[Débat] Ils ont testé les ravioles à la politique

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Bruno Mallet, Anne-Marie de Couvreur et Sacha Briand. Photo/Tran Dac-Phat

Echanges. Ils étaient tous à l’heure au rendez-vous. Vos serviteurs non. L’occasion pour Anne-Marie De Couvreur, Bruno Mallet et Sacha Briand de faire les présentations sans nous. La suite fut très politique, actualité oblige. Hollande bashing, montée de Marine Le Pen et les frasques de Dieudonné ont alimenté un déjeuner passionné… Mais savoureux.

Par Thomas Simonian et Coralie Bombail

 

Très vite, le livre de Valérie Trierweiler, « Merci pour ce moment » anime la conversation. « C’est le récit d’une profonde souffrance, et une femme qui souffre, ça se respecte », avance Anne-Marie de Couvreur, qui a découvert le livre ce week-end à la lumière du soleil dans son jardin. Méthodique et sérieuse jusqu’au bout des ongles, elle a lu l’ouvrage dans l’objectif de cette rencontre. Mais ses interlocuteurs masculins sont plus catégoriques : « Je n’achète jamais de livres jetables. Celui-ci est impudique et nous apprend juste que la correction n’existe pas au plus haut niveau de l’Etat », tranche Sacha Briand. A priori, Bruno Mallet n’avait pas l’intention de le lire, « mais j’ai eu la surprise de le recevoir par mail en PDF, via des connaissances interposées ! Je l’ai parcouru à la transversale et c’est d’une violence inouïe, c’est une vengeance épistolaire. » Homme de communication et de marketing avant tout, il repère de suite le côté « calculé » de la démarche avec une sortie qui correspond pile à la rentrée littéraire… Anne-Marie de Couvreur, qui semblait au départ plus compréhensive sur le sujet, ne tarde pas à émettre un avis plus critique : « Ce livre n’apporte au final aucune valeur ajoutée. Pour tout dire, j’ai lutté pour ne pas m’endormir en le lisant. » Une seule question demeure : quel est impact sur la popularité déjà faible du président de la République ? « Une image fragilisée » pour Sacha Briand ; « encore faut-il croire ce qui est écrit», répond Bruno Mallet. Pour Anne-Marie de Couvreur, cela ne change rien : « Mon analyse ne se base que sur des indicateurs économiques. » Ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour François Hollande…

« Notre président aurait-il un problème avec la météo ? »

Sacha ose une question aux deux autres invités : « Faut-il tirer de cet événement un enseignement politique ? » Avec gravité, il y répond tout seul : « Il a abaissé la fonction présidentielle à un niveau qu’elle n’avait jamais atteint. » Anne-Marie surenchérit avec le sourire : « A chaque fois qu’il fait un truc important, il pleut. Notre président aurait-il un problème avec la météo ? »

Dans la série « Catastrophes au gouvernement », on enchaîne avec la démission du secrétaire d’Etat Thomas Thévenoud pour cause d’irrégularités fiscales. « Cela montre que dans leur esprit, l’affaire Cahuzac était un épiphénomène », attaque Sacha. Bruno tempère : « Les remaniements se font toujours dans l’urgence, il paraît que les enquêtes sont menées deux ou trois semaines après les nominations. » Mais l’argument qui défend la thèse d’un gouvernement décidé à la hâte inquiète plutôt Anne-Marie : « Quand je vois le soin que nous mettons à engager un cadre, je me dis que l’urgence ne se marie pas très bien avec l’excellence. »

Conséquence directe ou pas de ces déboires, un sondage du Figaro a placé le week-end dernier, Marine Le Pen en tête du premier tour (si la présidentielle se tenait aujourd’hui) et gagnante du second face à François Hollande. « Il n’y a plus de tabou concernant le FN, toute une partie de l’électorat de gauche considère que le discours de Marine Le Pen n’est pas moins crédible qu’un autre », estime Sacha, qui dit s’inquiéter de la montée de la formation centriste depuis les dernières cantonales. Sans surprise, Anne-Marie de Couvreur recentre la question sur « le débat économique, car le discours du FN dans ce domaine ne tient pas une minute. La sortie de l’euro notamment est une vaste plaisanterie.» Elle ne peut croire en la prise du pouvoir par le FN : « Nous sommes un pays profondément social, au bon sens du terme. Une grande partie des Français descendrait dans la rue, y compris les chefs d’entreprise, je vous le garantis ! » Bruno acquiesce : « Je ne peux pas y croire, tellement le discours est creux derrière le vernis de l’affect. » Derrière le vernis de l’affect, se cache aussi la possible chute des partis traditionnels « qui ne proposent pas d’engagements assez clairs », relève Sacha, « et qui manquent de courage pour prendre les décisions qui s’imposent », surenchérit Anne-Marie.

« Nous sommes un pays profondément social »

Nos invités ont à peine le temps d’apprécier leurs aiguillettes sauce framboise, que le dernier sujet non moins sensible arrive sur la table : Dieudonné et la nouvelle enquête ouverte contre lui (suite à une vidéo polémique sur la décapitation du journaliste James Foley). « De la pure provocation », pour Sacha. « Ce n’est plus un artiste et ce ne sera jamais un homme politique », affirme sans concession, Anne-Marie, qui cherche le terme adéquat pour le qualifier : « un acteur politique », avance-t-elle. Pour Bruno, il n’y a pas de débat : « Monsieur M’bala M’bala (pour ne pas le nommer) ne dépose plus aucun texte à la Sacem (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de musique). Donc ce n’est plus un artiste, il improvise en fonction de l’actualité. Ce ne sont plus des spectacles, mais des tribunes politiques.» Tous s’accordent sur le fait de ne plus en parler. Hors de question d’enrichir «la propagande » (dixit Sacha) de Dieudonné.

L’interlude se termine sur un expresso bénéfique, et un départ de Sacha qui court vers son scooter afin de rejoindre le Conseil Régional voisin pour une commission. Anne-Marie et Bruno restent encore quelques minutes pour distiller quelques conseils précieux pour notre SCOP…

 

Mini bio :

Bruno Mallet : 50 ans. Il est l’animateur de « 100% Musique », l’émission de TLT. Il anime également des réunions publiques et des événementiels pour les entreprises privées ou les collectivités locales. Auparavant, il fut le responsable de feu le bureau régional de Sony Music.

Anne-Marie de Couvreur : Présidente et co-fondatrice (avec les anciens de Sud Radio, Frédéric Courtine et Jean-Louis Simonet) en 2004 du groupe « Mediameeting », spécialisé dans les radios d’entreprises et les nouveaux médias. « Nous sommes leaders en France, sans doute en Europe », nous confie-t-elle. Son groupe est l’actionnaire majoritaire de la radio locale Toulouse FM, lancée en 2008.

Sacha Briand : 44 ans. Avocat inscrit au barreau de Toulouse, il a été durant dix ans, directeur général des services de la mairie de Muret. Depuis 1995, il était l’opposant de Bernard Keller au conseil municipal de Blagnac, avant de décider de s’engager aux côtés de Jean-Luc Moudenc pour conquérir le Capitole. Il est aujourd’hui adjoint aux finances et vice-président de Toulouse Métropole.

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