Le bûcher des vanités

Plus que le drame de Fukushima, que la fin de Ben Laden, que le contentieux renaissant entre Obama et Netanyaou quant aux conditions dans lesquelles – notamment territoriales – le nouvel État Palestinien naîtrait, plus que les deux victoires de Lille en Coupe et en Championnat de France de football (tout le monde parle d’ailleurs football à Martine Aubry où qu’elle se déplace en France) ; au-delà de la reprise du procès Chirac, au-delà des frasques sexuelles du Roi de Suède médiatiquement étalées, c’est toujours l’affaire Strauss-Kahn qui fait la une de l’actualité dans une sorte de feuilleton ou de “story telling” (raconter une histoire) où le temps médiatique semble avoir toujours une petite avance sur le temps judiciaire (maître du calendrier effectivement) et le temps politique (la candidature de DSK aux primaires ne restant une hypothèse valable que pour les plus fidèles des grognards de DSK souhaitant ou rêvant l’acquittement de leur mentor).

 

Nous voilà en pleine lecture du “Bûcher des vanités” de Tom Wolfe qui écrivait en 1987 : «Ne vous retrouvez jamais pris dans le système de la justice américaine. Dès que vous êtes pris dans la machinerie, juste la machinerie, vous avez perdu. La seule question qui demeure c’est : combien vous allez perdre.» C’est la question à laquelle veulent répondre au mieux les avocats et les proches de DSK (l’Almaviva du “Mariage de Figaro”) ; le héros du conte de Maupassant “Sauvée” (où l’on voit comment on fait tomber un monsieur respectable grâce aux services d’une fausse femme de chambre). 57 % des Français croient au complot : n’est-ce pas dû à la volonté de trouver une cohérence dans ce qui leur paraît irrationnel et incohérent ; n’est-ce pas le résultat d’une incrédulité relative à celui qui commet la faute de détruire en un instant toute une carrière – peut-être – de présidentiable puis de Président de la République ; n’est-ce pas l’espoir de contrecarrer la vitesse à laquelle un “puissant” passe du Capitole à la Roche Tarpéienne et effectue, à l’occasion d’une «mise à mort médiatique» (Robert Badinter), une «mise en scène judiciaire honteuse», une «atteinte aux droits de l’homme» et à la présomption d’innocence, une descente aux enfers qui exerce encore une forme de sidération sur tout citoyen qu’il soit de gauche ou de droite. Loin de Feydeau, de Courteline ou de Labiche, nous nous retrouvons en pleine tragédie, entre Racine et Shakespeare : l’opinion publique comprenant mal le “raptus” qui a conduit à l’acte – présumé – de viol. «Ce qui choque en France, comme l’écrit Jacques Follorou, “c’est cette culture de contre-pouvoir américain”. Chez nous historiquement la justice a été construite pour protéger les biens et les personnes non pour s’ériger en véritable pilier de la démocratie à hauteur des pouvoirs politique et économique». Et si DSK vivait en ce moment l’absolu de l’application du principe cher à Montesquieu de «séparation des pouvoirs» ? Et si le “tsunami” politique engendré par cette affaire hors normes redistribuait déjà la donne politique au moment où le Chef de l’État, toujours bas dans les sondages, poursuit sa pré-campagne dans le silence et l’absence de commentaires sur l’affaire et dans les déplacements dans les départements ; et si le PS se trouvait en difficultés pour tourner la page DSK ; et si nous étions fort justement tentés de relire le livre passionnant de Philippe Roger “L’ennemi américain. Généalogie de l’anti- américanisme français” qui nous montre qu’à chaque époque l’Amérique a réussi le tour de force de susciter son rejet. Avec ou sans images et autres photos !

Stéphane Baumont


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