L’humour corrézien

Au-delà du brouillage de l’image de Luc Ferry (philosophe décidément trop bavard qui a eu jusqu’à présent énormément de succès avec des livres difficiles à vendre), de la candidature à la candidature de Renaud Ca-mus médiatisée dans le Figaro littéraire à l’occasion de la parution de son dernier Journal “Parti pris” (où il écrit notamment : «Il va absolument falloir que je sois élu à la Présidence de la République, car c’est l’Élysée ou les ponts») (p. 556) ; au-delà de la mise en examen d’un artisan accusé de recel de 271 “Picasso” inédits et du retour d’Anne Sinclair à Paris sur fond d’offensive de l’avocat Thompson en appelant à toutes celles qui auraient subi les “assauts” de DSK ; plus que l’allègement de l’ISF et la suppression du bouclier fiscal (qui alimenteront la campa- gne électorale avec notamment les ardentes critiques de Thomas Piketty) c’est la petite phrase de Jacques Chirac au “Musée du Président” à Sarran («J’aime beaucoup Alain Juppé mais comme il ne sera pas candidat je voterai pour François Hollande»), l’époque et le temps du concombre et la relance de l’affaire Bettencourt qui constituent les points forts de l’actualité dont le destin est d’aller décidément de bulle médiatique en bulle médiatique qui se relaient, se concurrencent ou se neutralisent.

 
Ainsi, au moment où les sondages montrent que le Président sortant ne profite pas de l’effet DSK et qu’un second mandat ne s’inscrit pas, pour le moment, dans les chiffres (F. Hollande le tient à bonne distance ; Marine Le Pen reste à son étiage), Jacques Chirac a donc prononcé cette petite phrase à la cantonade corrézienne (c’est de «l’humour corrézien» a-t-il commenté) au point de susciter une cascade de commentaires envahissant le champ politique parce que constituant plus qu’une pique à l’égard d’un Nicolas Sarkozy déjà étrillé dans le Tome II des Mémoires de l’ancien Chef de l’État. Dès lors les questions fusent : Expression d’une complicité due à la proximité géographique (la Corrèze comme référent affectif et républicain), humour corrézien, volonté d’attirer la braise médiatique au moment où les Mémoires sortent ; dérapage incontrôlé d’un vieux Monsieur «avec des hauts et des bas», conviction que sa parole («Hollande, homme d’État») peut porter sur l’électorat toujours sensible à la parole chiraquienne comme il le fut à celle Mitterrandienne (absence de soutien à Jospin en 1995 et phrases sympathiques pour Chirac) ; autant de questions qui ont chacune leur vérité, l’explication de la petite phrase résultant de la conjonction de toutes ces interrogations.
Nous sortons de la “semaine du concombre”. Une semaine qui correspond à l’annonce de la fermeture de 22 centrales nucléaires. Ainsi le “catastrophisme éclairé” tient compte de l’effet Fukushima. Et de s’interroger sur l’harmonie (à venir ou pas) d’une politique nucléaire européenne et de la prise de position des candidats pendant la Présidentielle sur ce thème-là. Le problème étant d’abord celui du manque d’une gouvernance mondiale de sûreté nucléaire.
Enfin le feuilleton Bettencourt se poursuit : “Amour, haine et argent” avec de nouveaux déchirements (publics et médiatisés) entre une fille et sa mère, la conviction de l’une quant à la faiblesse de sa mère n’étant pas partagée par l’autre qui lui conseille d’aller «voir le psy», l’entourage de Mme Bettencourt à nouveau mis en cause (Me Wilhelm, selon la requête de la fille au juge des tutelles, avocat perçoit des honoraires de Mr Wilhelm mandataire, venant s’ajouter aux honoraires facturés en tant que mandataire), un investissement de 143 millions d’euros dans une société de jeux de hasard ; la guérilla judiciaire est relancée ; elle suscite beaucoup d’intérêt : Liliane Bettencourt pèse 145 milliards d’euros, c’est la quinzième fortune mondiale.

Stéphane Baumont



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