jeudi 3 décembre 2020
Economie Les anges battent de l’aile ?

[Economie] Les anges battent de l’aile ?

Investissement. L’Université d’Automne de France Angels a eu lieu la semaine dernière à Toulouse. L’occasion pour Jean Pendanx, président du réseau local Capitole Angels, de dresser un état des lieux et d’établir un bilan des financements régionaux.

 

Jean Pendanx, l’Université d’Automne de France Angels vient de s’achever, quels sujets ont été abordés ?

Cet événement est l’occasion de réunir les 80 réseaux de France et de leur présenter le baromètre des Business Angels. Et la tendance est plutôt tiède, le moral n’est pas à l’optimisme. Nous avons également échangé sur un certain nombre de thématiques notamment celui du positionnement des Business Angels dans le monde numérique et en particulier sur la French Tech (communauté des acteurs du numérique en France, ndlr), et les retours sur les investissements effectués. Ce dernier thème traitait de la difficulté qu’ont les Business Angels à récupérer l’argent placé dans des projets entrepreneuriaux.

 

Le retour sur investissement est donc un problème récurrent pour les Business Angels, les causes en sont-elles identifiées ?

Les raisons sont multiples. Certaines nous sont propres, il s’agit là de choix de dossiers pas toujours judicieux. Lorsque nous investissons au capital d’une entreprise, nous expliquons au dirigeant que nous sommes présents pour l’aider au démarrage mais qu’un jour nous souhaiterons avoir un retour sur l’investissement. Nous avons alors plusieurs options : soit le dirigeant rachète nos parts, soit il vend l’entreprise, ou un nouvel investisseur remplace le Business Angel. Mais souvent tout ne se déroule pas comme prévu ! D’autre part, la société peut mourir, et pour finir, le contexte économique ne nous aide pas. Chaque année, les Business Angels soutiennent 400 entreprises en France, dont 4 en Midi-Pyrénées (24 depuis la création de Capitole Angels il y a 7 ans), et seules 8 % génère une sortie d’argent. Dans notre région, nous ne sommes pas parvenus à récupérer de fonds pour l’instant. Même si nous ne sommes pas là pour gagner forcément de l’argent, nous ne souhaitons pas en perdre non plus ! La question est importante, car elle initie un sentiment de doute chez les potentiels investisseurs.

 

Plus précisément, pour Capitole Angels (réseau Midi-Pyrénées), quelles sont les perspectives ?

Nous souhaiterions investir une enveloppe globale d’un millions d’euros par an, mais aujourd’hui ce n’est pas le cas. L’association regroupe 75 adhérents sur Midi-Pyrénées, dont 65 à Toulouse. Notre objectif est d’atteindre la centaine de membres en expliquant aux investisseurs qu’aider une jeune entreprise à se développer est une belle histoire et que notre territoire a besoin de telles initiatives. Mais de nombreux paramètres ont complexifié la situation. D’abord parce que le contexte économique complique les choses, ensuite parce que la fiscalité 2012 nous a fait très mal et enfin, parce qu’une concurrence réelle est apparue, notamment le “crowdfunding” (financement participatif) ou les fonds d’amorçage publics. Malgré tout, Capitole Angels est maintenant bien intégré dans le paysage et l’écosystème régional. Nous recevons une centaine de dossiers par an et en retenons cinq.

 

Comment alors promouvoir votre mouvement des Capitole Angels, lorsque les prévisions sont aussi pessimistes ?

La majorité des adhérents de notre association sont attachés à leur territoire et souhaitent, après s’être réalisés professionnellement et avoir gagné de l’argent, soutenir de jeunes entreprises plutôt que de laisser dormir leur épargne sur un compte ou de le placer sur un produit de défiscalisation quelconque. Capitole Angels a investi 4,5 millions d’euros depuis ses débuts, dont un tiers est définitivement perdu. Je pense donc réellement que l’appât du gain est secondaire, car ceux qui investissent peuvent tout perdre. De plus, il est intéressant d’avoir un aperçu des projets régionaux, passionnant de les suivre et de les faire évoluer et grisant de transmettre son expérience et son réseau pour perpétuer la fibre entrepreneuriale. Il s’agit de l’intérêt général.

 

 

Le + : Baromètre national Business Angels

  • Situation dégradée de l’activité des Business Angels en nombre de projets proposés ou en montants investis.
  • Baisse du nombre de projets financés, représentant 50 % contre 27 % envisagés lors des projections pour le 1ersemestre.
  • Progression du nombre de Business Angels au sein des réseaux.
  • Nombre d’entreprises financées en cessation d’activité en hausse notable.
Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.

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