samedi 4 décembre 2021

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[Eco] Frédéric Sanguignol : « Nous ne supporterons pas une nouvelle baisse des tarifs »

Urgence. Le projet de Loi de Santé provoque l’incompréhension au sein des cliniques privées qui se disent aujourd’hui menacées. Baisse des tarifs, augmentation des charges, Frédéric Sanguignol, président de la Fédération de l’hospitalisation privée de Midi-Pyrénées, explique pourquoi ces établissements sont inquiets.

 

Frédéric Sanguignol, pourriez-vous faire un rapide état des lieux des établissements hospitaliers privés en Midi-Pyrénées ?

La Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) regroupe l’ensemble des établissements privés de la région, c’est-à-dire 60 cliniques, tous secteurs confondus. Ces structures emploient 12 000 salariés (personnels soignant et administratif) et 2 500 médecins, essentiellement des libéraux. En parallèle, environ 1 000 entreprises partenaires, qui représentent quelque milliers d’emplois locaux indirects, assurent l’entretien (plomberie, maçonnerie…).

 

Aujourd’hui, la FHP tire la sonnette d’alarme, quelle en est la raison ?

On observe un effet ciseaux : d’un côté nos tarifs, fixés par l’Etat, baissent depuis trois ans (4% en moyenne), dont une chute terrifiante l’an dernier de 2.5% (4.4% cette année pour les établissements de dialyse), ce qui représente pour certains gros établissements toulousains des pertes d’un million d’euros de chiffre d’affaires. Par exemple, le directeur de la clinique Pasteur (environ 400 lits) a annoncé avoir perdu 7 millions d’euros sur ces trois dernières années. Nous sommes ainsi revenus aux tarifs de 2008-2009. Parallèlement, nos charges ont progressé, de près de 10% en trois ans. Nous sommes dans un étau et craignons que les discussions qui ont lieu en ce moment sur la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2016 n’aboutissent à une nouvelle baisse de tarifs que l’on ne supportera pas.

 

Plus les cliniques sont importantes et plus elles perdent de chiffre d’affaires, les gros établissements sont-ils alors plus en danger que les autres ?

Tous le sont car les cliniques n’ont pas un rendement important. Aujourd’hui, leurs capacités d’investissement (10 à 15% des chiffres d’affaires en moyenne) se réduisent, voire sont gelées, et les perspectives d’emploi sont extrêmement inquiétantes. Alors que notre secteur est habituellement dynamique (4 000 postes créés il y a deux ans en France), nous n’avons pu embaucher que 500 personnes l’année dernière et j’ai bien peur qu’avec une nouvelle baisse, l’on passe à 0. Et des non-remplacements de départ en retraite sont envisagés. Nos structures gèrent déjà les deniers publics de façon extrêmement serrée puisque que les cliniques de Midi-Pyrénées prennent en charge 50% des patients avec 25% des financements hospitaliers régionaux.

 

Quelles sont les ressources d’une clinique privée ?

Celles de l’assurance maladie essentiellement, autrement dit ce que paie l’Etat pour les prestations, les soins que nous donnons, et, ce que l’on appelle les recettes annexes comme le paiement d’une chambre particulière… qui devraient être utilisées pour améliorer la prise en charge, les plateaux techniques, l’innovation, la rénovation des établissements, la formation des personnels… Mais, aujourd’hui, le soin n’étant pas financé par l’assurance maladie dans sa totalité, aucune clinique ne serait bénéficiaire s’il n’y avait pas de recettes annexes.

 

« Nous sommes au bout des efforts que nous pouvons consentir »

 

Alors le cas de Midi-Pyrénées est-il particulier ?

Il est spécial car nous prenons en charge, chaque année, 50% des patients de la région, soit 800 000 personnes, ce qui n’est pas le cas ailleurs. Ces patients nous choisissent mais si nos tarifs continuent à baisser, ils n’auront plus le choix. C’est aussi pour cela que nous nous battons : le maintien d’une alternative à l’hospitalisation publique, un système de santé pluraliste.

 

Il est également question de retirer les autorisations de services d’urgence à certaines cliniques…

C’est effectivement prévu par la Loi de santé. Ces missions de service public ne seraient données qu’aux établissements ne disposant pas de praticiens pratiquant des dépassements d’honoraires. Je rappelle que c’est l’Etat qui a donné, par convention, aux praticiens libéraux cette possibilité pour compenser la non-revalorisation de leurs actes et qui aujourd’hui, retire la mission de service public parce qu’ils le mettent en œuvre ! Les urgences représentent quand même jusqu’à 30% de l’activité dans certaines cliniques. Cela aurait donc de réelles conséquences.

 

Ainsi, quelles sont vos revendications ?

Nous demandons le maintien de la liberté du choix du patient mais aussi la reconnaissance de nos établissements dans le système de santé. De même, nous souhaitons une revalorisation de nos ressources pour assumer ne serait-ce que l’augmentation de nos charges, l’inflation. Aujourd’hui, nous n’avons aucune visibilité au-delà d’une année. Nous voulons aussi que nos députés et sénateurs de Midi-Pyrénées se saisissent du sujet. Enfin, le Premier ministre a annoncé une Conférence nationale de santé le 11 février prochain, soit après le vote de la loi. Ainsi nous demandons de pouvoir discuter de ces sujets à l’occasion de cet événement et qu’ensuite la loi soit votée en fonction de la démocratie sanitaire qui se sera exprimée. Nous sommes au bout des efforts que nous pouvons consentir et si une nouvelle baisse des tarifs est annoncée, un certain nombre d’établissements vont se trouver en grand péril.

 

 

 

 

 

Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.
 

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