dimanche 18 avril 2021

Contact

DossierComment soulager les urgences ?

Comment soulager les urgences ?

Il y a des tragédies. Comme, en décembre dernier, celle de cette femme décédée 12 heures après son arrivée aux urgences de l’hôpital Lariboisière, à Paris. Et puis il y a le drame du quotidien : des services saturés, des équipes épuisées, et par conséquent des patients parfois mal pris en charge. Le projet de loi Santé, qui vient d’être présenté par la ministre Agnès Buzyn, contient quelques pistes pour désengorger les urgences. Entre alternatives existantes et réorganisation globale de l’offre médicale pour assurer la permanence des soins, le JT a consulté des spécialistes.

Le nombre de passages aux urgences a augmenté de 14 millions en 2002 à 21,4 millions en 2018, selon la Fédération des observatoires régionaux des urgences. Salles bondées, attente interminable, patients qui restent des nuits entières sur des civières… La qualité de la prise en charge en pâtit et les drames se répètent : « Aujourd’hui, on essaie juste d’éviter des morts sur les brancards », lance Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins-urgentistes de France (Amuf). Ce dernier témoigne d’une profession au bord de la crise de nerfs : « Ils n’en peuvent plus. À 35-40 ans, ils sont flingués. Et ils se sauvent tous des urgences à cause des conditions de travail indignes. » Ainsi, un quart des postes à temps plein ne sont pas pourvus.

« Aujourd’hui, on essaie juste d’éviter des morts sur les brancards »

Dans son dernier rapport annuel, la Cour des comptes rappelle que « ce système à bout de souffle » coûte cher, plus de 3 milliards d’euros par an à l’Assurance-maladie. Sachant qu’un passage aux urgences (sans hospitalisation) est tarifé 148 euros à la Sécurité sociale, alors qu’une visite à domicile l’est entre 84 et 104 euros. Les sages montrent du doigt la bobologie : « Il est permis de penser qu’environ 20 % des patients actuels des urgences ne devraient pas fréquenter ces structures. » Et regrettent que le système ne favorise pas l’orientation des cas les moins graves vers des médecins traitants.

Pas assez de médecins de ville

« Mais c’est justement parce qu’il n’y en a pas assez que les gens viennent aux urgences ! L’effondrement de la démographie médicale de ville est le nœud du problème », répond Christophe Prudhomme. Le nombre de généralistes ne cesse en effet de baisser — la France en a perdu plus de 10 000 en dix ans, selon le L’ordre des médecins — à mesure que celui des spécialistes augmente, « ce qui ne correspond nullement aux besoins de la population ». C’est à la fin des années 1990 que le manque a commencé à nettement se faire sentir, obligeant les médecins traitants déjà installés à prendre en charge de plus en plus de patients. Pour les soulager, le ministre de la Santé Jean-François Mattei a diminué, en 2003, le nombre de leurs gardes et astreintes : « Nous avions prévenu que cela risquait de faire exploser les urgences. Malheureusement, nous avions raison », déplore le porte-parole de l’Amuf.

« L’effondrement de la démographie médicale de ville est le nœud du problème »

Ce dernier pointe les incohérences du système de formation français, qui devrait accepter, selon lui, davantage d’étudiants : « Un quart des nouveaux médecins ont un diplôme obtenu à l’étranger… Ce sont les mêmes qui s’étaient fait jeter comme des malpropres de nos universités à cause du numerus clausus. » Et regrette les répercutions de la baisse du nombre de généralistes sur la santé d’une partie de la population, qui se retrouve aux urgences : « On voit arriver des gens dans un état très dégradé parce qu’ils ne consultent plus aucun médecin en ville depuis trop longtemps », témoigne Christophe Prudhomme, qui doute enfin de l’efficacité du plan santé 2022 d’Emmanuel Macron, craignant « des petites solutions concoctées par des experts trop loin du terrain ». « Alors qu’il faudrait remettre à plat l’ensemble du système », lance-t-il.

© Le Journal Toulousain

Philippe Salvador
Philippe Salvador a été reporter radio pendant quinze ans, à Toulouse et à Paris, pour Sud Radio, Radio France, RTL, RMC et BFM Business. Après avoir été correspondant de BFMTV à Marseille, il est revenu à Toulouse pour cofonder le magazine Boudu.

Articles en rapport

Le tunnel de Saint-Béaz-Lez est fermé pour plusieurs semaines 

En raison d’une panne, le tunnel de Saint-Béat-Lez est fermé à la circulation. Impossible d’y circuler pour une durée minimum de 3 semaines.  Le tunnel...

Une cérémonie de clôture en ligne pour le Concours de Courts 

Vendredi soir se déroulait la cérémonie de clôture de la 18ème édition du festival Concours de Courts. Un événement digital en raison des restrictions...

Le TFC s’impose face à Châteauroux et prend la 2ème place

Le TFC s’impose face à Châteauroux 1-0. Une petite victoire qui permet aux Violets de grimper dans le classement. Mission réussie pour le TFC....

TFC – Châteauroux : des absents du côté de Toulouse

Ce soir, à 20h, le TFC affronte Châteauroux au Stadium. À 6 matches de la fin de saison, une victoire est nécessaire pour le...

L’A 624 et la RN 124 fermées de nuit

Des travaux de réfection des chaussées de l’A 624 et de la RN 124 sont en cours. La circulation n’est plus possible la nuit...

Le Stade Toulousain s’incline dans le derby face à Castres

Le Stade Toulousain s’est incliné 24-26 face à Castres ce samedi après-midi. Avec cette défaite, La Rochelle pourrait chiper la première place de Top...

Éveiller les enfants aux grands enjeux contemporains

Écrivez à la rédaction !

Témoin d’un événement d’actu ?
Une info ou un avis à partager ?

spot_img

Les plus lus de la catégorie

spot_img