[DOSSIER] Bubble Factory, bulle d’air professionnelle

C’est une entreprise où il n’y a ni baby-foot ni manager du bonheur. Pourtant, les salariés de la société toulousaine Bubble Factory ne fonctionnent pas tout à fait comme les autres. Télétravail, autogestion des horaires, auto-organisation des équipes… Le JT est allé voir comment ça bosse dans une entreprise ‘’libérée’’. – Maylis Jean-Préau

Prometil
®franckalix

À première vue, c’est une société comme les autres. De l’autre côté du périphérique, au Mirail, dans un bâtiment d’entreprises, les locaux de Bubble Factory ne parlent pas d’eux-mêmes. Dans le hall, plusieurs personnes discutent autour d’une machine à café. Derrière des écrans d’ordinateur, une vingtaine de paires de mains s’activent sur leurs claviers. Ils sont informaticiens, linguistes ou travaillent au service marketing. L’ambiance est studieuse, loin des clichés à paillettes de ‘’l’entreprise du bonheur’’. À quelques mètres de l’espace de travail se trouve la porte, ouverte, du bureau de Marc Canitrot. « C’est toujours comme ça. Je suis une personne dans l’hyperconfiance, c’est donc dans cet état d’esprit que j’ai créé la société Prometil en 2007, qui vient d’être scindée en deux entités, dont Bubble Factory pour la partie innovation. J’ai voulu monter une entreprise dans laquelle j’aurais aimé évoluer », explique le gérant et fondateur.

Dès le début de l’aventure, cette hyperconfiance se traduit par une grande liberté horaire, la possibilité de faire du télétravail quand le salarié le souhaite et peu de hiérarchie. Un véritable terreau d’innovation ! En quelques années, la société de Marc Canitrot réussit son pari, elle devient un acteur reconnu des solutions d’ingénierie système et travaille avec de grands comptes comme IBM. Pour autant, au bout de quelques années, le fondateur prend conscience « que ce qui se faisait avec deux personnes devient plus compliqué avec 30, d’autant plus dans une période où nous investissions beaucoup ».

« Il n’y a pas de hiérarchie entre les salariés donc pas de compétition, nous sommes traités d’égal à égal »

En 2016, il fait un constat : « Nous manquions de cadre. Il a fallu trouver un équilibre entre le bien-être au travail et les besoins du client ».Pendant un an et demi, Marc Canitrot fait donc appel à une psychologue et à un manager chargés d’améliorer le fonctionnement de la société. Ce dernier, François Salazar, se partage aujourd’hui entre le soutien opérationnel des projets et la méthodologie. « Je suis le gardien du cadre mais je n’ai d’autorité hiérarchique sur personne ! », lance-t-il. Le duo n’a pas appliqué une recette magique d’entreprise libérée. D’ailleurs, le terme ne plaît pas à François Salazar. Il lui préfère les mots ‘’entreprise autoresponsable’’ ou ‘’auto-organisée’’. « Ici, il n’y a pas de salle de créativité. Certaines choses ne peuvent pas se commander, comme dire aux salariés : soyez créatifs ! », explique-t-il.

Aujourd’hui, chez Bubble Factory, les employés ont conservé une grande liberté horaire. Ils sont tous cadres autonomes avec un forfait jour. Ils peuvent, par exemple, ne pas venir le vendredi et passer le samedi au bureau. C’est surtout un certain état d’esprit qui s’est imposé. « Certes, les horaires sont flexibles, mais c’est une question de culture d’entreprise : ici, si l’on a fait son travail on peut partir, on ne fait pas du présentéisme ! », lance Christelle Nguyen, chargée de relations clients. Quand elle est entrée dans la société il y a trois ans, la jeune femme a été surprise par plusieurs points : « J’avais l’habitude de rapports très hiérarchisés, avec des N+1, N+2,… Là, il n’y a pas de hiérarchie entre les salariés donc pas de compétition, nous sommes traités d’égal à égal, tout le monde peut proposer une idée. »

« Tant que cela ne met pas l’entreprise en péril, nous laissons les salariés faire leurs propres expériences »

Un constat partagé par Olivier Blaivie, développeur en alternance, arrivé chez Bubble Factory il y a 6 mois : « J’ai été étonné de voir que même en étant alternant j’ai pu prendre la parole en réunion et avoir des responsabilités. C’est très motivant ! » Tous les deux mois, Olivier Blaivie fait un point avec ses collègues notamment pour savoir si son travail correspond à ses attentes. « La dernière fois, j’ai dit que j’aimerais bien rencontrer des clients, une semaine plus tard je faisais une démo dans une société », raconte-t-il. Si une grande liberté est donnée au personnel, l’objectif d’efficacité reste à l’ordre du jour.

François Salazar y veille. Il alerte ainsi les employés sur certaines « habitudes qui ne peuvent pas durer », tout en leur permettant de se responsabiliser. « Tant que cela ne met pas l’entreprise en péril, nous laissons les salariés faire leurs propres expériences, prendre des initiatives », explique-t-il. Quand une situation ne fonctionne pas, une discussion a lieu, même si cela doit passer par un conflit. L’auto-organisation ne va pas toujours de soi. Il est ainsi arrivé que les salariés aient du mal à prendre une décision, obligeant le chef d’entreprise à trancher. « Nous continuons à cheminer », lance Marc Canitrot. Une démarche qui « donne envie aux employés de rendre la pareille », glisse Christelle Nguyen.

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