mardi 1 décembre 2020
Economie Pôle de compétitivité : un désengagement amorcé par l’Etat

Pôle de compétitivité : un désengagement amorcé par l’Etat

Financement. Discuté actuellement au Parlement, le projet de loi de finances prévoit une baisse de 30% des crédits versés aux pôles de compétitivité. Alain Guichoux, directeur général d’Agri Sud-Ouest Innovation, pôle toulousain spécialisé dans l’agriculture et l’agro-industrie, réagit à cette annonce.

 

Alain Guichoux, l’Etat envisage de baisser les crédits alloués aux pôles de compétitivité de 30%. Quelle est la nature de ces crédits ?

Effectivement, ces crédits devraient passer de 17 à 11 millions d’euros. Cependant, nous avons espoir que la baisse soit plus faible que prévue, suite aux discussions à l’Assemblée. Ici, nous ne parlons que des crédits de fonctionnement accordés aux pôles par la DGE (Direction générale des entreprises) qui dépend du ministère de l’Economie et de l’Industrie. Je précise que les pôles ont un statut associatif et qu’ils dépendent ainsi des cotisations de leurs adhérents et de crédits d’animation délivrés par l’Etat et les collectivités locales. Tout ceci permet d’assurer le fonctionnement du pôle, de rémunérer les équipes notamment. Ce que l’Etat a annoncé, c’est bien une baisse des crédits de fonctionnement, d’environ 3 millions d’euros au niveau national (5 millions initialement).

 

Concernant  Agri Sud-Ouest Innovation, comment se répartit votre budget ?

Nous avons un budget de fonctionnement d’1.4 million d’euro. 53% de ces revenus sont liés à des cotisations ou à d’autres sources de financement privé , le reste étant issu de soutien s de l’Etat, de la Région, de l’agglo et autres collectivités locales.

 

Au vue de cette répartition, à quel point cette baisse de 30% impacterait Agri Sud-Ouest Innovation ?

À court terme, nous ne serions pas trop impactés car nous dépendons du ministère de l’Agriculture qui, lui,  n’a rien annoncé de tel pour 2015. Par contre, nous restons vigilants et surtout solidaires des autres pôles car cette baisse a été annoncée au moment où beaucoup d’entre eux avaient bouclé leur budget. Concrètement, cela pose des problèmes de rémunération du personnel et des difficultés pour assurer les missions inhérentes aux pôles de compétitivité. Je pense donc qu’à moyen terme, des emplois pourraient être en jeu.

 

Vous préparez-vous quand même à la possibilité que le ministère de l’Agriculture annonce également une baisse de ces crédits ?

On assiste globalement à une régionalisation des aides et des politiques industrielles, il est donc légitime de penser que la part des crédits de fonctionnement liée  aux collectivités territoriales risque d’augmenter au détriment de la part de l’Etat. Il faut être de moins en moins dépendant des aides étatiques. À Agri Sud-Ouest, la contribution de l’Etat s’élève à 130 000 euros et les Régions Midi-Pyrénées et Aquitaine injectent chacune 100 000 euros.

 

Cette mesure présuppose donc le retrait de l’Etat du financement des pôles de compétitivité ?

Certes, l’Etat maintient son soutien au dispositif de développement de l’innovation dans les entreprises, mais il existe un risque de transfert des crédits de fonctionnement de l’Etat vers d’autres structures, en particulier les Régions, suite à la réforme territoriale. Normalement, de nouvelles missions confiées à ces collectivités appellent un transfert de crédits mais nous ne sommes sûrs de rien. Pour que tout se passe bien, il faudrait que les Régions compensent le désengagement de l’Etat, mais…

 

Avez-vous pensé à d’autres moyens de financement  ?

Nous allons augmenter nos revenus issus du privé en élargissant le nombre d’adhérents qui sont aujourd’hui 319.  À nous de prouver qu’on peut leur apporter quelque chose et qu’ils font un bon investissement en nous rejoignant. En revanche, nous ne cherchons pas d’investisseurs privés car notre statut associatif ne nous positionne pas dans une logique d’entreprise ayant pour objectif de faire du profit.

 

Comprenez-vous toutefois la proposition du gouvernement qui cherche à réaliser de nouvelles économies ?

Je comprends que nous ayons besoin de faire des économies, mais je regrette le calendrier choisi. En outre, on observe un consensus quant à l’utilité des pôles de compétitivité qui restent un bon dispositif permettant de développer l’innovation, de créer des liens entre le monde de l’entreprise et les laboratoires. Ils sont un soutien à l’économie pour créer de la valeur ajoutée et donc des emplois. On peut consentir à un effort pour l’économie du pays mais en y insérant un peu plus de concertation et surtout d’anticipation. Là, l’effort demandé est trop rapide !

 

 

 

Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.

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