Biocontrôle : 1001 pattes pour protéger nos cultures

Disparition des insectes pollinisateurs, effondrement de la biodiversité, naissances de bébés difformes ou multiplication des cancers… Autant de bouleversements qui sont régulièrement imputés, à tort ou à raison, aux pesticides déversés dans nos champs. 48 volontaires viennent d’ailleurs de faire analyser leurs urines. Tous les échantillons présentent un taux de glyphosate supérieur au seuil toléré par l’Union européenne pour un litre d’eau potable. Passant outre les polémiques, le JT est allé glaner les préceptes du biocontrôle. Une méthode d’agriculture qui préfère les coccinelles aux pesticides, les fleurs des champs aux fongicides et les phéromones aux néonicotinoïdes.

© Zeynel Cebeci

Selon le gouvernement, près de neuf mille tonnes de glyphosate ont été vendues en France en 2017. Pourtant, ce produit emblématique de la lutte qui oppose les écologistes à l’industrie agroalimentaire a été interdit pour les particuliers et l’entretien des espaces publics. Alors, comment justifier son utilisation, ainsi que celle de tous les autres pesticides chimiques, pour des cultures destinées à l’alimentation humaine ?

« Une plante ne pousse pas toute seule. Elle a besoin de recevoir des éléments nutritifs et d’être protégée des mauvaises herbes, des insectes et des maladies », explique Christian Durlin, agriculteur et vice-président de la commission environnement de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Il rappelle que le développement des produits chimiques de synthèse a permis d’accompagner l’explosion démographique mondiale.

Des raisons pratiques et économiques

Il n’est donc pas envisageable, à ses yeux, de se passer de certains produits comme les herbicides. « On ne peut pas désherber de grandes exploitations à la main », affirme l’agriculteur-céréalier qui met également en cause un contexte économique très contraignant. « Le choix du modèle agricole dépend du consommateur.

S’il accepte de payer le prix, il s’adaptera. Sinon, il faudra trouver des alternatives qui garantissent la même rentabilité », défend-il avant de s’interroger sur la notion de gestion des risques. « Quel est réellement l’objectif ? Qu’il y ait zéro résidu ou d’en avoir suffisamment peu pour qu’il n’y ait pas d’incidence sur la santé ? »

Les travailleurs agricoles en première ligne

Une question qui est au cœur des activités de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui délivre les autorisations de mise sur le marché des quelque 480 produits phytosanitaires actuellement commercialisés.

« Nous ne validons que ceux pour lesquels il n’y a pas de risque inacceptable, manifeste ou suspecté d’effets nocifs, dans les conditions d’emploi et aux doses utilisées », précise Françoise Weber, la directrice générale déléguée aux produits réglementés de l’organisation. Depuis les années 1990, cette agence indépendante a ainsi retiré du marché plus de 500 substances jugées dangereuses. « Les risques concernent essentiellement les travailleurs agricoles », nuance-t-elle.

Alimentation : une situation non préoccupante malgré des résultats mitigés

Afin de maintenir sa vigilance, l’Anses réalise également des études d’impact sur l’alimentation. « Il n’y a pas de résidus de substances nocives à des doses préoccupantes pour les consommateurs », rassure la directrice générale. Si la dernière étude en date confirme que c’est le cas pour 85% des substances évaluées, elle souligne qu’une douzaine d’entre elles, comme le plomb, l’arsenic inorganique ou certains pesticides, présentent des risques de dépassement des seuils tolérés. Notamment dans certaines céréales, le café, le vin ou le lait.

Un constat qui pousse l’agence à recommander d’en éviter la surconsommation et de diversifier son alimentation. « On utilise encore trop de produits chimiques. Il faut en réduire l’usage et les garder pour les seuls cas indispensables. Notre priorité est de favoriser et préconiser les méthodes alternatives comme le biocontrôle », conclut Françoise Weber.

Infographie biocontrôle
Le biocontrôle en France

 

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