[Dossier] Mixité scolaire forcée : et si ce n’était pas qu’une utopie ?

TEST – À la rentrée 2017, cinq collèges “favorisés” de la métropole toulousaine ont accueilli dans leurs classes de 6e 124 élèves issus de plusieurs écoles de la Reynerie. Si au départ, le projet n’a pas fait l’unanimité, les premiers résultats de l’expérimentation sont plutôt positifs. – Axelle Szczygiel

égalité des chances école
© Franck Alix

9h. Fin de la première heure de classe au collège Bellevue. Les élèves remballent leurs affaires et prennent le chemin de leur prochaine salle de cours, circulant à travers le parc de cinq hectares qui regroupe les différents bâtiments de l’établissement.

Ce cadre bucolique a su séduire en avril dernier les élèves de CM2 de l’école Buffon, à la Reynerie, venus visiter leur futur établissement scolaire lors des portes ouvertes. Convaincre les parents n’a pas toujours été aussi facile… Car si l’on se fie à la carte scolaire, ces enfants auraient dû poursuivre leurs études au collège Raymond Badiou. Mais dans le cadre de son plan pour la mixité sociale, adopté en janvier 2017, le Conseil départemental a décidé de vider progressivement ce collège “ghetto” de ses écoliers pour le reconstruire à proximité, dans un secteur de recrutement géographique plus mixte. En attendant son ouverture, prévue en 2021, il a été décidé que tous les élèves de CM2 de la Reynerie qui y étaient rattachés feraient désormais leur entrée en 6e dans cinq collèges “favorisés” de la métropole toulousaine : Pierre de Fermat, Les Chalets, Jean Rostand, Léonard de Vinci et Bellevue.

Une annonce qui n’a pas toujours été bien reçue, notamment par certains parents d’élèves des établissements d’accueil. « On ne peut pas dire qu’ils étaient enchantés », confirme Géraldine Artigues, présidente du conseil local FCPE du collège Fermat. « Mais qu’on le veuille ou non, il y a toujours eu de la mixité dans ce collège, avec des élèves qui étaient intégrés “sur critères sociaux”. Au moins, aujourd’hui, c’est une mixité qui dit son nom et à laquelle on a donné des moyens. Et force est de constater qu’il n’y a pas eu d’incident depuis ».

Du côté de la Reynerie, des parents avaient manifesté dès le départ leur opposition au projet, déplorant la disparition du service public dans leur quartier. La plupart en revanche semblent y avoir vu « une chance pour leurs enfants », selon la FCPE 31. Pour preuve, « les familles du quartier n’ont pas cherché à contourner massivement le dispositif », indique le Conseil départemental. Alors que le taux de respect de la carte scolaire à Toulouse est habituellement de 50%, plus de 75% des élèves du secteur de la Reynerie ont été affectés comme prévu dans un des cinq collèges d’accueil.

«  Dans leur majorité, les parents sont satisfaits du dispositif »

Auparavant, il a fallu lever les dernières réticences. L’équipe du collège Bellevue est ainsi allée tout au long de l’année 2017 rencontrer les parents des 37 élèves concernés et tisser des liens avec l’école Buffon. « La seule véritable inquiétude – légitime – des parents a bien souvent été la distance entre l’établissement et leur domicile », explique Marie-Thérèse De Ona, principale du collège Bellevue. Au final, le déplacement, assuré par des navettes gratuites, n’excède pas 35 minutes, soit le temps de trajet moyen d’un collégien de la métropole toulousaine. Concernant l’intégration des élèves, l’équipe pédagogique du collège s’est immédiatement montrée rassurante. « La mixité existait déjà ici depuis longtemps, avec des élèves venus d’une dizaine d’écoles différentes mais aussi notre unité pédagogique pour élèves allophones (dont la langue maternelle n’est pas le français, ndlr) », précise la principale. « Nos enseignants ont l’habitude de gérer des groupes hétérogènes. »

Ce que confirme Valérie Teste, professeure de mathématiques. « Je n’ai pas changé ma façon de travailler ni mes exigences », assure-t-elle. « Le fait d’avoir des classes de 25 élèves seulement – dont six enfants de la Reynerie – et qu’une heure quotidienne d’aide aux devoirs ait été incluse dans l’emploi du temps (des aménagements prévus par le Conseil départemental et le rectorat, ndlr) nous permet de prendre le temps de gérer les différences et de gommer les inégalités. »
« Au départ, des parents de la Reynerie nous ont rapporté que leurs enfants se sentaient dépassés par les autres élèves », indique Agnès Moueza, présidente du conseil local FCPE de Bellevue. « Mais les enseignants ont su encourager et faire preuve d’indulgence. Dans leur majorité, les parents sont satisfaits du dispositif. »

Celui-ci se poursuivra d’ailleurs comme prévu à la rentrée prochaine pour les élèves rattachés au collège Badiou. En revanche, les élèves de CM2 qui dépendent de celui de Bellefontaine, voué également à être reconstruit dans un secteur plus mixte, ne bénéficieront finalement du même dispositif qu’à la rentrée 2019, « le temps de recruter suffisamment de professeurs dans les six nouveaux établissements d’accueil », précise-t-on au cabinet du président du Conseil départemental.

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