Fact-checking : fatigue, manque de sommeil… cette interview de Moudenc est un fake

Un fake, une fausse interview du candidat à la mairie de Toulouse Jean-Luc Moudenc, publiée sur Facebook, sème la confusion et crée la polémique…

Une fausse interview de Jean-Luc Moudenc publiée sur Facebook ressemble, à s’y méprendre, à un article de nos confrères de la Dépêche du Midi. Mêmes codes graphiques, même format et écriture journalistiques. Elle a été postée ce dimanche 21 juin 2020 à 18 heures 35 par Ali Tehar, qui fût chargé du développement de la salle de concert La Dynamo, candidat aux élections municipales toulousaines de 2014 sur la liste Vert Demain et qui est aujourd’hui collaborateur d’un conseiller départemental haut-garonnais. L’homme, dont on ne sait pas s’il est l’auteur ni le diffuseur initial de ce fake, soutient ouvertement la liste d’Archipel Citoyen pour le deuxième tour du scrutin du 28 juin.
Les propos qui sont prêtés à Jean-Luc Moudenc sont pour le moins fantaisistes : « Je suis sous Lexomil », « Je ne dors plus, vivement la fin », « le fond existe (…) et d’aucuns prétendent que je suis en train de le toucher ». À la question « si vous perdez la mairie de Toulouse, que ferez-vous ? » le faux maire sortant répond : « Macron m’a assuré de son soutien et d’une place au gouvernement auprès de mon cher ami Manuel Valls », ou « je retrouverais avec plaisir mon poste de contrôleur général au ministère de l’Économie. 100 000 euros par an, ça ne se refuse pas. »

AIDEZ LE, aidez les toulousain-es !!Après un peu moins de 40 ans de mandat au Capitole, il est temps de lui offrir du…

Posted by Ali Tehar on Sunday, June 21, 2020

Jusqu’à 45 000 euros d’amende

À la lecture des commentaires qu’elle suscite, cette publication semble pouvoir prêter à confusion : « Il est sérieux ? » demande un internaute. Voire créer la polémique : « Quelle honte ! Si on avait fait pareil, les bien-pensants de gauche nous seraient tombés dessus », s’insurge un sympathisant du candidat-maire. Juridiquement, « l’affaire relève du délit de presse », indique Patricia Sultan, juriste en droit des médias et enseignante à l’Institut supérieur de Journalisme de Toulouse. « L’auteur peut être poursuivi au pénal pour diffamation ou diffusion de fausses nouvelles devant le tribunal correctionnel. Ce qu’il risque est énorme : de 5000 à 45 000 euros d’amende, voire de la prison avec sursis. S’il portait plainte, Jean-Luc Moudenc obtiendrait facilement gain de cause. » L’experte ajoute que La Dépêche du Midi pourrait également lancer une procédure en justice, car « on a utilisé ses codes de manière déguisée, il y a tromperie. »

Ne pas attirer l’attention

Joints par le Journal Toulousain, les responsables de la campagne de Jean-Luc Moudenc préfèrent ignorer cette fausse interview, « pour ne pas attirer l’attention sur elle », estime Patricia Sultan. En effet, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le post ne compte qu’une trentaine de ”like”, une quinzaine de commentaires et deux partages. « En cas de plainte, l’instruction prendrait du temps et le jugement n’interviendrait que longtemps après les élections », ajoute la juriste. Rien n’empêche d’attaquer une fois les résultats connus. En cas de défaite du maire sortant aux élections, le juge pourrait considérer qu’il y a eu malversation électorale et infliger une sanction sévère à l’auteur « qui pourrait aller jusqu’à de la prison avec sursis », conclut Patricia Sultan.

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