[Interview éco] Marie-Christine Jaillet : « La future région : entre concurrence et coopération »

©Franck Alix/JT
©Franck Alix/JT

DEVELOPPEMENT. Alors que se profile la fusion des régions, des questions restent en suspens quant aux rôles de chaque collectivité, notamment les métropoles. Marie-Christine Jaillet, présidente du Conseil de développement de Toulouse métropole (Codev), revient sur les principaux enjeux économiques.

Marie-Christine Jaillet, au vu des rapprochements qui ont déjà été opérés et de l’organisation actuelle des collectivités, comment appréhendez-vous cette fusion des régions ?

On ne sait pas sur quelles bases la fusion proposée s’est fondée puisqu’il n’y a pas eu de consultation ni de concertation… Je pense donc qu’il vaudrait le coup de se pencher sérieusement sur le territoire, d’aménager un temps de construction, d’un référentiel commun. Il est nécessaire de s’interroger sur la consistance de la future région, ses dynamiques, sa structuration… Tout s’est fait très vite sur des logiques d’abord politiques. Néanmoins, il faut maintenant construire une représentation la plus juste possible, de cette grande région et cela prendra du temps, car le futur pouvoir régional va devoir se structurer, définir des modes de fonctionnement.

Quel sera le rôle et la place des métropoles dans ce processus ?

Même si Toulouse et Montpellier ne sont pas tout à fait équivalentes en matière de démographie ou de poids économiques, elles vont devoir cohabiter. Elles devront suffisamment se connaître pour identifier les complémentarités possibles tout en sachant qu’elles seront en concurrence sur certains dossiers. De même, les métropoles peuvent devenir un levier de développement pour l’ensemble de la grande région ce qui suppose qu’elles devront travailler avec les autres villes du nouveau territoire. Le développement métropolitain ne se fera pas contre celui de la région, mais avec. Au fond, avoir deux métropoles dynamiques au sein de la région est une chance, car elles peuvent entraîner dans leur sillage le reste de la région. En revanche, il serait dramatique que le développement des métropoles accroisse les inégalités entre territoires, voire à l’intérieur de ces villes. Nous savons que Toulouse et Montpellier sont très dynamiques, mais aussi qu’elles regorgent de fortes inégalités.

Il y aura forcément des situations de concurrence entre Toulouse et Montpellier, comment les gérer ?

Oui, il faut être réaliste ! Dans un système où des choix de localisation d’infrastructures ou d’entreprises devront être opérés, ces grandes villes seront en concurrence. Par exemple, concernant le grand équipement de protonthérapie dans la lutte contre le cancer, il n’y aura qu’un seul équipement pour le grand Sud et Toulouse et Montpellier sont candidates avec des qualités et des ressources à faire valoir l’une comme l’autre. La ville choisie aura ainsi un atout dont l’autre sera privée. Néanmoins, leur rapport ne peut pas être que de cet ordre-là, il doit exister une complémentarité. Il faudra que les élus des deux métropoles soient suffisamment ‘’adultes’’ pour s’assurer que les situations de concurrences n’annihilent pas les capacités de coopération.

« Le développement métropolitain ne se fera pas contre celui de la région »

L’emploi et l’économie font partie des synergies potentielles à mettre en place, mais de quelle manière ?

Ce sont déjà des métropoles attractives, car il existe des opportunités d’emploi, mais elles attirent également des personnes à la recherche d’un emploi, persuadées qu’elles auront plus de chance dans une grande ville au regard de leur dynamisme. Liées au phénomène de la métropolisation, les grandes villes n’attirent pas forcément des gens très qualifiés. Ainsi, il faut développer des politiques en faveur de l’emploi qui prennent en compte l’ensemble du spectre pour répondre aux attentes d’une population diverse. Ceci présuppose une forte coopération entre les métropoles et la future région, car cette dernière a acquis de nouvelles compétences. Il ne faudra pas développer des politiques parallèles.

Midi-Pyrénées fait figure d’exception par la force de son industrie aéronautique, comment la penser ensuite dans un territoire plus vaste composé d’autres spécialités ?

Justement, il faut développer d’autant plus la complémentarité entre les métropoles. On peut imaginer un effet vertueux : Toulouse étant plutôt robuste dans le champ de l’aéronautique, il pourrait y avoir des retombées à l’échelle régionale. Cela existe déjà avec les sous-traitants disséminés dans toute la région, il est donc envisageable que l’aéronautique de développe plus largement à la nouvelle grande région. À condition que les politiques de la future région accompagnent ce développement, avec les collectivités, en favorisant le processus qui mène les start-ups et l’innovation vers des entreprises plus importantes. Il est également possible de soutenir davantage des secteurs comme la silver économie très développée en Languedoc-Roussillon, mais aussi présente en Midi-Pyrénées. Cela supposera une mise en commun des outils de travail, des dispositifs et une grande capacité de dialogue entre les deux métropoles.

Au vu des particularités de ces deux métropoles, quels seront leurs atouts et faiblesses une fois la fusion effective ?

Elles sont en plein développement démographique et économique toutes les deux et possèdent un tissu universitaire et de recherche dynamique, c’est un atout maître. En revanche, il réside un problème de liaison : la LGV relie Toulouse à Bordeaux alors que la grande région tourne plutôt la ville rose du côté de la Méditerranée. D’ailleurs, ceci sera également un atout : c’est une ouverture vers de nouveaux marchés et de nouvelles compétences.

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