vendredi 25 juin 2021

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ActualitésBygmalion-sur-Garonne : enquête et révélations

Bygmalion-sur-Garonne : enquête et révélations

 

Pétrin. L’affaire Bygmalion éclabousse en terres toulousaines et touche la Confédération Pyrénéenne du Tourisme. Une association, subventionnée par la Région, au passé comptable opaque…

 

Le 26 mai dernier,l’affaire Bygmalion éclate au grand jour. Cette société de communication parisienne, dirigée par des proches de Jean-François Copé, aurait mis en place un système de fausses factures afin de dissimuler le vrai coût de la campagne de Nicolas Sarkozy. L’instruction est en cours, et quatre personnes ont été placées en garde en vue cette semaine dans ce dossier.

 

Les ramifications toulousaines de cette affaire 

En juillet dernier nous apprenions par une fuite interne que Bygmalion avait également facturé des prestations pour le moins opaques  en Midi-Pyrénées. L’agence  de communication a bien travaillé sur nos terres pour le compte de la Confédération pyrénéenne du tourisme. Le libellé des factures en notre possession est pourtant pour le moins imprécis: « Conseil en communication et relations presse». Que se cache-t-il en réalité derrière les 60 000 euros que Bygmalion a ainsi facturés en 2009  ? Selon des sources proches de ce dossier, l’agence aurait organisé des conférences de presse parisiennes pour faire la promotion de nos montagnes dans la capitale. Cela justifie-t-il un tel coût ? Pas certain. Y-aurait-il eu des contreparties ? La question peut-être aujourd’hui légitimement posée. Par ailleurs, ironie de l’histoire, selon le Procès-verbal du Conseil d’Administration de la Confédération daté du 5 juillet 2010, une procédure judiciaire aurait été intentée par Bygmalion pour défaut de paiement.

 

Les dérives du président

La Confédération pyrénéenne du tourisme est une association loi 1901 qui a pour but de valoriser l’image de marque des Pyrénées, et de mobiliser les acteurs publics et privés autour de ce patrimoine. En 2005, le socialiste Pierre Casteras succède à André Trigano (maire de Pamiers) à la Présidence de cette instance financée par les stations de ski (aujourd’hui elles reversent 0,3% du CA des remontées mécaniques), mais aussi par les collectivités territoriales dont la Région (500 000 euros en 2012, 200 000 euros adoptés lors de la dernière commission permanente). L’homme est à l’époque la valeur montante du PS. Cette « belle gueule » est alors maire de Mazères-sur-Salat et conseiller régional. Une notoriété soudaine et des prérogatives qui « lui ont fait prendre la grosse tête très rapidement », note un interlocuteur qui l’a côtoyé de près. Fraîchement arrivé à la tête de cette Confédération, il hérite pourtant d’une situation pour le moins saine sur le plan financier : près d’un an de trésorerie d’avance. Mais le président va tout dilapider avec un train de vie  certain (ses frais de téléphonie sont exorbitants et payés par la Confédération) et suivre de mauvais conseils. Après quelques mois à peine passés à la présidence de l’association il rencontre un certain Michel Fareng, un homme d’affaires qui est à la tête de l’entreprise « Panathénees, stratégie et management », également connu à Toulouse pour avoir été l’agent de l’ancien demi de mêlée du Stade Toulousain, Byron Kelleher. Tous les deux se lancent dans un nébuleux projet de « Fondation des Pyrénées ».  Il est même envisagé que la Confédération y injecte 80 000 euros au départ, ce qui va vite provoquer des grincements de dents en interne … L’aventure avorte, mais Michel Fareng reste l’homme de confiance de Pierre Castéras, au point de lui présenter celui qui va vite devenir en 2008 le directeur de la structure, Pierre Establet.

Un directeur qui n’était pas salarié mais préférait facturer des prestation via une société qu’il contrôle à 100 % (EURL « Volutes » ). Le montage est détonnant et ne se pratique guère dans le monde feutré des agences. Or, aujourd’hui de gros doutes pèsent sur le circuit financier qui a existé entre 2008 et 2010 , et dont les principaux acteurs étaient Pierre Casteras et Pierre Establet. A tel point que la Région, principal financier de la structure, avait demandé un audit précis  sur les comptes, et que Marc Carballido, le successeur de Pierre Castéras, a mis fin au contrat qui liait la Confédération à la société « Volutes ». Le Conseil d’Administration a même émis des réserves sur les agissements passés : « Ces faits nous ont conduit à avoir des doutes certains sur la qualité de la prestation de direction pour laquelle Mr Establet avait été désigné et sur les capacités de ce monsieur » (procès-verbal du CA de la CPT du 14/06/2010). Par ailleurs, nous pouvons également dévoiler que cette même société -gérée donc par Pierre Establet- ne se serait pas acquittée de ses devoirs fiscaux.  Nous avons en notre possession un avis à Tiers-détenteur envoyé le 10 mai 2011 à la Confédération pyrénéenne du Tourisme, pour un montant de 22 293,30 euros. Preuve également des dérapages incontrôlés de la présidence Castéras, des coupe-vent  à destination du club de rugby de Mazères (dont Pierre Castéras était alors le maire) payés par la Confédération pyrénéenne du tourisme . La facture que nous nous sommes procurée est datée du 8 mai 2008. Début 2010, Pierre Casteras et Pierre Establet savent leurs jours comptés aux manettes de la puissante Confédération car Martin Malvy a décidé de reléguer Pierre Castéras en fond de liste pour les élections régionales qui ont lieu en mars de la même année … Etrangement, c’est dans cette courte période (de janvier à avril 2010) que la Confédération va battre un record ; près de 900 000 factures en quatre mois. Des sorties surréalistes qui inquiètent alors Michel Pelieu, le président PRG du Conseil général des Hautes-Pyrénées et administrateur de la structure.

 

“La confédération est une coquille vide qui engloutit des fonds publics !”

 

Les esprits s’échauffent ! Mais comment expliquer de tels montants ? On y trouve des contrats de communication plutôt juteux. Un exemple : Un contrat historique avec Milan Presse qui passe de 30 000 euros à 120 000 en un an, ou un  accord studieux avec Sud Radio dont les audiences de l’époque étaient pourtant en perte de vitesse. A son arrivée à la tête de la Confédération pyrénéenne du tourisme, Marc Carballido, hérite donc d’une situation financière pour le moins tendue. Le 8 juin 2010 le Tribunal de Grande Instance de Toulouse ouvre même une procédure de conciliation afin de « mettre fin aux difficultés économiques de la Confédération pyrénéenne du Tourisme » (PV du CA de la CPT du 14/06/2010). Il nomme l’ancien président de l’ordre des experts comptables Pierre Vally pour assurer la mission, et ce dernier va lever un nouveau lièvre. Celui qui concerne la société de lobbying « M & M Conseil », qui aurait eu notamment pour mission d’établir une rencontre avec Chantal Jouanno, qui était secrétaire d’état chargée de l’écologie entre janvier 2009 et décembre 2010. Le rendez-vous en question n’a jamais eu lieu (même si un membre du cabinet a été vu) mais l’ensemble des factures s’élève tout de même à 125 000 euros . Le tout sans qu’aucune procédure d’appel d’offres n’ait été respectée.

 

Aujourd’hui Pierre Casteras est retiré de la vie politique, même s’il a cru un temps revenir sur L’Union sous l’étiquette PRG (Parti Radical de Gauche). Il est chef de projet au sein de la société « Parmenion » (société de conseil en communication). Pierre Establet est désormais le directeur de la communication de la mairie d’Evry. Il reste en procès avec la Confédération pyrénéenne du tourisme. Une première audience a eu lieu en septembre, un report a été fait à la mi-octobre.

Quant à la Confédération pyrénéenne du tourisme, l’heure est à l’épuration des comptes. La Région a réduit drastiquement son apport, le Languedoc-Roussillon s’est retiré de l’association en 2010 et le département de Haute-Garonne a également stoppé ses subventions. Pour François Arcangeli, conseiller régional EELV et ancien administrateur (qui a démissionné en 2012), la CPT reste «une coquille vide qui engloutit des fonds publics. » Si aujourd’hui, « il n’y a plus de problèmes de gestion a priori », il n’en reste pas moins « dubitatif quant aux missions de la structure, qui ne s’intéresse qu’aux stations de ski alors que ce n’est qu’une composante du tourisme pyrénéen. » Une réorientation qui sera surement difficile à entendre pour le président actuel de la CPT, Jean-Henri Mir, maire de Saint-Lary.

 

Les bonus web :

 

Extraits de PV des conseils d’administration de la CPT :

 

Le 8 juin 2010, le Tribunal de Grande Instance de Toulouse a nommé Pierre Vally comme « conciliateur » afin de régler les problèmes financiers de la Confédération Pyrénéenne du Tourisme. Au Conseil d’administration du 5 juillet 2010, Pierre Vally revient sur les contrats suspects qui lient la confédération à des prestataires extérieurs. Voici l’extrait qui évoque la prestation avec le cabinet de lobbying M&M Conseil.

 

« Marc CARBALLIDO: M&M est une structure qui fait du lobbying européen la CPT a signé quelque chose pour pouvoir rencontrer Mme Chantal Jouannot. Il me semble que cette prestation coûtait 20 000 €…

Jean-Luc RIVIERE : de plus il n’a jamais eu rendez-vous avec elle mais avec un membre du Cabinet.

Pierre PEYRONNE : Il s’agit d’une filiale d’Altédia, appartenant au groupe Adecco leader du travail temporaire en France qui a dû créer sa propre société de lobbying pour ses intérêts propres et ses prestations à qui veut les acheter. M&M se présente comme organisateur d’événements, de colloques…

Marc CARBALLIDO: combien leur doit-on ?

Pierre VALLY : on s’interroge sur une 1ère facture de 80 000 € qui ne serait peut-être pas due, qui n’aurait peut-être pas dû arriver. La totalité des factures s’élève à 125 000 €. Le dossier a aussi été remis à l’avocat car nous n’avons pas de contrat.

Effectivement aucune procédure d’appel d’offres n’a été respectée.

Il y a la théorie de l’apparence, Mr Establet était directeur et pouvait engager la Confédération vis-à-vis de l’extérieur et c’est ce qui peut nous pénaliser dans nos démarches. Donc les contrats sont censés être honorés.

Tous nos prestataires attendent fin juillet sauf Bygmalion qui nous a assigné en justice car personne ne s’est rendu à la dernière audience, Mr Establet n’ayant pas fait passer l’information. »

 

 

Pour info : Marc Carbadillo a succédé à Pierre Castéras à la présidence de la CPT en 2010 (il s’agit aujourd’hui de Jean-Henri Mir, maire de Saint-Lary). Il est également vice-président de la Région Midi-Pyrénées.

Jean-Luc Rivière est administrateur de la CPT et conseiller régional d’opposition de Midi-Pyrénées.

Pierre Peyronne, est à l’époque le maire d’Ax Les Thermes ( et aujourd’hui premier adjoint).

 

Au Conseil d’administration du 01/08/2010, Pierre Vally dresse son rapport sur l’état de la Confédération et cite les « factures contestables ». Extrait.

« Je vous avais expliqué qu’il y avait un certain nombre de factures contestables. (…) Je vous rappelle que bien entendu dans le cadre de ma mission je me dois de produire auprès du Président du TGI un plan qui explique comment la situation va se redresser, avec l’analyse des quelques dossiers qui posent problème, trois principalement, et d’autres qui sont discutables.

Notamment M&M, société qui faisait du lobbying et qui nous avait adressé une facture de plus de 80 000 € sans qu’il y ait de bon de commande. Suite à mes courriers M&M n’a pas réécrit, n’a pas contesté. Nous avons donc suffisamment d’éléments pour contester, dont une facture qui manifestement ne semble pas être fondée. Le 2ème fournisseur qui pose souci c’est Panathénées. Il s’agit de la société qui a un petit peu orchestré toute la campagne de communication de Mr Establet. Ils ont effectivement proposé un certain nombre de choses dont au moins 2 qui semblent contestables. Tout d’abord environ 60 000 € d’honoraires ont été facturés pour une Fondation qui n’a jamais vu le jour et je crois que le projet avait même été abandonné il y a quelques années. Il est évident qu’on va essayer de contester. L’autre point concerne le Team Pyrénées. Pour l’instant on n’a pas trop d’éléments mais les facturations de Panathénées par contre sont très réelles, environ 57 000 €. Alors 57 000 € pour un contrat dont on n’a même pas connaissance je pense qu’on a quelques moyens de discussion. Un autre fournisseur avec lequel il y a désaccord c’est STOOD. Cette société a tenté de préparer une application pour les téléphones portables, i-phones ou autres. Les services techniques consultés sur le sujet ont confirmé que le travail produit et fourni ne devrait pas coûter plus de 7000 € sur le marché alors que la facturation s’élève à 40 000 €. Il y a donc là aussi matière à contestation, d’autant plus qu’apparemment ces choses-là ne fonctionnent pas correctement. Le dossier est chez l’avocat. Voilà pour les choses réellement contestables .Il y a un peu plus de 200 000 € qui sont contestables, mais encore une fois des contrats ont été signés, des engagements ont été pris et même si ce n’est pas gagné ni facile à gagner, en tout cas on va faire le nécessaire pour contester ces sommes. »

 

Pierre Establet a été de 2008 à 2010 directeur de l’association, avec un statut un peu particulier, comme l’explique cet extrait du CA, en date du 5 juillet 2010 :

 

« Le Bureau décide de suspendre sans délai l’exécution du contrat de VOLUTES INCOMMUNICATION. Un des points du problème que nous rencontrons est lié au contrat du Directeur. Je rappelle que nous n’avions pas un contrat avec une personne (le directeur) mais qu’il s’agissait d’un contrat avec une Sarl, VOLUTES, qui s’engageait « à mettre à disposition une personne de haut niveau », ce sont les termes mêmes du contrat, pour diriger la Confédération Pyrénéenne du Tourisme. La personne qui a été mise à disposition, en l’occurrence Mr Pierre ESTABLET, est en même temps gérante de cette SARL. Cela ne pose pas de problème particulier sur le plan juridique. Nous avons signifié à la SARL VOLUTES (et à son gérant Mr ESTABLET) par courrier recommandé que la personne missionnée ne correspond pas aux services attendus. Ceci notamment suite à la procédure d’alerte déclenchée par le Commissaire aux comptes, qui fait ressortir un différentiel très important entre les recettes prévues et les dépenses engagées depuis son arrivée (mai 2009). Ces faits nous ont conduit à avoir des doutes certains sur la qualité de la prestation de direction pour laquelle Mr ESTABLET avait été désigné et sur les capacités de ce monsieur.

Nous avons également un courrier du personnel de la Confédération nous indiquant qu’il n’est plus en capacité de travailler avec ce directeur. Il y avait donc concrètement 2 problèmes conséquents et importants, un problème relationnel et un problème de direction proprement dit. Le contrat avec la société VOLUTES est suspendu, décision prise en réunion de Bureau le 25 mai 2010. »

 

Voici les factures en notre possession :

 

Bygmalion facturait à la Confédération , mais avec des libellés peu explicites

 

 

Ou comment on finance les coupe-vent du club de rugby de Mazères par l’intermédiaire de la Confédération pyrénéenne du Tourisme

 

 

La rédactionhttps://www.lejournaltoulousain.fr
Le Journal toulousain est un média de solutions hebdomadaire régional, édité par la Scop News Medias 3.1 qui, à travers un dossier, développe les actualités et initiatives dans la région toulousaine. Il est le premier hebdomadaire à s'être lancé dans le journalisme de solutions en mars 2017.
 

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