consultent aujourd’hui pour des problèmes de fécondité. En 2009, l’INSERM-CEA au travers de René Habert et de R. Frydman avaient établi avec certitude le lien entre ces produits et l’altération à plus de 40 % de la fécondité masculine. Toutes ces études ont été confortées par les professeurs Belcher et Vom Saal (USA) et Melzer, en Grande-Bretagne.

 


L’Europe des lobbies

Faut-il avoir peur du Bisphénol A ? Plusieurs pays l’ont interdit dans la fabrication de plastique alimentaire en raison de sa dangerosité potentielle. Le Canada, l’Australie et plusieurs Etats américains suivis par les pays nordiques ont interdit depuis début 2009 tous les produits contenant du BPA destinés à l’alimentation des enfants de 0 à 3 ans. La France toujours plus timide, leur a emboîté le pas en juin 2010 seulement pour la production de biberons, renvoyant le débat sur les autres produits de consommation courante à une ixième étude en 2011… Il y a tout juste quelques semaines, l’agence européenne pour la sécurité des aliments (AESA) affirmait que ces composants chimiques ne présentaient pas de risques pour la santé. Les scientifiques du groupe sur les matériaux en contact avec les aliments ont conclu qu’il n’y avait pas lieu de modifier l’avis favorable rendu en 2006 et confirmé en 2008 par l’AESA, a expliqué un porte-parole de l’Agence. L’AESA, créée en 2002 après le scandale de la vache folle, est réputée pour être très proche des champions des biotechnologies. Récemment le Député Vert José Bové a levé un lièvre en mettant en évidence que la présidente du conseil d’administration de l’AESA, la Hongroise Diána Bánáti, a dissimulé qu’elle avait été membre du comité des directeurs de la branche européenne de l’International Life Science Institute (Ilsi), le “lobby de l’agrobusiness.” Par ailleurs, Suzy Renckens, ancienne directrice du département OGM de l’AESA a été embauchée par l’agrochimiste Syngenta… et l’actuel président du comité scientifique OGM de l’agence, le professeur Harry Kuiper, est, par ailleurs, le coordinateur d’Entransfood, un projet soutenu par l’UE visant à «favoriser l’introduction des OGM sur le marché européen et rendre l’industrie européenne compétitive». Tout s’explique !

Ils ont déclaré

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot a demandé en mars 2010 aux sénateurs qui examinaient une proposition de loi visant à interdire le bisphénol A (BPA) dans les plastiques alimentaires de «réfléchir à deux fois avant d’interdire». Valérie Létard, secrétaire d’Etat au Développement durable, a proposé le 18 juin dernier aux députés, le report à janvier 2011 d’un débat sur une interdiction totale du Bisphénol A comme dans tous les contenants alimentaires (inclus à l’origine dans la proposition de loi) et demandée notamment par le Réseau Environnement Santé. Mme Marie-Hélène Loulergue, directrice adjointe à la santé alimentaire à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) déclarait officiellement le 10 août dernier : «La principale voie de contamination pour le BPA est l’alimentation. Il n’y a pas de raison de s’inquiéter outre mesure». Sauf que…

 

Pavé dans la mare

Selon l’Environmental Working Group (EWG), une ONG américaine, le BPA ne serait pas présent que dans les biberons et les contenants alimentaires mais aussi dans 40 % des reçus et tickets de caisse imprimés par les supermarchés, les distributeurs de billets et autres commerces avec des taux de concentration mille fois plus élevés que ceux généralement présents dans une boîte de conserve. «Lorsque vous laissez traîner un reçu pendant des mois dans votre portefeuille, vous répandez du BPA chez vous, dans votre environnement», a expliqué Sonya Lunder de l’ONG au Washington Post. Cette affirmation vient d’être confirmée par une équipe de chercheurs toulousains de l’Institut national de recherche agronomique (INRA) de Toulouse. Les équipes de l’Inra, en collaboration avec les laboratoires Pierre Fabre, ont mis en évidence que les bisphénols A (BPA) peuvent se transmettre par simple contact avec la peau. Les études menées sur de la peau de porc, ont permis de découvrir que les bisphénols étaient aussi présents sous forme libre dans une grande partie des papiers thermiques. Autrement dit, les tickets de caisse ou de carte bleue contiennent une «assez grande quantité» de bisphénols utilisés comme révélateur dans la coloration à l’impression. Les études ont montré que les deux tiers des bisphénols mis en contact avec la peau de porc traversaient la barrière cutanée et se retrouvaient dans l’organisme. Une vraie bombe à retardement en matière de santé publique. Les chercheurs toulousains soupçonnaient qu’une autre porte d’entrée que la contamination alimentaire existait car les taux de BPA élevés retrouvés chez certaines personnes ne pouvaient pas s’expliquer.

Avis d’écologiste et de consommateur

Une fois encore, après l’amiante, le sang contaminé, les ondes électromagnétiques, les OGM, nous sommes devant le même dilemme, faire un choix entre santé publique et supers profits pour certains groupes. Nous avons tous rêvé d’une Europe, protectrice, généreuse, émancipée, force est de constater que la gangrène libérale y règne en maître. Les grands groupes ont infiltré tout, laissant impuissant le “petit parlement européen”. Au Canada, ce sont les associations de consommateurs qui ont imposé à la grande distribution de retirer les biberons “de la honte” des rayons. Où sont les nôtres engluées dans les aides publiques qu’elles reçoivent ? Alors consommateurs, soyez vigilants, faites passer l’information, lisez le Journal Toulousain… et visitez le site des consommateurs actifs : http://www.consomaction.eu



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