[Grand angle] Ces parents qui se battent pour scolariser leurs enfants handicapés

©KevinFiguier
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ÉDUCATION. Faute de moyens, de nombreux enfants souffrant d’un handicap ne peuvent aller tous les jours à l’école. À Toulouse, 600 seraient complètement déscolarisés. Leurs parents qui s’épuisent à chercher des solutions.

Par Enri Ramousset

Il est 15h45 ce lundi 26 septembre. Alexandre, 6 ans, vient de terminer sa septième journée de classe avec une auxiliaire de vie scolaire (AVS). Diagnostiqué autiste à l’âge de 2 ans, il a besoin d’une assistance pour maintenir sa concentration pendant les cours. Pourtant, depuis la rentrée, les deux AVS promis par le rectorat ne sont pas présentes chaque matin à l’école de Gagnac. Heureusement pour lui, et contrairement à l’an passé, la directrice de l’école laisse Alexandre suivre la classe de grande section, même quand il n’est pas accompagné. «Comment savoir ce qu’il écoute vraiment ? Si une coccinelle entre dans la salle, il pourrait la regarder pendant 1h30», soupire sa mère Marjorie Rohaut. «À chaque rentrée c’est pareil, il n’y a pas assez d’AVS.»

Plus d’auxiliaires, mieux formés et mieux rémunérés, c’est ce que le collectif Citoyen Handicap demande au ministère de l’Éducation. «Sur les 9 milliards d’euros dédié au handicap en France, seulement 200 millions vont à l’éducation. 75 000 AVS ont été recrutées quand il en faudrait 250 000», s’insurge Jean-Luc Duval, président du collectif créé en 2013. «On nous a reçus au ministère avec mépris, en niant la situation. Pour eux, les jeunes non-scolarisés sont des dommages collatéraux.»

“75 000 AVS ont été recrutées quand il en faudrait 250 000

Selon l’Éducation nationale, 278 900 enfants souffrant d’un handicap sont allés à l’école à la rentrée 2015. Un effectif qui prend en compte ceux qui sont scolarisés – comme Alexandre – quelques heures par semaine. D’après Citoyen Handicap, la seule académie de Toulouse compterait 600 enfants non scolarisés. «Un jeune qui ne va pas à l’école n’a pas d’avenir», s’attriste Jean-Luc Duval, lui-même père de deux garçons autistes, « Nous demandons à ce que la loi (du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation de la citoyenneté des personnes handicapées, ndlr) soit appliquée.»

Ces situations plongent aussi certains parents dans la précarité. «Il est impossible de payer nous-mêmes un auxiliaire. Mon mari est au Smic et je ne peux pas trouver un travail à plein temps car cela m’empêcherait de m’occuper de mon fils», s’alarme Marjorie Rohaut. Face à une administration impuissante, il ne reste à ces parents que la médiatisation. Quand elle apprend en mars 2014 que son fils n’aura pas d’AVS pour terminer l’année, une autre maman, Estel Ast, grimpe dans une grue sur les allées Jean-Jaurès et menace de s’en jeter. «Depuis, mon fils est scolarisé 20 heures par semaine», explique-t-elle. «C’est aberrant d’en arriver là pour que nos enfants aillent à l’école.»

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