Françoise Laborde donne des solutions aux dysfonctionnements du dispositif de placement des mineurs

« La maltraitance des enfants n’intéresse personne. » Ce constat est dressé par Françoise Laborde, journaliste, coauteure d’une enquête sur les dysfonctionnements du système de prise en charge de ces mineurs, intitulée ”Le Massacre des Innocents”. Elle y expose 19 préconisations pour améliorer le dispositif.

Françoise Laborde
©DR

Quelles sont les principales mesures qui, selon vous, permettraient d’enrayer les dysfonctionnements du système d’accueil des enfants placés ?

D’abord, il conviendrait de créer un outil national de référence pour repérer les maltraitances. Ensuite, il faudrait réformer le statut d’assistant familial pour favoriser le placement en famille d’accueil. Cela permettrait notamment de stabiliser les enfants, de ne pas les changer de lieu sans arrêt. Pour finir, la facilitation de l’adoption simple, qui laisse subsister des liens entre l’enfant et ses parents d’origine, donnerait une chance à ces mineurs de se construire une nouvelle vie.

Arrêtons-nous sur cet outil de détection. De quoi s’agit-il ?

Nous ne pouvons laisser à la seule appréciation subjective des uns et des autres la signalisation d’une maltraitance sur un enfant. Cela nécessite un cadre strict. Il s’agit donc d’un guide national dans lequel seraient répertoriés des critères précis permettant d’identifier un enfant en situation de danger : des absences scolaires à répétition, des changements soudains et fréquents d’école, des passages réguliers à l’hôpital… La formation de tous les professionnels du secteur de la protection de l’enfance à cet outil rendrait possible le diagnostic objectif et rapide.

« Les parents biologiques ne sont pas les propriétaires de leurs enfants »

Le rôle des familles d’accueil mérite-t-il d’être amplifié ?

À la différence des foyers qui restent des dortoirs où aucune norme ne fixe un nombre minimum d’éducateurs pour s’occuper des enfants, la prise en charge par des familles d’accueil est préférable. Parce qu’elles permettent aux mineurs de garder des repères parentaux et affectifs sains. Mais pour cela, il faudrait les professionnaliser pour amoindrir le rapport employé-employeur qu’il existe entre ces familles et le Conseil départemental dont elles dépendent. En l’état actuel des choses, le travailleur social a toujours le dernier mot. Pourtant, c’est la famille qui, par les liens créés, peut agir. En contrepartie, cela nécessite davantage de contrôle.
Également, il conviendrait de réformer les critères d’agrément de ces familles d’accueil qui sont aujourd’hui dépassés. Ils font notamment état de l’obligation pour la mère de ne pas travailler et d’être mariée, bref d’être la caricature d’une ”Desperate housewife”. Et si elle n’a pas d’autre emploi que celui de s’occuper d’un enfant placé, ce dernier n’a pas le droit d’intégrer une crèche, pourtant vecteur de sociabilisation important. Des aberrations qu’il faut rectifier.

Quant à l’adoption simple, pourquoi et comment la faciliter ?

En France, nous avons tendance à considérer que les parents biologiques sont propriétaires de leurs enfants. Ce n’est pas le cas. Pourquoi laisser un mineur maltraité sous l’autorité parentale de sa famille d’origine plutôt que lui donner une chance de s’en créer une seconde ? Le système actuel est trop compliqué, est constitué de multiples strates qui augmentent le temps d’évaluation des situations. Mais le temps de la justice n’est pas celui d’un enfant. À 3 ans, six mois, c’est long. Il faut faciliter les démarches pour les adoptions simples. Dans l’intérêt des enfants.

Biographie de Françoise Laborde

Journaliste à France Télévisions, elle devient membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en 2009, avant d’être nommée au Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes. Aussi auteure, elle publie en 2018, avec Michèle Créoff, vice-présidente du Conseil national de la protection de l’enfance, l’enquête ”Le Massacre des Innocents”, en auto-édition.



4 COMMENTAIRES SUR Françoise Laborde donne des solutions aux dysfonctionnements du dispositif de placement des mineurs

  1. Tartempion says:

    Donner la chance à un enfant placé en famille d’accueil de pouvoir y rester jusqu’à la fin de sa scolarité et non le renvoyer chez lui sous prétexte qu’il est en âge (16,17 ans) de s’occuper de lui dans sa famille.
    Aussi, demander aux assistants familiaux de les accompagner un peu avant leur majoriter dans les démarches pour
    trouver un appart etc..
    Et surtout…. supprimer ou au moins limiter un maximum les A.E.M.O (accompagnement éducatif en milieu familial)!!!
    Voir les enfants chez eux une fois par semaine c’est du grand n’importe quoi ! Mais c’est économique.

  2. Tartempion says:

    Où est-il écrit que l’assistante familiale doit être mariée ? Je ne le suis pas et cela ne m’empêche pas de l’être.
    Pareil pour l’activité professionnelle. A partir du moment où cela ne gêne pas l’organisation de la vie de l’enfant, la plupart des employeurs l’acceptent. Personnellement, j’ai une micro-entreprise que je fais tourner en parallèle de mon activité d’assfam.

    Sinon, un énorme merci à Mme Laborde pour tout ce qu’elle fait pour que la parole de ces enfants soient entendue.

  3. Allais says:

    Bonjour on s’en fiche des enfants et quand l’ASE n’applique pas la loi de mars 2016 et que personne ne veut rien faire, en attendant ce sont les enfants qui subissent. Deux enfants enfants placés chez moi et retiré du jour au lendemain sans raison valable et couper le lien. Mais qui va oser bouger les choses. Car ils font leurs propres lois.. Je suis prête à discuter..

  4. Sandrine says:

    Madame Laborde vous ne défendez pas la cause des assfam en nous décrivant comme des desperate housewife et surtout vous ne décrivez pas un quotidien que vous semblez maîtriser. Les enfants accueillis même des ados ont des suivis très importants (camsp, cmp, ortho, pedopsy, atelier divers et variés…) ce ne sont pas la plupart du temps des enfants lambda faciles à inscrire à la crèche même à l école parfois certains ne sont acceptés qu à temps partiel car beaucoup de troubles. Je connais peu d assfam qui demandent à avoir une activité à côté car nous n en avons pas le temps et nous serons vite au bord du burn out car je crois que vous n avez aucune perception réelle des enfants qui vivent réellement en famille d accueil. Beaucoup sont “fracassés” car ils arrivent bien trop tard chez nous ou qu ils ont déjà un parcours bien chaotique malgré leur jeune âge. Pour défendre notre cause il faudrait mettre en avant la précarité de notre emploi et la présomption d innocence dont nous ne bénéficions pas nous sommes juges et condamnés avant toute procédure en nous laissant 4 mois avec 400 euros par mois et des retraits d enfant de façon souvent arbitraire alors qu avec la plupart nous avons des liens d affection profond. Vous auriez aussi raison d affirmer que la loi 2016 reste inappliquee et que le parcours de l enfant n est pas sécurisé malgré un passage très long chez son assfam aujourd hui encore sous couvert d une décision d équipe l enfant peut être retiré de chez son assfam sans maintien de lien. Quant à l adoption, il faudrait savoir si c est ce que souhaitent les enfants personnellement je suis plutôt favorable à l adoption plénière mais pas comme acte de charité comme acte d amour pour que l enfant puisse s inscrire dans sa famille d adoption sans avoir perpétuellement ce conflit de loyauté qui l empêche de se poser et d être bien où qu il soit. L adoption simple qui laisse une filiation avec la famille d origine ne permet pas à l enfant de s approprier l une ou l autre des familles donc il reste un enfant entre deux qui ne porte pas le nom de sa famille d adoption ou qui a les deux noms. Toutefois j ai dévoré et adoré votre livre et je trouve votre action de mettre en lumière les enfants placés nécessaire et urgente car ils sont réellement des oubliés comme le travail social.

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