[Dossier] La science se met au service de l’information pour détecter les fake news

RADAR. Face à la désinformation, journalistes et scientifiques ont décidé de s’allier. Plusieurs équipes de chercheurs se sont ainsi associées à des journalistes du “Monde” pour lancer le projet Content Check qui s’appuie sur le traitement massif et automatique de données à l’aide d’algorithmes.

fake news
© Mike MacKenzie

Et si pour lutter contre les fausses nouvelles, le meilleur moyen était tout simplement d’être mieux informés ? C’est à partir de ce constat qu’est né le projet Content Check, piloté par Ioana Manolescu, directrice de recherche à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). « La société actuelle produit de plus en plus de données numériques sur de nombreux domaines de la vie. Ces data bases sont ouvertes et accessibles mais souvent difficiles à exploiter : le but de notre dispositif est de construire des outils de traitement pour faciliter la mise en contexte de sujets abordés dans des articles ou sur les réseaux sociaux », explique l’experte.

Conçu de manière collaborative avec le CNRS, le Laboratoire d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur (LIMSI) et plusieurs universités, le projet consiste à élaborer une plateforme logicielle qui permette, de façon presque automatique, de vérifier un propos tenu dans l’espace public. « La combinaison de l’analyse de texte, de la consultation des bases de données et de la sémantique fournira des informations contextuelles, les plus rapides et les plus pertinentes possibles. On peut par exemple imaginer la diffusion de sous-titres pendant les déclarations des hommes politiques à la télévision, qui récupéreraient les informations d’un organisme tel que l’Insee sur le sujet traité. Cela permettrait instantanément aux spectateurs de se faire une idée sur la véracité du propos, ou d’approfondir son analyse », développe Ioana Manolescu.

Une manière scientifique de repérer les éventuels conflits d’intérêt ou mensonges qui peuvent émailler le débat politique. Pour coller aux mieux aux attentes de la société sur le sujet, l’équipe de chercheurs s’est associée aux journalistes du Monde œuvrant dans le fact checking au sein du blog les Décodeurs. « Leur travail de vérification prend aujourd’hui énormément de temps. Le fait de faciliter la gestion de données pour les journalistes leur permettra de trouver bien plus rapidement des statistiques intéressantes ou de mettre en évidence des liens entre différentes personnes ou entre une personne et une institution. »

Initié en 2012, le projet Content Check est officiellement financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) depuis 2016, pour une durée de quatre ans. Actuellement, la réflexion porte notamment sur le futur usage de la plateforme : « Nous travaillons sur une architecture globale que nous souhaitons rendre modulaire afin que les rédactions puissent l’utiliser selon leurs besoins. En attendant, des algorithmes sont disponibles en open source », explique Ioana Manolescu.
Bien plus qu’un radar à fake news, la plateforme logicielle sur laquelle planchent les chercheurs se veut un outil au service d’une meilleure compréhension de la société, selon son instigatrice : « J’ai vécu sous une dictature jusqu’à mes 14 ans et je sais qu’il est très important d’avoir son mot à dire. Mais la liberté ne sert à rien si l’on ne perçoit pas la conséquence de ses choix. »

Ioana Manolescu est directrice de recherche à l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) et professeur chargée de cours à l’Ecole Polytechnique. Ses travaux de recherche portent sur des outils de gestion efficace de grands volumes de données du Web.

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