lundi 10 mai 2021

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Enfants maltraités : des boîtes aux lettres pour libérer la parole

La maltraitance infantile est un combat de tous les jours pour l’association nationale Les Papillons. Afin de lutter contre ce fléau, cette dernière développe un dispositif unique en France : des boîtes aux lettres. Sarah Kedi, référente Haute-Garonne explique leur importante aux côtés de Maître Myriam Guedj Benayoun et d’Isabelle R. victime dé pédophilie. Rencontres…

Sarah Kadi, référante de l’association Les Papillons en Haute-Garonne aux côtés de Maître Myriam Guedj Benayoun et Isabelle R. ©LucieLescastreyres

Le silence, la colère, l’emprise, le harcèlement scolaire… Leurs épaules frêles supportent ces fléaux. En France, un enfant sur cinq est victime d’inceste et un enfant sur quatre meurt tous les jours sous les coups de ses proches. Sans compter les 7 000 enfants victimes de harcèlements scolaires. Des chiffres poignants pour lesquels se bat l’association Les Papillons. Laurent Boyet est le président et le fondateur de cette dernière. Il avait 6 ans lorsque son frère l’a violé pour la première fois. Neuf ans lorsque son calvaire a enfin pris fin. À l’école primaire tout comme dans son club de football, la peur l’a conduit à un silence pesant. Une charge qu’il a également ressentit dans le discours de l’enfant qu’il appellera Lily.

Il a fait la rencontre de cette jeune fille de neuf ans agressée sexuellement à l’âge de quatre ans et demi par un adulte de sa famille. Elle a eu le courage de déposer plainte. Ému par son histoire et encore touché de la sienne, il décide de fonder l’association Les Papillons, un insecte que Lily disait aimer particulièrement. Au siège, Laurent Boyet peut compter sur les présence d’un commissaire de Police, d’une avocate, d’une psychologue et de plusieurs éducateurs de jeunes enfants notamment. Leur objectif ? Libérer la parole des enfants sur toutes formes de maltraitantes subits. Afin d’y parvenir, le fondateur met en place un système de boîtes aux lettres. Dans les écoles primaires, les collèges, les clubs de sport et infrastructures sportives des villes, elles se développent partout en France désormais et même à Toulouse… 

« Des mots sur des maux »

Comme une bouée jetée à la mer, leurs mots ou leurs dessins sont des appels à l’aide pris très au sérieux. La première a été installée en mars 2020 à Rieume en Haute-Garonne dans un collège – lycée privé. Deux ans désormais après la création de l’association, elle compte 70 boîtes aux lettres en France et près de 240 mots récoltés. Ces lettres relevées chaque jour sont transmises à l’équipe de direction des « Papillons » par l’intermédiaire des bénévoles. Ils sont 740 en France dont 25 à Toulouse et dans le département.

Sarah Kadi est la référente de l’association en Haute-Garonne. Touchée de près par cette cause, elle décide de mettre sa « pierre à l’édifice ». 13 référents secteurs sont à sa charge et une dizaine de bénévoles sont actifs sur le département à ce jour. Un chiffre pas assez important, selon elle : « c’est très dur de parler pour les enfants. Il est important qu’ils puissent mettre des mots sur des maux. C’est pourquoi nous recherchons activement des bénévoles en Haute-Garonne ». Jour après jour, les partenariats fleurissent. Après le club de Judo aux Argoulets, c’est au tour du Stade Toulousain de rejoindre ce projet. Ils ont signé leur partenariat le mercredi 28 avril. Ce contrat devrait permettre en septembre prochain la mise en place de trois nouvelles boîtes aux lettres au sein du centre de formation du stade. « Deux joueurs de renom deviendront parrains au moment du déploiement », explique fièrement Sarah Kadi. Force de persuasion, la référente Haute-Garonne de l’association compte de nouvelles personnes sous son aile, pas à pas.

« Il y a une explosion des droits de la victime en ce moment, alors il faut en profiter !

« On décide de travailler avec ce passif et d’avancer petit à petit avec les études, les persuasions, formations », témoigne Maître Myriam Guedj Benayoun derrière son bureau au cœur de la ville rose. Avocate de victimes, essentiellement pour des enfants maltraités, elle a rejoint l’association Les Papillons depuis un mois grâce à Sarah Kadi. En parallèle de son activité, elle forme désormais les écoles d’éducateurs ou encore les formations de magistrats entre autres, sur cette cause.

Elle participe actuellement à un groupe de travail mené par l’association France Asso Santé. Ils planchent sur une étude économique abordant des coûts de la maltraitance infantile et plus particulièrement sexuelle. « Cela permet de travailler sur la prévention afin de limiter le nombre de victime. Quand on parle d’amnésie traumatique, on ne sait pas ce que c’est. Si le magistrat est formé à détecter un enfant victime de violence et qui dit vrai, ça fait une grande différence », témoigne l’avocate. Conquise par l’organisation, le suivi et le respect de l’anonymat présents au sein de l’Association Les Papillons, son adhésion fut comme une évidence. « Il y a une explosion des droits de la victime en ce moment, alors il faut en profiter ! » libère la femme, initialement juriste dans le monde de la santé.

Un recul et un regard juridique aiguisé sur la situation lui permet d’apporter des conseils professionnels auprès des victimes qui témoignent auprès de l’association. Parmi ces victimes sur Toulouse, Isabelle R. a rejoint l’association depuis deux mois. Elle libère sa parole 52 ans après les faits.  « J’ai été victime de pédophilie », témoigne la quinquagénaire. Elle avait cinq ans à l’époque. Après des années de reconstruction, elle est fière aujourd’hui de contribuer au bien-être des enfants avec l’association Les Papillons sur Toulouse. « J’aurais aimé avoir une boîte aux lettres près de chez moi à l’époque comme le fait aujourd’hui cette association », regrette Isabelle. 

Lucie Lescastreyres

Institut Supérieur de Journalisme de Toulouse
Cet article a été écrit par des élèves de l'Institut Supérieur de Journalisme de Toulouse dans le cadre d'un partenariat avec le Journal Toulousain.

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