[Dossier] L’Ultimate, un sport qui ne fait pas genre

Pensé dans les années 1960 comme le jeu ultime, celui qui redorerait le blason vertueux du sport, l’ultimate est encore aujourd’hui une des rares disciplines collectives mixtes. Elle séduit de plus en plus par ses valeurs de respect. Reportage au sein du club du TUC Ultimate Toulouse, où le frisbee vole de mains en mains sans distinction de sexe.

ultimate sport
© Franck Alix

 

À quelques minutes du début de l’entraînement, Albin, allongé dans l’herbe, s’étonne à peine d’être seul au bord du terrain. Dans le cadre enchanteur du Creps avec son magnifique château, rien n’invite à l’urgence. D’ailleurs, les premiers coéquipiers s’approchent au compte-goutte. Ils et elles s’empressent de sortir leurs disques volants et se font des passes par deux. La précision des lancers et la variété des techniques évacuent rapidement les souvenirs de plage. Revers, coups droits, effets verticaux ou horizontaux… À peine arrivé, le coach Gaël Peyrical décrypte les bases de l’ultimate. Un véritable sport créé dans les années 1960 par des étudiants américains suite à l’invention en 1948 du frisbee, lui-même inspiré d’une pratique en vogue qui consistait à se lancer des moules à tarte.

« Ici, on ne m’a jamais fait me sentir plus faible qu’un autre »

Gaël Peyrical est un des pionniers de la discipline en France. Avant de s’installer à Toulouse, ce Breton d’origine a entraîné pendant huit ans l’équipe de France. « Quand j’ai commencé à jouer, il y a 25 ans, nous étions 300 licenciés et l’ambiance était vraiment post-hippie. Aujourd’hui, nous en sommes presque à 6 000, mais l’état d’esprit initial est toujours au cœur du jeu », souligne-t-il. Souhaitant renouer avec les valeurs originelles de l’olympisme, les inventeurs de l’ultimate l’ont en effet conçu de manière à ce que ses règles garantissent la bonne conduite. « Même dans les plus grandes compétitions il n’y a pas d’arbitre, de manière à responsabiliser les joueurs. À la fin du match, nous faisons un cercle avec l’équipe adverse pour débriefer ensemble et il y a aussi un système de notes sur des critères de comportement qui donne lieu à un classement parallèle », détaille Gaëtane Avril, joueuse et vice-présidente du TUC.

Au premier rang de ces valeurs figure la mixité. Même si l’ultimate se décline en plusieurs compétitions – masculine, féminine ou open (pas de limite) – le mixte est la discipline phare du jeu. « Sur les sept joueurs présents sur le terrain, il y a obligatoirement trois filles et trois garçons. À tour de rôle, une des deux équipes choisit de rajouter une joueuse ou un joueur », explique Fabien Mourier, le tout jeune président. Sur ses 120 licenciés, le TUC compte un peu plus d’un tiers de femmes. Une proportion parfaitement respectée sur le terrain du Creps ou une quarantaine de personnes a fini par se rassembler pour l’échauffement. Après la partie musculaire, les rires laissent vite place à l’effort. En ligne, les joueurs effectuent une série d’accélérations avant l’opposition du soir. « Ce week-end, c’est l’équipe féminine qui joue alors on va faire un match filles contre garçons pour les préparer », lance Fabien Mourier. Pas de quoi constater les effets de la mixité dans le jeu, donc. Mais le début de la rencontre confirme que le sport, par les compétences qu’il sollicite, nivelle les différences physiques.

« La mixité tire tout le monde vers le haut »

Après un cri de louve collectif, les filles attaquent bille en tête et marquent rapidement un point sur une superbe glissade de Sarah pour attraper le disque dans l’en-but. Cette prof d’EPS a découvert l’ultimate en région parisienne, où elle enseignait la discipline à des élèves qui la passaient au Baccalauréat. Elle s’est lancée à son tour pour une première expérience de sport collectif : « En Ultimate, un joueur n’a pas le droit d’avancer avec le disque, il y a moins de différences individuelles que dans d’autres sports. C’est un jeu de passes, on est forcé de faire confiance à tous ses partenaires et ici, on ne m’a jamais fait me sentir plus faible qu’un autre. D’ailleurs en mixte, il arrive souvent que des points soient marqués par des filles », raconte Sarah.

Après avoir longtemps mené 2-1, la formation féminine perd du terrain malgré une impressionnante interception aérienne de Marie-Prune qui galvanise ses coéquipières. « Il ne faut pas nier qu’en général les garçons courent plus vite et sautent plus haut. Mais sur le terrain il est rare que l’on soit en confrontation directe. C’est un sport où il n’y a pas de contact, cela enlève une grosse barrière pour les filles », témoigne Gaëtane Avril. Ce soir, ces dernières n’hésitent en tout cas pas à coller leurs adversaires pour gêner la circulation du disque. Si elles finissent par s’incliner, l’enthousiasme est loin d’être atteint, sous l’œil réjoui du coach : « La mixité est dans l’ADN de ce sport. Il nous arrive de rencontrer des équipes qui ne misent pas sur leurs joueuses mais c’est une stratégie rarement payante. La mixité tire tout le monde vers le haut, ça rend les filles un peu plus dures et les mecs un peu moins cons, c’est beau. »

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