Biocontrôle : À Villasavary, Grégoire de la Roussière protège ses fraises

Maraîcher dans l’Aude, Grégoire de la Roussière lutte contre les ravageurs à l’aide de techniques naturelles. Pour éviter à ses fraises, cultivées en serre, de se faire dévorer par les insectes, il a opté pour le biocontrôle. Une méthode efficace en milieu fermé.

© Franck Alix

Dans les plaines audoises, le vent qui souffle sans relâche, faisant voler le pollen déjà présent en ce début de mois de mars. Car, avec les températures anormalement douces et un ensoleillement prononcé pour la saison, la végétation s’est réveillée prématurément. Tout comme les cultures de Grégoire de la Roussière. Ce maraîcher installé à Villasavary, à une dizaine de kilomètres de Castelnaudary, a vu ses plantations évoluer avec beaucoup d’avance cette année. « Et avec cette précocité sont apparus les premiers ravageurs, plus tôt que d’habitude », constate l’agriculteur.
Pourtant, tout est mis en œuvre pour protéger ses plants des attaques extérieures, qu’elles soient dues à des nuisibles ou à la météo, puisque Grégoire de la Roussière a opté pour la culture sous serre. Sous une construction de piliers métalliques et de verre, s’étendent près de quatre hectares de sillons parfaitement parallèles. « Je produis essentiellement des fraises, mais également des asperges, des fèves et du fenouil », énumère le maraîcher.
Si tout va bien, il récoltera une quinzaine de tonnes de fraises. Encore faut-il que les plants ne subissent pas trop de dommages. Car les parasites envahisseurs parviennent à pénétrer l’endroit et commencent déjà à s’attaquer aux précieuses tiges. « J’ai constaté la présence de pucerons dès le mois de février », commente l’exploitant. Il faut donc traiter les cultures, mais pas n’importe comment. « J’ai choisi de pratiquer le biocontrôle. Ainsi, je n’utilise pas de pesticide chimique de synthèse mais uniquement d’origine naturelle », poursuit-il.

À l’attaque !

Dès l’apparition des premiers pucerons, Grégoire de la Roussière s’est donc muni de son arme fétiche, le chrysope. Une boîte contenant 10 000 larves de cet insecte, ennemi naturel des pucerons, est déjà ouverte. Par poignées, le producteur répartit une sorte de céréale séchée, en réalité des coques de fruits. Il n’y a nulle trace des petites bêtes. « On ne les voit pas pour l’instant, mais regardez bien », prévient-il. De minuscules points blancs apparaissent effectivement sur les coques. « Ce sont les larves qui, dans quelques jours, se transformeront en chenilles et se nourriront des pucerons », explique le maraîcher, qui endigue ainsi leur prolifération.
Arpentant les sillons de fraisiers, l’homme se penche au-dessus des plants puis se relève, inquiet. Il a décelé des trous dans les feuilles. « C’est l’œuvre des thrips », lance-t-il. Des moucherons qui, en grignotant les feuilles, impactent la photosynthèse et donc le développement futur du fruit. « La semaine prochaine, je vais procéder à un lâcher d’acariens, dont j’ai oublié le nom, pour éliminer ce nuisible », continue-t-il.
Poursuivant son inspection, il pointe la terre du doigt, à intervalles réguliers : « Tous les deux mètres, je vais installer une coupelle dans laquelle je vais disposer du souffre micronisé », précise l’agriculteur. Le vent qui s’engouffre dans la serre par de larges fenêtres amovibles se chargera d’en répartir les particules qui permettront d’éradiquer l’oïdium, un champignon parasite.

L’observation : le secret du biocontrôle

Les attaques sont donc constantes. Pour en maîtriser l’intensité et les dommages, rien de tel que le traitement préventif, comme le pratique Grégoire de la Roussière sous sa serre. Avec un technicien spécialisé en biosolutions, il surveille ses cultures continuellement pour intervenir, naturellement. « Car si le biocontrôle est efficace avant l’invasion, il l’est moins en cas d’agressions importantes. Tout est donc dans l’observation de l’écosystème des plants », souligne-t-il. Une méthode exigeante mais à laquelle tient l’exploitant.
Se tournant vers une boîte en carton, il précise : « De toute façon, je n’ai aucun intérêt à user de pesticide chimique, notamment parce que cela n’est pas bon pour eux. » Eux ? Des bourdons, réfugiés dans une ruche artificielle. Voletant de plant en plant, ils pollinisent les fraisiers qui, sous serre, ne bénéficient pas d’une fertilisation extérieure optimale. Un inconvénient dont Grégoire de la Roussière s’accommode parfaitement, cet environnement semi-cloisonné lui permettant de réduire considérablement la pression des ravageurs et des maladies. « Et donc de garantir à mes clients des fruits traités exclusivement de manière naturelle. Un tel dispositif serait impossible en plein air », confesse-t-il. L’homme sait de quoi il parle, il cultive également du blé dur, du tournesol, du maïs et du sorgo à l’air libre.

 

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