Services sociaux : quelle place pour l’enfant ?

En début d’année, la diffusion du documentaire ‘’Enfants placés, les sacrifiés de la République’’ émouvait l’opinion publique qui découvrait d’inquiétants dysfonctionnements au sein de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Violences, manque de moyens et de contrôles, éducateurs dépassés et parfois maltraitants… La gravité des situations dénoncées, même si elles peuvent revêtir un caractère exceptionnel, a poussé le gouvernement à créer un secrétariat d’État chargé de la Protection de l’enfance, dirigé par Adrien Taquet. En pleine tempête, le JT est allé à la rencontre des acteurs sociaux qui tentent de garder le cap.

Services sociaux quelle place pour l'enfant
© DR

Un enfant est violé toutes les heures et deux meurent chaque semaine sous les coups de leurs parents. En 2016, selon le rapport annuel de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE), 299 600 mineurs ont bénéficié d’une mesure de protection suite aux maltraitances ou aux négligences de leurs parents. La moitié d’entre eux dans le cadre d’un accompagnement au sein de leur propre foyer. Les autres ont été confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et accueillis dans des Maisons d’enfants à caractère social (Mecs), par des assistants familiaux ou divers dispositifs spécialisés. Juges, éducateurs, psychologues… de nombreux intervenants œuvrent quotidiennement à la réussite de ces mesures. Mais, la prise en charge de l’ASE ne suffit pas toujours à leur assurer un avenir. Pour preuve, 40 % des SDF de moins de 25 ans étaient placés au moment de leur majorité.

« Nous manquons de tout, mais surtout de pédopsychiatres »

« Les situations traitées dans le cadre de la protection de l’enfance reflètent des difficultés de vie et des violences qui rendent, d’entrée de jeu, leur résolution extrêmement compliquée », avertit Agnès Gindt-Ducros, directrice de l’ONPE. Chaque cas fait donc l’objet d’évaluations précises et régulières par des équipes pluridisciplinaires. Mais, dans la pratique, cette approche globale peine à se concrétiser. « Pour qu’un enfant s’en sorte, il faut mobiliser beaucoup de professionnels et de compétences. Cette dimension n’est pas assez présente dans la formation des travailleurs sociaux », analyse Agnès Gindt-Ducros.

« Nous manquons de tout, mais surtout de pédopsychiatres. Que ce soit pour orienter la prise de décision ou pour accompagner les autres intervenants, comme les familles d’accueil », confirme Odile Barral, juge des enfants et déléguée régionale du syndicat de la magistrature. Par manque de soutien, il n’est pas rare de voir ainsi des assistants familiaux baisser les bras, ce qui constitue un facteur d’instabilité des placements.

« La solution la plus adaptée n’est pas forcément disponible »

Mais s’en prémunir n’est pas chose facile. Les professionnels doivent réussir le tour de force de protéger l’enfant tout en préservant le lien avec sa famille biologique et de réévaluer constamment chaque décision. « Le placement est une mesure de dernier recours toujours provisoire. Elle peut répondre à des difficultés ponctuelles qui peuvent évoluer. Nous sommes aussi là pour garantir le droit des parents. Pour que ce soit bénéfique, il est indispensable de mener un travail avec la famille », explique Odile Barral, qui dénonce le manque de moyens investis dans ce domaine.

Sur le terrain, les professionnels sont confrontés à une carence de diversité des lieux d’accueil. Ce qui entraîne des délais dans l’application des mesures voire le décrochage de certains cas. « Des enfants qui ont vécu des choses difficiles et ont des problèmes ou des troubles spécifiques doivent être confiés à des personnes formées et recevoir la prise en charge la plus adaptée. Mais celle-ci, quand elle existe, n’est pas forcément disponible au moment au moment où il faudrait », regrette Agnès Gindt-Ducros. « Le cadre est parfois trop rigide. Les visites des parents à l’enfant, en présence d’un tiers, sont par exemple, inenvisageables le week-end. Or, lorsque les parents travaillent, ce qui est une bonne chose, cela rend l’exercice de ce droit impossible », surenchérit Odile Barral avant de conclure : « Nous sommes en deçà de ce que nous devrions arriver à faire ! »

Infographie enfants maltraites
© Le Journal Toulousain

Sources : Enquête Aides sociales 2016 (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) et Conseil départemental de Haute-Garonne.

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