Le RDV du Belvédère : un débat sans concessions !

table belvedere vue d ensemble

Explosif. C’est un mélange détonant que le JT a provoqué à la Table du Belvédère. Entre l’humoriste Jean-Jacques Cripia, la présidente du CRIF Midi-Pyrénées Nicole Yardeni et le cofondateur de la Mêlée numérique Édouard Forzy… Chacun a apporté son grain de sel (voire son piment) au débat. Le résultat est fort en goût…

Par Coralie Bombail et Séverine Sarrat

 

Jean-Jacques Cripia arrive le premier au huitième étage de la tour du Belvédère. Motard (seulement l’été), il a tracé entre les voitures de Grenade à Toulouse pour être à l’heure. Il s’installe, tout sourire, autour de la table. Mais on remarque d’emblée sa grosse bague en tête de mort et son foulard assorti. Le ton est donné : l’homme va osciller entre blagues potaches et humour au vitriol… En face de lui, Édouard Forzy arrive sur la pointe des pieds mais ne tarde pas à se détendre avec les premiers amuse-bouches, accompagnés d’un vin blanc. C’est d’ailleurs au tintement des verres apéritifs que Nicole Yardeni fait son apparition. Tout le monde est là, prêt à débattre. L’affaire Bygmalion qui secoue l’UMP est le premier thème soumis à nos convives. Les mises en examen de trois anciens cadres du parti (dont Éric Cesari, surnommé l’”œil de Sarkozy”) jettent toujours plus de suspicions sur le parti et ses anciens dirigeants. Alors que l’étau semble se resserrer autour de Nicolas Sarkozy, tout le monde joue au sourd-muet à l’UMP. Personne n’entend rien, personne ne dit rien. Et nos invités, qu’en pensent-ils ? « Je ne suis pas sûr que ça intéresse beaucoup de monde, tranche Jean-Jacques Cripia. Les militants UMP ont été spoliés, certes, mais Sarko dérange même dans son camp. Qui a intérêt à ce qu’il revienne ou pas ? », s’interroge l’humoriste, qui juge cette question « peu intéressante ». Nicole Yardeni abonde dans son sens : « Cela baisse le niveau du débat public, on peut en parler mais pas sur le ton de l’hystérie. Et on ferait mieux de s’intéresser à ce qu’a fait Valls à Londres pour la France (en visite lundi dernier pour expliquer les réformes qui favorisent la compétitivité des entreprises françaises, ndlr). Je ne suis pas pro-Valls, poursuit-elle, mais il faut aussi voir les tentatives qui visent à améliorer les choses. »

« La démocratie n’existe plus que dans The Voice »

Bref, un non-événement pour nos invités. « Ça passe après le dernier match de Guingamp pour moi », lance Jean-Jacques Cripia. Nicole Yardeni soulève tout de même « la question de la ploutocratie » (système politique dans lequel la puissance financière est prépondérante, ndlr). Cela pose également la question de la force de l’opposition avec un parti empêtré dans des affaires judicaires. « C’est fini le temps où il y avait une opposition et une majorité », tranche Édouard Forzy. « La démocratie n’existe plus que dans The Voice », surenchérit Jean-Jacques Cripia. Quant au retour de Nicolas Sarkozy : « S’il va en prison, il aura du mal à revenir », ironise le fondateur de la Mêlée numérique, qui n’est visiblement pas féru de politique politicienne.

« Il faut éduquer au numérique, sinon on tombe dans l’obscurantisme et la barbarie »

Le prochain sujet va toucher une problématique qu’il maîtrise bien. L’assassinat du guide français Hervé Gourdel en Algérie, filmé et diffusé sur le web, axe le débat sur les dérives du numérique. « Internet permet de tout diffuser, le pire comme le meilleur, constate-t-il. Il faut éduquer au numérique, sinon on tombe dans l’obscurantisme et la barbarie. » Pour Jean-Jacques Cripia, il y a surtout un effet de « banalisation sur le web, on ne voit plus la différence entre la réalité et la fiction, entre ces images et un film d’horreur.» Sur le fond de cette affaire, Nicole Yardeni s’inquiète de voir « des outils de guerre dans les mains d’acteurs non-étatiques, les règles de la guerre ont changé et il faut analyser différemment ces conflits qui ne peuvent pas être gagnés. » Que faire alors contre ces groupes disséminés sur plusieurs territoires ? En l’occurrence, l’Algérie a-t-elle une responsabilité dans cette affaire ? « Le gouvernement algérien est le même depuis 50 ans, en tout cas, c’est le même parti au pouvoir », rappelle Édouard Forzy dont les parents sont originaires de ce pays, « Ils ont laissé l’Algérie s’affaiblir et le manque d’éducation a laissé place à l’obscurantisme. » Nicole Yardeni regrette le laxisme des autorités. Pour l’humoriste, l’heure est grave : « C’est la décapitation de l’Occident que nous avons vu », alerte-t-il, en proposant une solution atypique contre les groupes extrémistes : « On les voit toujours dans des pick-up Toyota aux informations, il n’y a qu’à demander à Toyota de mettre des traceurs sur ses voitures… Faut faire simple ! »

« Valérie Trierweiler sait que Ségolène Royal est plus intelligente qu’elle »

Les esprits sont échauffés. Alors que les desserts arrivent, nous mettons sur la table le dernier sujet du débat : après Cécile Duflot et Valérie Trierweiler, Aquilino Morelle (ancienne plume de François Hollande, qui a démissionné en avril dernier) prévoit de sortir un livre sur les coulisses du pouvoir à l’Élysée. « Ça peut saigner », a-t-il prévenu au Nouvel Observateur. « C’est vraiment tirer sur une ambulance, réagit tout de suite Jean-Jacques Cripia avant de tempérer : Ça a toujours existé, on a rien inventé. » Édouard Forzy s’interroge : « Comment il peut perdre le contrôle de tous ces gens ? » Nicole Yardeni répond : « Ils n’ont pas peur. Machiavel disait qu’il valait mieux être craint qu’être aimé… » Pour elle, tout est question d’égo : « Valérie Trierweiler sait que Ségolène Royal est plus intelligente qu’elle, au moins dans l’exercice du pouvoir… Quel pouvoir avait-elle, elle, à part écrire des articles ? C’est comme Aquilino Morelle, il a un égo qui ne passe pas la porte ! » Et Cécile Duflot ? « C’est l’exemple même de la mauvaise politique, attaque à son tour Édouard Forzy. Pourquoi est-elle restée aussi longtemps dans le gouvernement. Elle n’a pas de convictions, c’est une fausse écolo. » Après avoir habillé tout le monde pour l’hiver, la conversation se radoucit quelque peu. « Le “tous pourris” est dangereux, prévient Nicole Yardeni, tout comme la transparence absolue. C’est totalitaire et très orwellien : “Big Brother is watching you.” » Jean-Jacques Cripia porte le coup fatal : « Les gouvernements Hollande et Sarko ne nous ont apportés que du malheur. La transparence, ce serait de guillotiner les 25 derniers ministres ! » Les humoristes ont la chance de pouvoir tout dire ou presque… Nicole Yardeni ne peut s’empêcher de penser à Dieudonné, mais ça, c’est un autre débat.

 

Mini-bio :

Nicole Yardeni :Présidente du Conseil Représentatif des Institutions juives de Midi-Pyrénées depuis 7 ans, elle a toujours été militante pour défendre la cause de cette communauté. Née d’un père allemand et d’une mère d’origine polonaise, elle reste persuadée que ses racines sont la base de « sa façon de penser ». Dentiste depuis 31 ans, comme son père et son grand-père, elle partage son temps entre son cabinet et son engagement au CRIF.

 

Jean-Jacques Cripia : Fondateur du Duo des non en 1989, l’humoriste enchaîne les représentations avec ses acolytes et présentera notamment “La Petite prison dans la mairie” au Casino Barrière lors du Printemps du rire. De front, il mène une carrière en solo qu’il souhaite développer après l’arrêt de son émission sur Sud Radio.

 

Édouard Forzy : Après avoir évolué dans de grands groupes et vu débarquer Internet sur nos ordinateurs, il décide de fonder sa propre entreprise spécialisée dans les usages du web. Rapidement, il s’aperçoit que les utilisateurs ne maîtrisent pas l’outil et créé la Mêlée numérique, association fédératrice d’acteurs de l’économie numérique.

 

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