Grand Toulouse; Mutinerie dans les rangs

Transformé en communauté urbaine depuis le 1er janvier 2009, le Grand Toulouse a élu ses membres et sa gouvernance la semaine dernière avec une nouveauté de poids : l’obtention de sièges par l’opposition. Mais des voix s’élèvent déjà sur la représentativité au sein de la CU.

 
Installer la gauche au Capitole après 37 ans de droite ne lui suffisait pas. Pierre Cohen a donc décidé de transformer le Grand Toulouse en communauté urbaine en 8 mois, un temps record pour l’énorme chantier que cette mutation représente. La semaine dernière, lors de la mise en place du premier conseil de communauté, le maire de la Ville rose a rappelé l’importance de l’événement : «Ce passage en CU est le fruit d’une volonté politique et d’une détermination de tous les maires de l’agglomération, quelque soit leur couleur.» Pierre Cohen, élu président de cette CU avec 88 voix sur 97, prend la tête d’une structure regroupant 2 600 personnes, chargées entre autres de la voirie, des déchets et de l’assainissement : «C’est une révolution pour le personnel mais j’insiste sur la notion de service public et de droit et de devoir vis-à-vis des citoyens.»

 


Et pour mener à bien ses missions, le nouveau patron de l’agglomération s’est entouré de ses fidèles alliés : on retrouve Bernard Sicard, Claude Raynal et Bernard Keller (respectivement maires de Colomiers, Tournefeuille et Blagnac) aux postes de premiers vice-présidents. Claude Raynal qui siègera également au SMTC aux côtés de François Briançon et Joël Carreiras. Mais la grande nouveauté de cette communauté urbaine est la création de groupes politiques, dont un UMP issu de la minorité toulousaine. Si aucun élu n’a encore été désigné pour représenter les 11 membres de ce groupe, Pierre Cohen a choisi de faire confiance à… François Chollet pour siéger au bureau de la CU. Cet ancien patron du Grand Toulouse, en remplacement de Philippe Douste-Blazy, occupé aux affaires nationales, connaît bien les dossiers qui attendent l’agglomération et s’inscrit dans la coopération avec la majorité : «Nous sommes le premier groupe d’opposition et nous nous inscrivons dans le rôle du débat démocratique. Nous privilégierons les dossiers plutôt que les débats politiciens» avant de préciser aux mauvaises langues : «Nous serons constructifs, déterminés et unis. Il n’y a aucune dissension avec Jean-Luc Moudenc.»

 

Minorités visibles ?

Si François Chollet a émis des «vœux sincères de réussite», tout comme Georges Beyney, «leader du groupe des indépendants», et Bernard Keller, président des RDSE (Radicaux, Démocrates, Sociaux et Européens), certains brandissent déjà le glaive de la rébellion. Les Verts, par la voix de Jean-Charles Valadier, ont dénoncé «le monopole d’un parti dans la désignation des représentants» et les communistes souhaitent que «la question démocratique soit partagée par tous». En visite à Toulouse la veille de la mise en place de la CU, Alain Marleix, secrétaire d’Etat aux collectivités territoriales, a soulevé le problème de la représentativité au sein des communautés urbaines : «D’ici 2014, je souhaite introduire davantage de démocratie et mettre en place une forme de suffrage universel pour désigner les membres des CU.»
Une mesure qui ferait les affaires des élus minoritaires des communes de l’agglomération, qui se présentent comme les vilains petits canards de la communauté urbaine. A majorité de droite ou du MoDem, ils estiment être exclus volontairement du conseil : «Nous sommes dans l’opposition bête et méchante droite/gauche. Pierre Cohen avait la possibilité de permettre une représentation des minorités des communes périphériques, certes symbolique, mais il ne l’a pas fait. C’est une erreur car le conseil de communauté ne pourra pas mener un projet s’inscrivant dans le consensus et dans le temps», explique Sacha Briand, conseiller municipal de Blagnac. Pierre Cohen a pourtant fixé le cap de la CU pour les prochains mois : réfléchir à de nouveaux transferts de compétence, miser sur les transports et tendre la main à d’autres communes pour intégrer la communauté urbaine, notamment celles du Sicoval…

Sophie Orus


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