mardi 1 décembre 2020
portraits Idriss Laouali Abdou, le social made man

[Il mérite la une] Idriss Laouali Abdou, le social made man

De Niamey, la capitale du Niger, au conseil Toulouse diversité, le parcours de Idriss Laouali Abdou, l’ingénieur à l’origine de Karatou Post Bac, une application mobile d’orientation scolaire, est jalonné de mains tendues. Pour lui, si l’éducation est une condition indispensable, la réussite ne peut-être que collective.

Idriss Laouali Abdou Déclic nuémrique
Idriss Laouali Abdou en conférence lors des DéClics Numériques © David Monfort

Hébergement. Idriss Laouali Abdou est né dans un quartier modeste de Niamey, la capitale du Niger. Fils d’un père comptable et d’une mère infirmière, l’enfant grandit avec ses quatre frères et sœurs dans une ambiance de pensionnat. « Mon père venait d’un petit village. C’était le seul à avoir réussi, grâce à l’éducation. Du coup, il recevait à la maison tous les jeunes qui venaient poursuivre leurs études. Il y avait en permanence des étudiants à la maison qui dormaient dans une petite pièce faisant office de dortoir. Mon père leur donnait même un peu d’argent de poche, comme si c’était ses propres enfants », raconte-t-il. Une démarche altruiste qui va profondément marquer ce futur ingénieur logiciel.

Composant. « Au lycée, j’avais une passion étrange. Je démontais et remontais les ordinateurs », confesse Idriss Laouali Abdou. Rapidement, ses talents de bricoleur informatique en font le réparateur du quartier. Et, alors qu’il se projetait dans une carrière de comptable pour mettre ses pas dans ceux de son père, ce dernier pressent la vocation et l’incite à entreprendre des études dans le secteur des nouvelles technologies. Malheureusement, le Niger n’offre pas de formation supérieur dans ce domaine.

Configuration. Le bac en poche, Idriss Laouali Abdou Niamey doit alors s’exiler au Maroc pour poursuivre ses études. Direction Rabat, où il passe quatre ans en classe préparatoire puis dans une école d’ingénieur spécialisée dans les télécommunications. « Dans mon pays, il n’y a pas de conseillers d’orientation. Chacun doit trouver sa voie et les moyens de la concrétiser tout seul. Quand je suis parti, je n’avais aucune connaissance du fonctionnement l’enseignement supérieur », raconte l’enfant de Niamey.

Application. Par chance, l’établissement marocain propose, pour les trois meilleurs élèves, un programme d’échanges avec le laboratoire Télécom Bretagne, à Brest. Idriss Laouali Abdou donne le meilleur de lui-même pour garantir sa sélection. Et, en dernière année, le jeune homme découvre le Finistère. L’occasion de prendre conscience que son parcours peut aussi s’écrire sur le vieux continent. « Je n’imaginais pas faire des études en France. Surtout à cause de l’aspect financier. J’avais choisi le Maroc parce que ça semblait plus accessible. Là-bas, j’ai appris à me prendre en charge », se rappelle-t-il. Le jeune étudiant postule alors dans plusieurs grandes écoles, dont l’institut national des sciences appliquées (Insa) de Toulouse.

Bug. Séduit par la renommée de l’établissement et le climat de la Ville rose, Idriss Laouali Abdou débarque avec ses livres et ses cahiers. Mais, tétanisé par la peur de perdre sa bourse d’étude, le jeune homme s’isole dans le travail. « Je ne connaissais personne et je bossais comme un fou. Je me mettais tellement la pression que je n’arrivais plus à y voir clair pendant les examens », explique ce toulousain d’adoption qui considère l’isolement comme un facteur d’échec.

Mise à jour. Heureusement, Idriss Laouali Abdou entend parler d’Article 1. Une association de lutte contre l’inégalité des chances. Par le biais de cette structure, il est mis en contact avec un mentor. Un ancien de l’école qui peut lui partager son expérience. Dès la première rencontre, celui-ci trouve les mots justes pour aider l’étudiant forcené à relativiser. « Si ça à toujours marché, pourquoi ça ne marcherait pas cette fois-ci également ? » Idris Laouali Abdou est rassuré et prend conscience de l’importance du soutien des autres dans la réussite.

Fibre. Alors, comme l’avait fait son père avant lui, Idriss Laouali Abdou décide de renvoyer l’ascenseur et devient à son tour bénévole au sein de l’association. Mais ce n’est pas suffisant. Mettant à profit ses compétences pour défendre ses convictions, le jeune ingénieur développe Karatou Post Bac, une application mobile d’orientation scolaire. « L’éducation et la transmission sont devenu mes nouvelles passions. Je voulais accompagner les autres à plus grande échelle et de manière dématérialisée. D’autant que, dans mon pays, les institutions sont absentes ou défaillantes. Et qu’il n’y pas, comme ici, des associations qui prennent le relais », explique-t-il.

Haute résolution. Cet engagement, Idris Laouali Abdou le prolonge ensuite dans sa vie de citoyen en devenant président de la Commission pour l’éducation, les associations et la culture, au sein du conseil consultatif Toulouse Diversités. Chez lui, l’accompagnement et le soutien est une seconde nature. Un héritage familial et culturel. « Là d’où je viens, on nous apprend que l’ascension sociale ne peut être individuelle. Quand quelqu’un réussit, il doit tirer les autres vers le haut. Sinon, ça ne sert à rien. »

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