J’ai testé… les soldes écoresponsables

©Franc Alix
©Franc Alix

 

CONVERSION. Quand on évoque le concept du bio, du naturel ou de l’écoresponsable, on pense d’emblée aux aliments et à l’agriculture biologique. Plus rarement à sa garde-robe. Surtout en cette période de soldes, synonyme de tentations et de bonnes affaires. Est-il si compliqué de faire virer son dressing au vert ? J’ai décidé de relever le défi. 

// Lucie Paimblanc

Étape 1 : La polluante industrie de la mode

« De la production du coton à la commercialisation d’un jean, 11 000 litres d’eau auront été nécessaires », m’alerte Isabelle Quéhé, la fondatrice de l’association Universal Love. « Chaque phase de production du vêtement nécessite des produits chimiques : un lourd impact sur la population, qui y est directement exposée, et sur l’environnement. Il faut aussi savoir que, dans les pays où sont confectionnés la plupart des vêtements, les ouvriers n’ont ni protection sociale, ni droit du travail. » Devant les vitrines des grandes enseignes couvertes de panneaux ‘’Soldes’’, j’ai un peu de mal à déglutir en repensant à ces informations. Il me reste à savoir comme m’y prendre pour voter avec ma carte bancaire.

Étape 2 : Décrypter les étiquettes

Pour savoir à quelles marques je peux donner ma confiance, je fais appel à Eloïse Moigno, fondatrice d’une plateforme d’information sur la mode éthique, sloweare.com« Je conseille de regarder les étiquettes. Où a été fait le vêtement ? Est-il labellisé ? Et pour s’assurer que la marque est transparente, pourquoi ne pas la questionner via Internet ou le revendeur ?», détaille cette modeuse éthique. « Préférez les vêtements en matière naturelle et bio, voire recyclée. Enfin, pour avoir une démarche globale et cohérente, on peut se tourner vers les friperies sociales et solidaires. » Dès lors, je dis adieu à toutes les grandes enseignes et les magasins de luxe figurant sur la liste noire des marques opaques sur la confection de leurs vêtements.

Étape 3 : Penser seconde-main

Donner une seconde vie à mes vêtements, je n’y avais pas vraiment pensé avant. Je commence donc par faire un tri dans ma garde-robe et amener ce que je ne porterai plus chez Emmaüs. Ici, les prix sont imbattables avec du -50% pendant les soldes. De plus, « Emmaüs Agir crée des emplois en réinsertion, des contrats de deux ans en vente et en tri, pendant lesquels les personnes sont accompagnées dans leur projet professionnel », m’explique l’assistante de direction, Zou Laplace. Associés à un t-shirt en plastique et coton bio recyclés, mon sac en fibre naturelle et mon jean vintage ne passent pas inaperçus. Le pari de la fripe jolie est gagné !

Étape 4 : Acheter local et artisanal

Chez les créateurs locaux, je trouve de la décoration, des bijoux, des accessoires, quelques vêtements, de la vaisselle en céramique… Impossible de craquer sur tout, d’autant que les prix sont bien éloignés des -70% des grandes enseignes. « On ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable », recadre Élodie Marville, créatrice de Sacadidie que je rencontre à l’atelier-boutique Böw. « Les petits créateurs font des micro-séries voire de la pièce unique et passent beaucoup de temps sur la conception des produits, tout cela a un coût. À travers nos prix, on valorise chaque étape de la fabrication, et on fait vivre des savoir-faire français. » En résumé, j’apprends à investir dans la qualité et dans les emplois locaux : une veste intemporelle, des savons artisanaux sans produit toxique et des bijoux qui me font fondre.

Étape 5 : Renoncer, c’est encore mieux

Sur Internet, je trouve plusieurs marques transparentes et engagées. Leurs vêtements m’attirent mais ne sont pas soldés. Intriguée, je pose la question à l’une d’elles : La Révolution Textile, lancée à Toulouse par Myriam Underwood. « Je travaille le lin avec des usines labellisées Oeko Tex et cela a un coût non négligeable. Si je baisse mes prix, je ne rentre plus dans mes frais car ma marge est déjà compressée au maximum… Selon moi, le système actuel de la mode est dangereux : des enseignes qui proposent six collections par an, des vêtements d’été en rayon en janvier et soldés en juillet… Tout cela pousse à la surconsommation et au gaspillage des ressources. » Finalement, être écoresponsable et faire les soldes m’apparaît antinomique. Plutôt que de viser la quantité, je me tourne désormais vers la qualité et la beauté des vêtements faits dans le respect de la nature et des humains. En quelques mois seulement, ma garde-robe a changé de visage. Pour mon plus grand bonheur !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire !
Veuillez entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.