[DOSSIER] Ces voisins qui nous veulent du bien

Taper le mot “voisin” dans la rubrique actualité d’un célèbre moteur de recherche est un coup à raser définitivement les murs de son immeuble. Sans aller jusqu’aux faits divers sordides, le voisin, surtout en ville, est davantage devenu synonyme de nuisance que de convivialité. Pourtant, à l’instar de la Fête des voisins qui se tient le 25 mai, les initiatives présentées dans nos pages témoignent qu’il suffit souvent d’un pas ou d’un coup de pouce, même numérique, pour oser découvrir ces étrangers qui vivent à nos côtés. Et recréer des liens propices à l’entraide. Alors, passe le message à ton voisin !

Volets immeuble
©Daniel Fazio

« Je ne connais pas, ou très mal, mes voisins. » C’est le cas de 65 % des actifs urbains selon un sondage OpinionWay réalisé en 2012. Car même si la proximité géographique est, par définition, facteur de lien social, ce dernier semble souvent occulté, notamment en ville.

L’aire urbaine est particulièrement sensible à ce phénomène car les modes de vie qui s’y développent, favorisent grandement le ‘’chacun chez soi’’. D’abord par manque de temps, estime Hélène L’Heuillet, maîtresse de conférence en philosophie à Sorbonne Université et auteure de ‘’Du voisinage – Réflexions sur la coexistence humaine’’, paru aux éditions Albin Michel. « De plus en plus, le temps nous est compté. Nous sommes toujours pressés. Et les discussions entre voisins, ça met en retard », observe-t-elle.

« Nous avons dressé des barrières entre nous, au sens propre comme au figuré »

Ensuite, parce que les espaces communs où l’on pouvait se rencontrer au sein même des immeubles ont disparu : « Les conciergeries et les loges des gardiens incarnaient ces lieux, ils faisaient le lien entre les résidents et il était normal d’entretenir des relations avec eux », poursuit la philosophe.

Enfin, ses études ont amené l’experte à constater que l’avènement d’Internet a contribué à la dégradation des relations humaines réelles. Il s’agit pour elle d’une vraie concurrence entre les réseaux physiques de sociabilité et les réseaux virtuels. « Aujourd’hui, un e-mail suffit à garder un lien familial ou amical, on ne recherche plus le contact direct. Pourtant, rien ne remplace un rapport authentique. Une main sur l’épaule apaise plus que la réception d’un message électronique », précise Hélène L’Heuillet.

« Un e-mail suffit à garder un lien familial ou amical, on ne recherche plus le contact direct »

De multiples facteurs qui génèrent un véritable anonymat urbain. S’il n’est pas nouveau, et parfois même recherché, ce phénomène tend à s’accroître et à se propager au milieu rural. « Les gens ne passent plus les uns chez les autres à l’improviste pour prendre des nouvelles ou en donner, ils ne se retrouvent plus le soir sur les places publiques pour échanger, ils préfèrent désormais rester chez eux pour regarder la télévision ou surfer sur Internet », lance la philosophe. Ce qui était donc propre au milieu urbain il y a quelques années s’étend aussi aux villages. La principale raison : la peur de déranger. 33 % des Français affirment qu’il s’agit d’un frein à leurs relations de voisinage, selon un sondage ViaVoice édité en 2014.

Aucune strate de la société n’est épargnée par cette individualisation qui gagne du terrain au détriment de l’entraide et de la convivialité. « Au fil du temps, nous avons dressé des barrières entre nous, au sens propre comme au figuré », juge Hélène L’Heuillet, qui détecte pourtant le frémissement d’un retournement de situation. Les gens recommencent à chercher le contact, mais attendent souvent un déclic « qui vient notamment avec les enfants ». « Eux ont moins de pudeur et n’hésitent pas à aborder le voisin, à jouer avec lui. Les parents suivent », s’aperçoit la philosophe. Un premier pas et une tendance illustrés par le nombre toujours croissant de personnes qui participent à la Fête des voisins (+10% entre 2010 et 2014, d’après le sondage ViaVoice) ou deviennent membres actifs de leur association de quartier.

Infog pour le web
DR


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