jeudi 27 janvier 2022

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[Tribune] Un collectif toulousain dénonce le scandale des avions qui volent à vide

Les règles de l’Union européenne imposent actuellement aux compagnies aériennes le respect d’au moins 50% des créneaux horaires qui leur sont attribués pour décoller et atterrir, afin de conserver leurs droits. Résultat : la Lufthansa annonce 18 000 vols à vide. Un scandale que dénonce le collectif toulousain ”Pensons l’aéronautique pour demain” (PAD) dans les colonnes du Journal Toulousain.

Pensons aéronautique demain avions vol vide
©Collectif Pensons l’aéronautique de demain

Depuis les années 2000, pour pouvoir décoller et atterrir à des heures stratégiques sur un aéroport saturé, les compagnies doivent candidater sur des créneaux horaires, appelés ”slots”. Une fois attribués par une commission, ou cédés à prix d’or dans des cas spécifiques, les compagnies sélectionnées ont alors l’obligation d’utiliser 80% de leurs slots.
Cela fonctionne bien tant que la demande est là, mais, lorsque le trafic s’effondre comme en mars 2020, alors les compagnies doivent assurer des vols à vide pour maintenir leurs créneaux. L’Union européenne, comme d’autres parties du monde, avait alors retiré cette obligation pour cause de pandémie. Un an plus tard, les prévisions étant bonnes, l’UE a cru bon de remettre cette clause tout en abaissant l’obligation à 50%.

Le manque de réaction de l’Europe en question

Tout allait bien jusqu’à ce qu’Omicron soit venu doucher la reprise du trafic aérien en cette fin d’année 2021. Retour à la case départ. Sauf que, au contraire des États-Unis et malgré les appels des compagnies aériennes, l’UE n’a pas encore réagi. Ainsi, Lufthansa annonce devoir faire voler 18 000 avions à vide pour pouvoir garder ses slots.
Les autres compagnies soutiennent cet appel alors que, de leur côté, les aéroports indiquent qu’une clause existe pour être exempté de cette obligation en cas de force majeure. Serait-ce donc un coup de communication de la part de Lufthansa ? Serait-ce un prétexte pour évoquer l’absurde de la situation au regard de l’urgence climatique ?

Voir le vol à moitié vide ou le vol à moitié plein ?

Faire voler des avions vides est absurde, tout le monde en conviendra, mais, d’un point de vue purement scientifique, un avion vide, plus léger, contribuera moins au réchauffement qu’un avion plein… Comme en 2020, l’UE saura répondre à cet inutile gaspillage, mais saura-t-elle répondre à l’enjeu environnemental global de l’aviation d’aujourd’hui ?
Permettez-nous d’en douter car le levier de la croissance du trafic n’est jamais évoqué par les industriels, ni par les élus. Or, les scientifiques nous indiquent très clairement que l’avion à hydrogène, les biocarburants, l’écopilotage, le renouvellement des avions et la compensation ne suffisent pas pour rester sous les 1,5°C de réchauffement climatique en 2050. Les scientifiques vont même plus loin en précisant que seule une décroissance du trafic combinée aux avancées technologiques sera en phase avec les objectifs de l’accord de Paris.

La limitation du trafic est inévitable

Ainsi, le PAD, avec d’autres organisations, demande aux élus de prendre la question au sérieux pour que les salariés et les territoires ne paient pas demain ce que nous pouvons organiser aujourd’hui. Nous, salariés et étudiants de l’aéronautique au sein du PAD, osons l’écrire : Préparons-nous collectivement à une limitation du trafic aérien pour une aéronautique soutenable !
Définissons un budget carbone pour l’aviation comme pour d’autres secteurs polluants, incitons les entreprises et les territoires à se diversifier et formons les salariés à la transition écologique. Notre rapport ”Moins d’avions, plus d’emplois” montre que cela peut se faire sans casse sociale.

Collectif Pensons l’aéronautique pour demain


Collectif Pensons l’aéronautique pour demain : Né à Toulouse à la fin de l’été 2020, au sortir de la première vague de l’épidémie Covid-19, le collectif PAD rassemble une diversité d’acteurs voulant s’investir dans les débats sur les grands enjeux du secteur aéronautique : des collectifs de salariés, de chercheurs, d’étudiants, des associations de riverains d’aéroport, des syndicats et des ONG. Tous s’entendent sur la nécessité d’un progrès avec plus de justice environnementale et sociale dans le contexte actuel.

Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.
 

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