vendredi 30 octobre 2020
Politique Antoine Maurice : « Je sens l’espoir que suscite ma possible victoire »

[Exclusif] Antoine Maurice : « Je sens l’espoir que suscite ma possible victoire »

À quatre jours du second tour des municipales, qui s’annonce extrêmement serré à Toulouse entre Jean-Luc Moudenc et Antoine Maurice, le Journal Toulousain a rencontré les deux prétendants au Capitole pour faire le bilan d’une campagne extraordinaire en tous points et évoquer leur état d’esprit. Le premier à se prêter à l’exercice est Antoine Maurice, candidat de la liste Archipel Citoyen.

Portrait Antoine Maurice
©Tien Tran

Il y a plus de deux ans, lors de la création d’Archipel Citoyen, auriez-vous imaginé vous retrouver en position de l’emporter ?

Franchement, oui. Mais mon engagement auprès d’Archipel Citoyen, dès le début du mouvement, est d’abord le fruit d’une réflexion sur cette question démocratique qui m’interroge depuis que je suis élu, à la fois dans la majorité et l’opposition. C’est pour cela que je me suis retrouvé dans cette démarche visant à sortir du théâtre que peut être la politique, en particulier au niveau local.

J’ai eu très vite la conviction qu’Archipel pouvait être un outil puissant de rassemblement autour de l’écologie et de la démocratie pour gagner face à la droite. J’ai senti que notre mode de fonctionnement innovant constituait un moyen de sortir de la logique des appareils politiques dont je savais qu’elle ne pouvait conduire qu’à la division.

Toutefois, le chemin parcouru par Archipel Citoyen aurait-il pu être le même sans l’apport des partis qui ont rejoint l’aventure en cours de route ?

C’est impossible de le dire avec certitude. Quoi qu’il en soit, l’idée initiale n’était pas d’être contre les partis mais d’aller au-delà. Quand Europe Écologie-Les Verts (parti auquel Antoine Maurice est encarté, ndlr) a décidé de participer à l’aventure, la question de la place à accorder aux appareils politiques s’est forcément posée. Et après débat, le mouvement a finalement accepté que ces derniers puissent rejoindre Archipel Citoyen, à condition d’accepter de respecter la règle du jeu et le processus de fonctionnement mis en place.

“Nous ne sommes qu’au début d’un long travail”

Alors que la campagne s’achève, avez-vous le sentiment d’avoir réussi à démontrer et à garder le caractère innovant de la démarche initiale ?

Absolument. Je me souviens des moqueries du début concernant le dispositif d’élaboration de notre liste ou le tirage au sort, symbole de cette innovation démocratique… Aujourd’hui, plus personne ne se pose cette question et il n’y aura d’ailleurs pas de retour en arrière. Même les partis, qui seraient tentés de revenir aux bonnes vieilles méthodes vont, à mon avis, faire évoluer leurs pratiques.

L’innovation démocratique s’imposera, de la même manière que l’écologie est devenu un élément incontournable du débat politique. Nous voyons bien désormais que c’est autour de l’écologie que peut se construire une alternative au néolibéralisme, au conservatisme et à l’extrême droite. Je suis convaincu que nous pouvons être les pionniers d’une évolution.
J’ai aussi le sentiment que nous avons réussi à embarquer dans notre aventure, aussi bien parmi les candidats que chez les sympathisants, des gens qui ne votaient plus ou ne croyaient plus à la politique. Mais, nous ne sommes qu’au début d’un long travail.

C’est notre programme démocratique, si nous gagnons, qui nous aidera vraiment à aller chercher ceux qui restent éloignés de la politique et d’amorcer un vrai changement culturel. Notamment, grâce aux nouveaux outils de participation, de coconstruction et de formation que nous proposons, comme l’Université citoyenne du débat public. Pour que les citoyens se sentent légitimes à donner leur point de vue et à décider ensuite, il faut d’abord leur redonner confiance en eux-mêmes. Les tirés au sort sont le symbole de cette idée. Il y a un an et demi, la plupart n’aurait jamais imaginé se retrouver là.

Justement les tirés au sort restant sur la liste auront-ils des responsabilités en cas de victoire et parviendront-ils à s’imposer parmi des personnalités plus aguerries à la politique ?

Tout d’abord, nous sommes satisfaits de l’aboutissement de la démarche car, toutes les expériences précédentes de tirage au sort, en France et dans d’autres pays, ont obtenu un taux de réponse très faible. Sur notre liste du premier tour, figuraient huit personnes sélectionnées ainsi. Mais, encore une fois, ce n’est qu’un début. Nous voyons bien que dans certains quartiers, notamment populaires, il est plus difficile de mobiliser les citoyens. Un dispositif ne suffit pas. Il faut mener un travail de fond.

“Les tirés au sort auront des délégations en cas de victoire”

Quant à la capacité à s’exprimer des tirés au sort, je crois beaucoup au fait que, collectivement, on apprend, on s’enrichit et on s’affirme. L’expérience montre qu’il n’est pas nécessaire d’être membre d’un parti pour se révéler dans la fonction d’élu. Je suis sûr que les tirés au sort feront partie des révélations parmi les futurs conseillers municipaux. Et oui, en cas de victoire, tous les élus de ma majorité auront des responsabilités puisque nous serons dans un réel partage. Ils auront des délégations. De plus, tirés au sort ou pas, nous ferons en sorte d’organiser différemment l’exercice des responsabilités pour que les élus ne soient pas isolés.

Nous sommes très attachés à la question de l’éthique et de la probité. Et, l’une des façons de garantir cela est de s’assurer que l’élu ne soit pas seul face à son champs de responsabilité et exposé à la pression. Il ne faut pas se le cacher, la relation de pouvoir peut être dangereuse. Il faut s’en prémunir avec des mécanismes d’attention collective et de soutiens mutuels.

“Notre projet porte les emplois de demain”

La campagne s’est déroulée sur fonds de crise du Covid-19. En quoi modifie-t-elle la donne et votre projet ?

L’épidémie a confirmé ce que nous avançons depuis le début de la campagne : il n’y a pas eu assez de politiques d’anticipation. Et nous avons bien vu que le pays n’était pas prêt. Alors, bien sûr, cette épidémie peut être considérée comme imprévisible, mais dans le monde dans lequel nous vivons, nous savons que l’imprévisible n’existe pas et que nous sommes soumis à des risques écologiques. Du côté d’Archipel, nous avions identifié de possibles crises énergétiques ou alimentaires, et ainsi porté ce discours d’adaptation.

En outre, même s’il est difficile, à ce jour, de les évaluer précisément, la crise économique qui est devant nous aura des conséquences sur les ressources financières de la collectivité. Ainsi, notre projet basé sur la priorité des investissements vers les besoins essentiels – se loger, se déplacer, se nourrir et vivre ensemble – se trouve renforcé.

Autant de domaines qui sont, de surcroît, des moteurs d’emplois locaux et non délocalisables. Par exemple, lancer un plan de rénovation énergétique permet à toute la filière du bâtiment et de l’énergie de se développer. Travailler sur une vraie politique d’alimentation, d’agriculture de proximité et de circuits court, c’est aussi de la création d’emploi. Jean-Luc Moudenc prétend qu’il veut préserver l’emploi… Mais concrètement, que fait-il ? Notre projet porte les emplois de demain, qui répondront à des besoins utiles socialement et environnementalement.

©Tien Tran

Est-ce que, selon vous, la crise sanitaire aura une influence sur le vote final ?

Je serai prudent sur cette question. Je ne crois pas que cela aura une influence sur la vision que les habitants ont de leur maire. Jean-Luc Moudenc a fait à minima. Comme d’habitude, il a été le bon élève du gouvernement. Nous constatons qu’il n’est jamais dans une logique d’anticipation. Il a par exemple attendu les consignes pour préparer la reprise des écoles. Résultat : Toulouse a été la grande ville de France qui a accueilli le moins d’enfants. Je reste convaincu que les Toulousains ont exprimé, au soir du premier tour (avant le confinement, ndlr), une volonté claire de changement.

“Je suis extrêmement bien identifié dans la ville”

Archipel Citoyen met en avant sa dimension collective. N’est ce pas incompatible avec l’incarnation de la figure du maire, décisive dans une élection municipale ?

Je crois que nous avons réussi, dès le premier tour, à mener une campagne équilibrée. Nous avons continué à porter notre dimension collective, notamment à travers des conférences de presse qui montraient la diversité de nos profils et de nos compétences. Et en même temps, nous avons assumé l’incarnation d’un candidat. C’est bien ma tête que l’on voit sur les affiches et j’ai bénéficié d’une exposition médiatique qui a permis de mieux me faire connaître.

Je constate aujourd’hui que, contrairement aux idées reçues, je suis extrêmement bien identifié dans la ville. Cette incarnation existe. Depuis le déconfinement, les Toulousains m’interpellent dans la rue. Je sens la dynamique et l’espoir que suscite ma possible victoire. Surtout, nous avons démontré une vraie différence de style, de vision et de génération entre Jean-Luc Moudenc et moi.

Quels gages avez-vous que le large rassemblement de la gauche effectué au sein d’Archipel Citoyen n’explose pas en cours de mandat, comme le prédisent vos adversaires ?

Le premier gage est notre projet commun. A chaque fois, nous avons gardé notre unité, en se souvenant pourquoi nous sommes ensemble. C’est la force d’Archipel depuis le premier tour. Mais, cela a aussi été le cas à l’occasion du travail mené avec deux autres listes (celles de Nadia Pellefigue et de Pierre Cohen, ndlr) dans l’entre deux tours.

“La majorité parlait peu sous le mandat de Jean-Luc Moudenc car il l’a muselé”

Cependant, si je suis élu, j’assumerai la diversité et les débats dans ma majorité, contrairement à ce que l’on a pu constater durant le dernier mandat. Jean-Luc Moudenc a fait croire, pendant six ans, que tout le monde était d’accord dans son équipe. Effectivement, la majorité parlait peu… Parce qu’il l’a muselé. Je ne suis pas sûr que ce fonctionnement soit un gage d’efficacité. Il suffit de faire le bilan à la fin du mandat : quel nouveau grand projet a mis en place Jean-Luc Moudenc ? L’essentiel était déjà engagé par la précédente municipalité.

Assumer l’expression de la diversité renforcera d’autant plus nos décisions. Je veux être un maire qui écoute à la fois les Toulousains et sa majorité pour, à la fin, être celui qui tranche et qui décide. Nous avons déjà expérimenté ce fonctionnement au sein d’Archipel et j’ai confiance en notre capacité à poursuivre ce travail, dans la même intelligence collective. Demain, dans l’exercice des responsabilités, nous saurons combiner le débat pluriel et la décision.

Franck Biasotto, candidat au premier tour et ancien adjoint de Jean-Luc Moudenc, a annoncé son intention de voter pour vous, comment accueillez-vous ce soutien inattendu ?

Je prends acte. Je n’ai pas sollicité ce soutien. Mais, c’est en tout cas, la démonstration que Jean-Luc Moudenc est le candidat qui divise. Franck Biasotto occupait une fonction importante : il a été adjoint au logement pendant cinq ans et demi avant de démissionner. Moi, je suis le candidat qui rassemble, de la même manière que je veux être le maire de tous les Toulousains. À l’inverse, Jean-Luc Moudenc démontre, jour après jour, qu’il n’est le maire que de quelques-uns.

“L’avenir c’est du désir, pas de la peur”

Justement, qu’avez-vous envie de dire aux Toulousains qui pourraient avoir peur de votre liste et des changements qu’elle propose ?

J’aime cette phrase de Patrice Chéreau : « L’avenir c’est du désir, pas de la peur ». Je dis aux Toulousains que notre projet est une chance. Et surtout, que nous avons à cœur d’être dans la coconstruction. Que nous serons à leur écoute. Pour autant, il va de soi qu’une élection se joue sur une vision et des orientations. Sur la question de l’écologie notamment, le changement est inévitable, et je pense que chacun se rendra compte qu’il n’est pas forcément mauvais.

Un exemple : en 2008, quand la majorité à laquelle j’appartenais alors, a amorcée la piétonisation du centre-ville, cela avait suscité de vives réactions, notamment de la part des commerçants plutôt défavorables à la mesure. Quelques années après, plus personne ne remet en cause ce qui a été fait. Mieux, des commerçants demandent désormais à ce que l’on piétonise leur rue. Je crois qu’il s’agit d’un réel changement culturel qui peut prendre du temps. Mais s’il est coconstruit, nous parviendrons à embarquer les Toulousaines et les Toulousains pour mieux vivre ensemble. Nous pouvons convaincre des gens qui ne se ressemblent pas.

Selon vous, une victoire d’Archipel Citoyen pourrait-elle avoir un retentissement sur le plan national ?

Si nous gagnons, effectivement, ici commencera une autre ville et une autre façon de faire de la politique, de proposer une réelle alternative. On ne peut pas éternellement se satisfaire d’un duel extrême droite – néolibéralisme. Si nous réussissons, nous montrerons la voie aux appareils politiques pour qu’ils ne renouent pas avec les vieux démons de la division, de la posture et de l’enfermement.

Surtout, si d’autres listes citoyennes l’emportent ailleurs, comme à Marseille, Lyon ou encore Grenoble. Car, même si chaque démarche est particulière, nous nous inscrivons dans une vision commune. Le fait d’innover démocratiquement jouera forcément sur l’avenir mais chaque chose en son temps. Pour l’heure, c’est celui des municipales.

Nicolas Mathé
Pigiste, il a observé l’actualité pour différents titres de la presse écrite locale et nationale pendant presque 10 ans, avant d’intégrer la rédaction du journal en février 2018 pour se consacrer exclusivement à la quête des solutions de demain.

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