Les Stylos rouges, symbole de la contestation enseignante

Dans la veine des Gilets jaunes, le mouvement des Stylos rouges a relayé la colère des enseignants sur les réseaux sociaux pour s’organiser en dehors des syndicats et se faire entendre. À Toulouse, un groupe Facebook rassemble 670 membres et appelle à manifester le 30 janvier.

Les Stylos rouges, symbole de la contestation enseignante
©DR

« La plupart des enseignants sont démoralisés, il règne comme une forme de lassitude à faire des grèves sans que les choses ne changent », raconte Antoine, 36 ans, professeur de mathématiques, dans un lycée de Castres. Depuis peu, il fait partie des Stylos rouges. Ce mouvement, inspiré des Gilets jaunes, réunit les instituteurs et les professeurs en colère sur les réseaux sociaux et dans la rue.

Au-delà des griefs sur la nouvelle réforme du lycée et les évaluations de CP et CE1 « déconnectées de la réalité », tous revendiquent de meilleures conditions de travail et la valorisation de leur métier. « Après quatre ans et demi d’ancienneté et un bac+5, je suis payée 1 700 € nets par mois », explique Aurélie qui enseigne à Bagatelle depuis un an, en zone d’éducation prioritaire renforcée (REP+). Les Stylos rouges réclament une augmentation de leur salaire et un dégel du point d’indice, identique depuis 2010.

Des profs et des instits en colère

« Les Français pensent que nous travaillons 8 heures par semaine pendant six mois », raconte Aurélie. En moyenne, cette maîtresse enchaîne 50 heures hebdomadaires pour sa classe de 12 élèves en CE1. Il faut préparer les cours, rencontrer les parents, corriger et surtout adapter les cours à chaque classe. « Nous ne récitons pas bêtement le programme », poursuit-elle.

Un travail invisible pas forcément facilité par les manques de moyens. « L’État veut défiscaliser les heures supplémentaires pour ne pas embaucher », assure de son côté Antoine qui enseigne à 35 lycéens.

Difficultés auxquelles s’ajoute la restauration du jour de carence en janvier 2018. Les fonctionnaires ne sont rémunérés qu’à partir du deuxième jour d’arrêt maladie. « Des collègues malades ne s’arrêtent plus pour ne pas perdre un jour de salaire », explique Aurélie.

En accord avec les syndicats

« Nous les avons rencontrés samedi pendant deux heures », explique Guy-Éric Jacquet, co-secrétaire départemental de Sniupp-FSU (Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et du collège). Pour le premier syndicat des enseignants dans le premier degré, les Stylos rouges reprennent la plupart de leurs revendications. « Nous échangeons pour savoir comment s’associer dans les actions », assure-t-il.

Pourquoi une mobilisation à part ? « Les syndicats ont perdu du pouvoir, des moyens d’action notamment à cause du délai de 48 heures pour déclarer une grève. Nous voulons fédérer plus de collègues, mais pas nous substituer à ces organisations », précise de son côté Aurélie, enseignante à Bagatelle.

Le mouvement n’en est qu’à ces balbutiements. Les professeurs de collège et de lycée se rejoignent pour manifester ce jeudi 24 janvier. Le 30, les Stylos rouges, instituteurs et professeurs, corrigeront leurs copies devant le rectorat pour montrer le travail qu’ils fournissent. « La rage monte, mais nous ne nous mobilisons pas que pour notre salaire. Pour les enfants et les parents aussi », conclut Antoine.

Brice Bacquet

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