Jacques Hujac ; «Je veux que mes photos deviennent des tableaux»

Du 17 au 31 mars, Jacques Hujac expose ses œuvres à la Galerie G3G. Depuis plus de 50 ans, la peinture est ancrée dans sa vie. Pourtant, cet artiste «libre comme le vent» présente, lors de cette exposition… des photographies. Et c’est avec brio qu’il donne à ses tirages des aspects de tableaux, manifestes de son talent de peintre.

 
Jacques Hujac, vous êtes un artiste peintre reconnu. Quelle raison vous a poussé à vous perfectionner en photographie ?
J’ai toujours fait de la photo. Il m’arrivait souvent de photographier ce que j’allais peindre ensuite. Mais aujourd’hui, c’est la conjoncture économique qui m’a poussé à me spécialiser, et ainsi réduire les coûts de production. La société actuelle est moins fortunée et marchande tout. Les personnes veulent payer seulement le prix du cadre et du papier, mais ce n’est pas possible. On n’est pas en Chine où on peut faire des tableaux à 4 dollars ! Ce n’est même pas le prix d’une toile en France. La photo permet de vendre à des prix abordables.

Que cherchez-vous à montrer au travers de vos clichés ?
Je suis avant tout un peintre, et ce, depuis plus de 50 ans. À travers ces photos, je cherche à montrer que je ne suis pas un photographe ! Je n’ai pas fait d’études spéciales, je n’ai pas été formaté. J’ai un œil différent sur l’œuvre. Je photographie des choses classiques qui papillonnent autour de mon système de vie. Je désire les rendre jolies, agréables à regarder, et qu’on ne s’en lasse pas. Je fais en sorte que les visiteurs découvrent toujours des éléments cachés quelque part. Je veux que mes photos deviennent des tableaux. Cependant, jamais je ne dégraderai un paysage ou une personne de par mon art. Au contraire, je souhaite l’enjoliver et ainsi, donner du rêve.

Pour cette exposition, beaucoup de vos photos sont représentatives de Toulouse…
Pour dire la vérité, je n’ai pas de thème spécifique. Je présente différents lieux de Toulouse car c’est là que je vis aujourd’hui. Cet été, je vais à Port-Vendres et ce sera essentiellement des photos de cette ville que j’exposerai.

 

Libre comme le vent

Pourquoi avoir choisi la Galerie G3G pour exposer vos œuvres ?
Avant tout, parce que son directeur, André Gallego, est mon ami. C’est aussi pour cette raison que je vendrai les photos présentées à seulement 100 euros, au lieu de 150 habituellement. Mais aussi parce que j’ai toujours exposé dans des endroits plus intimes. Les galeries d’art ne voulaient pas de moi pour la simple et bonne raison que je proposais plusieurs thèmes. Elles sont comme ça, elles aiment bien que l’artiste produise le même type d’œuvres, mais ce n’est pas possible pour un peintre. Moi, je suis libre comme le vent. La première fois que j’ai exposé mes tableaux à Toulouse, c’était dans un restaurant. C’est quelque chose de commun aujourd’hui, mais dans les années 70, j’ai été vivement critiqué suite à cette démarche.

Justement, pouvez-vous nous faire un bilan de votre parcours ?

Je mange grâce à ma peinture depuis toujours.Mais afin de m’adapter à divers marchés, j’ai été obligé de créer différents styles. Ce qui m’a permis de vivre et maintenant de survivre. Mon style est très figuratif. Je pratique le couteau, le style classique de la peinture au pinceau et, il y a 30 ans de cela, j’ai adapté le style Warhol. Au commencement, je ne peignais que des Marilyne Monroe. J’ai arrêté dans le but de tracer le portrait d’autres personnes, d’amis. Mais j’ai lâché ce style il y a longtemps maintenant. J’ai également inventé une autre tendance intéressante qui consiste à peindre des scènes de la vie avec de petits personnages. L’aquarelle a occupé cinq années de ma vie, mais c’était essentiellement alimentaire. Dans les années 80, ma clientèle était majoritairement juive. Ces derniers aimaient les copies de maîtres. J’ai donc commencé à reproduire les œuvres de 130 grands peintres. J’ai arrêté pour diverses raisons. On me traitait de faussaire, mais je m’en défends ! Cependant, j’avais perdu toute identité et il m’arrivait d’entrer dans un état second lors de mes travaux. Je me suis fait peur à plusieurs reprises. Bien entendu, j’ai commencé cette méthode par plaisir, mais également pour me prouver que j’étais capable de peindre comme de grands artistes tels que Monnet. Dans ces mêmes années, il y a eu un mouvement très chaud où les couleurs vives, étaient très en vogue. À cette période, le thème de mes tableaux était essentiellement la Mort à travers des scènes à Venise, Hiroshima, au pied des volcans, etc. Mais aujourd’hui, mes œuvres sont beaucoup plus douces. Je réponds aux attentes des personnes qui s’arrêtent à la culture moderne. Car dès que l’art est plus avant-gardiste, les artistes sont alors incompris.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Je travaille depuis deux ans sur un grand site internet qui présentera mes œuvres. Il devrait être disponible dans le courant de juin. Je prépare également une exposition portant sur Paris / Le-Havre. Je suis d’origine normande et je souhaite revenir sur le port de mon enfance…

Propos recueillis
par Céline Galbrun

Exposition photos de Jacques Hujac
Du 17 au 31 mars
Galerie G3G
9 boulevard des Minimes à Toulouse


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