[Dossier] Vaccination : « Il manque un juste équilibre »

LE VRAI DU FAUX – Pour la journaliste Lise Barnéoud, si l’extension de l’obligation vaccinale n’est pas directement liée à d’éventuelles pressions des laboratoires pharmaceutiques, elle résulte en revanche d’une culture très ancrée dans le monde scientifique français qui nécessiterait une remise à jour.

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Difficile d’y échapper. Parmi les arguments des opposants au passage à 11 vaccins obligatoires depuis le 1er janvier, figure en bonne place la crainte de pressions exercées par les lobbies de l’industrie pharmaceutique.

« Ces lobbies existent et sont puissants. L’inquiétude est fondée car des conflits ont été avérés notamment autour du vaccin contre l’hépatite B avec des condamnations à la clé dans les années 1990. Il y a eu également des soupçons en 2009 concernant celui du H1N1 avec des clauses de contrats assez surprenantes même si l’on pouvait aussi y voir de la précipitation. Mais de mon point de vue, la récente décision du gouvernement ne résulte pas des mêmes ressorts.J’y vois plus une peur d’être accusé en cas de décès évitables », avance Lise Barnéoud, journaliste scientifique, auteure du livre “Immunisés ? – Un nouveau regard sur les vaccins”.

Elle a fait le calcul, la plupart des nouveaux vaccins imposés étant déjà largement répandus. A moins d’une forte augmentation des prix, les gains pour les laboratoires les fabriquant seraient infimes, de l’ordre de 0,4 % de leur chiffre d’affaires. La France représente, en outre, un tout petit marché pour ces derniers. Si le changement de législation ne va finalement pas bouleverser les pratiques à l’œuvre en termes de vaccination, c’est le caractère obligatoire qui pose question.

Plutôt favorable de manière générale aux vaccins, la journaliste regrette la méthode employée : « De toute façon, la modification de la loi était réclamée par le Conseil d’État qui ne voulait plus de la situation actuelle avec des packs mélangeant vaccins obligatoires et non obligatoires. L’option était soit de lever toute obligation ou au contraire de l’étendre. La décision qui a été prise ne se justifie, selon moi, ni par une diminution des vaccinations ces dernières années, ni par des épidémies. » Devant les nombreuses questions que se posent désormais les parents avant de vacciner leurs enfants et suite aux scandales médicaux concernant le Mediator ou le Levothyrox, le gouvernement aurait donc voulu anticiper la méfiance grandissante des Français.

Victimes de leurs succès, les vaccins n’ont en effet plus la même côte qu’auparavant. « Certaines maladies sont devenues très rares, d’autres ont totalement disparu. Il est difficile de justifier une telle mobilisation devant des maux qui ne sont pas visibles », explique Lise Barnéoud. Si conflit il y a, il serait plus d’ordre philosophique que financier, poursuit la journaliste : « Nous sommes au pays de Pasteur, il existe un mythe du vaccin et encore beaucoup de recherches sur le sujet. Toute une culture paternaliste qui aujourd’hui commence à dater. Mais dans le même temps, les anti-vaccins refusent d’entendre les arguments et sont dans des positions extrêmes. Il manque des lieux d’information neutres pour que règne un juste équilibre sur ce sujet. »

Lise Barnéoud : Journaliste scientifique indépendante. Auteure de plusieurs livres dont “Immunisés – Un nouveau regard sur les vaccins”

Dossier : Vaccination : piqûre de rappel

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